Lysbertte Cerné : «On apprend beaucoup d’autres réalités que la nôtre»

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Lysbertte Cerné au Festival international de journalisme de Carleton-Sur-Mer 2025 pour un atelier sur le thème "Mieux s'informer à l'heure des réseaux sociaux".
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Diplômée en sciences, passionnée par le journalisme et la communication, Lysbertte Cerné est animée du désir de mieux comprendre le monde. Rencontre.

Par Luna Puka, du Laboratoire des jeunes journalistes en environnement (LJJE) – Cohorte 2025

C’est avec grand plaisir que j’ai rencontré Lysbertte Cerné, une journaliste passionnée au parcours unique et inspirant. Cet été, elle a parcouru le Canada pour aller à la rencontre de réalités humaines et environnementales. Dans cette entrevue, elle partage son cheminement, ses réflexions sur les médias, la science et l’avenir du journalisme.

Luna : Bonjour, Lysbertte, c’est un plaisir de vous rencontrez aujourd’hui. Est-ce que vous pouvez nous raconter votre parcours et ce qui vous a mené au journalisme?

Lysbertte : Comme je le dis souvent, j’écoute les nouvelles depuis que je suis arrivée au Québec, à l’âge de sept ans. Cet univers de l’information m’a toujours fascinée. J’ai vécu par la suite une partie de ma vie en Haïti et, à la mort de Jean Dominique – un journaliste reconnu qui a été assassiné –, j’ai compris que, puisque j’aimais tellement la communication, il fallait que je revienne au Québec pour pouvoir exercer ma voix de la manière la plus libre possible, sans risquer d’être réduite au silence.

J’avais vraiment peur, car je suis une personne quand même sans filtre. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime le métier de journaliste : on peut être transparent et vraiment aller au fond des choses. Or, ce n’était pas possible de l’exercer dans mon pays d’origine. Je suis donc revenue au Québec, puis je me suis inscrite en vidéo et communication au collège André-Grasset, et le reste, c’est de l’histoire, comme on le dit.

Y a-t-il eu un moment décisif où vous vous êtes dit : « Je veux devenir journaliste? »

La mort de Jean Dominique, lorsque j’étais adolescente en Haïti, a vraiment constitué un déclic. Mais il y a eu d’autres moments où j’ai voulu devenir journaliste. Disons que j’ai mis longtemps à assumer le fait que c’était un métier que j’aimais. Je me suis formée en vidéo, puis j’ai suivi un cours d’introduction à la communication et travaillé en intervention. Ce n’est qu’il y a trois ans que je me suis dit : « Ben non! Je veux être journaliste et je veux vraiment faire du journalisme à temps plein. » Ça a été une nouvelle révélation et, maintenant j’embrasse ce métier!

Quel regard portez-vous sur l’impact des réseaux sociaux sur la production et la diffusion de l’information?

Les réseaux sociaux diluent l’information, mais en même temps, je pense qu’il faut vivre avec son temps, dans le sens où les médias sont là pour évoluer. La technologie évolue et il faut évoluer avec elle. Cependant, il y a tellement de personnes qui font, essaient ou prétendent faire de l’information que ça dilue un peu la vraie. Heureusement, les médias traditionnels sont encore là et ne lâchent pas, et c’est une très bonne chose.

Comment votre formation scientifique influence-t-elle votre manière de traiter l’information?

Actuellement, je fais une maîtrise en communication sociale. Le fait de faire de la recherche scientifique m’amène à pousser encore plus loin cette dimension-là. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais j’ai tendance à fouiller beaucoup plus dans l’actualité, à vouloir aller plus en profondeur et à donner davantage, justement parce que j’apprends à être une chercheuse efficace. Pour moi, la science est primordiale dans le métier de journaliste.

Puisque je suis une jeune journaliste en environnement, il faut forcément que je vous pose des questions à ce propos. L’environnement est souvent traité par à-coups dans les médias, notamment lors de catastrophes. Selon vous, comment maintenir l’attention du public sur ces sujets?

La science, ce n’est pas toujours sexy. Ce qui fait que la science n’est pas sexy, c’est que les chercheurs ne sont pas nécessairement formés en communication, donc ils n’ont pas l’aisance d’aller parler de leur sujet en public. Par ailleurs, lorsqu’un journaliste qui n’est pas spécialisé en science relaie l’information, il peut y avoir des manquements.

Donc, avoir cette plus-value en science m’aide à repérer et à comprendre l’information de manière pertinente. Si on ajoute à cette expertise une formation en communication et en journalisme, cela rend l’information transmise plus dynamique, moins ennuyante pour le public. La science mérite d’être traitée comme un sujet journalistique à part entière.

Les journalistes doivent-ils rester neutres face à l’urgence climatique ou devraient-ils s’engager?

Il y a des personnes qui font du journalisme engagé et qui le font exceptionnellement bien. Mais ce que je trouve important dans ce métier, c’est justement cet aspect de neutralité : ne pas se prononcer sur le sujet traité, c’est ce qui distingue le journaliste du chroniqueur. Donc, pour moi, les journalistes ne devraient pas nécessairement s’engager et être militants. Cela dit, on est humain, donc même quand on essaie d’être neutre, notre personnalité et notre vision des choses teintent un peu nos reportages.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes journalistes qui souhaitent se spécialiser dans l’environnement, ou aux jeunes journalistes tout court?

D’être courageux! C’est la première chose, parce qu’on s’entend que les médias, actuellement, ne vont pas bien. L’accès à l’information est vraiment difficile, et même le gouvernement essaie de le réduire. Mais nous, on veut informer le public. Donc je dirais : soyez courageux et persévérants, parce que c’est un travail essentiel. Informer le public pour qu’il puisse prendre des décisions éclairées sur divers aspects, comme l’environnement, c’est super important. L’environnement est à la croisée de nombreux enjeux, économiques, sociaux, etc.; c’est une très bonne idée de se spécialiser en ce sens. Je souhaite à celles et ceux qui le font du courage et de continuer à faire un bon travail.

Vous avez voyagé à travers le Canada en voiture pendant plusieurs semaines. Qu’est-ce qui vous a motivée à entreprendre ce voyage?

C’était pour avoir une vision plus globale de la situation environnementale, parce qu’en étant au Québec, on a une vision locale. Mais il se passe beaucoup de choses, par exemple, dans le Grand Nord, à Terre-Neuve, aux Îles-de-la-Madeleine… comme la fonte du pergélisol, l’érosion, les enjeux autour de la production agricole, etc. Donc, je voulais explorer et documenter d’autres réalités canadiennes. Chaque territoire, chaque province vit différemment les changements climatiques. On gagnerait d’ailleurs à avoir plus d’informations en provenance des provinces et territoires, car on apprend beaucoup d’autres réalités que la nôtre.

Avez-vous adopté certaines pratiques pour rendre ce voyage plus écoresponsable, comme le covoiturage, une automobile hybride ou électrique, etc. ?

En fait, j’ai fait le choix de ne pas prendre l’avion. Pour pouvoir réaliser mon voyage, j’aurais dû prendre plus d’une trentaine de vols, plus louer des voitures, plus parfois utiliser le transport en commun. Malheureusement, au Canada, il n’existe pas de système de transport en commun dans toutes les villes et villages, et c’est vraiment déplorable, justement pour l’environnement. Quand j’étais plus jeune, c’était par exemple possible d’aller plus facilement en Gaspésie qu’aujourd’hui. Avec le temps, c’est devenu une question économique. L’environnement est aussi devenu un enjeu économique. Il y a donc moins de trains et de transports structurants. La voiture était la solution la moins dommageable, on va le dire comme ça, pour mon voyage. Le vélo aurait pu être une option, mais c’était beaucoup trop long!

Pour ma toute dernière question, qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de cette aventure, tant sur le plan humain que sur le plan environnemental?

On pourrait dire que tout va bien : il fait chaud et je vais aller à la plage trois semaines plus tôt, oui, mais dans le Nord, ces trois semaines-là font en sorte, par exemple, que les plantes ne sont plus synchronisées avec leur cycle naturel et qu’elles ont donc de la difficulté à produire des petits fruits. Ce n’est qu’un exemple; il y en a de nombreux autres, partout au Canada. Avec ce voyage-là, j’aimerais que les gens retiennent que c’est important d’être connecté, que c’est important de connaître son territoire, que c’est important de connaître l’histoire des autres et de comprendre quels sont les effets des changements climatiques ailleurs.

Luna et Lysbertte Cerné au Festival international de journalisme de Carleton-sur-Mer en mai 2025.

L’expérience de rédaction de Luna

Réaliser cette entrevue avec Lysbertte a été une expérience à la fois enrichissante et marquante. C’était ma toute première entrevue en tant que jeune journaliste en environnement et j’ai eu la chance de tomber sur une personne généreuse, passionnée et très inspirante. Même si Lysbertte ne se spécialise pas directement en environnement, notre échange m’a permis de voir comment différentes expertises – en science, en communication et en journalisme – peuvent se croiser pour enrichir la couverture des enjeux climatiques.