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Empreinte carbone Québec : une trace synonyme de gros sous!

À défaut de trouver une méthodologie pour certifier l’empreinte carbone d’un pot de yogourt ou d’un vélo, un projet pilote mené par Québec a permis de créer un outil d’aide à la décision pour les entreprises et de concevoir une technique pour évaluer l’empreinte des matériaux bruts, comme l’aluminium ou l’acier. Le but : se démarquer sur les marchés internationaux. Plongeon dans les suites du projet Empreinte carbone Québec.

Économie / 03 novembre 2017

Comment fait-on pour calculer l’empreinte carbone d’un pot de yogourt? En remontant dans la chaîne de production, on vient à se demander quelle portion des émissions de méthane produites par la vache peut être attribuée au lait qui entre dans la fabrication du yogourt. Quelle est l’empreinte attribuable aux engrais et aux pesticides utilisés pour nourrir la vache? Ou encore quel est l’impact du réfrigérant utilisé pour garder le produit au frais?

« Le nombre d’hypothèses qui entrent dans le calcul de l’empreinte carbone d’un produit est tel que, si on met les deux plus grands spécialistes de la planète dans deux pièces séparées, ils vont en ressortir avec des résultats différents », soutient Maxime Alexandre, le coordonnateur du projet Empreinte carbone Québec, qui est désormais conseiller en développement durable pour le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. Lors du projet pilote, 12 entreprises, comme Alcoa, Bell, Enerkem et Produits forestiers Résolu, avaient présenté des produits. Après avoir participé à plusieurs forums spécialisés sur le sujet aux quatre coins de la planète, Maxime Alexandre dresse un constat difficile, mais lucide : il est pratiquement impossible de concevoir un protocole fiable pour calculer l’empreinte d’un pot de yogourt ou de tout autre objet de consommation courante.
Tout le monde se bute à ces problèmes-là. Pour une autorité ou un gouvernement, il est difficile d’imposer ou d’encourager la certification de l’empreinte carbone, car il n’est pas possible d’assurer un résultat rigoureux. Maxime Alexandre, coordonnateur du projet
En effet, plus on remonte dans la chaine de valeur et plus il est difficile d’établir une méthodologie fiable qu’on peut reproduire avec constance. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, souligne Maxime Alexandre. « Au sein d’une entreprise, un outil de calcul de l’empreinte carbone peut devenir un outil d’aide à la décision, dit-il. Ça permet de comparer sa propre empreinte d’année en année et de s’améliorer constamment en utilisant toujours la même méthode de calcul et les mêmes paramètres. »  

Miser sur l’empreinte des matériaux

En plus de chercher à concevoir un outil d’aide à la décision pour les consommateurs, le projet Empreinte carbone Québec cherchait aussi à mettre en valeur les produits québécois et leur faible empreinte carbone. « La force hydroélectrique donne un avantage naturel à plusieurs produits, comme l’acier et l’aluminium », mentionne Maxime Alexandre. Le projet pilote a donc limité le nombre de variables sur lesquelles on peut faire des choix en travaillant sur des matériaux au lieu de produits finis. Par exemple, il est plus facile de déterminer l’empreinte carbone d’un lingot d’aluminium que d’un vélo fait avec des dizaines de composantes. Il restait à démontrer à quel point l’hydroélectricité permettait de réduire l’empreinte carbone des matériaux. Dans le cas de l’aluminium, les résultats sont éloquents.

Un lingot d’aluminium fabriqué au Québec produit 4 tonnes d’équivalent CO2, alors que le même lingot du Moyen-Orient, conçu à partir de gaz naturel, en produit 10 tonnes. En Chine, l’utilisation du charbon fait monter l’empreinte de chaque lingot à 17 tonnes d’équivalent CO2!

Ces données authentifiées nous permettent de nourrir des relations avec des clients dans certains marchés de niche haut de gamme comme Apple, Tesla, Nespresso ou Jaguar Landrover, qui prête une attention particulière à l’empreinte carbone des produitsJean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada.

Et ces clients de niche sont tranquillement en train de transformer le monde des affaires.

Les fabricants de produits travaillent d’ailleurs de concert avec des membres de la société civile, des industriels, des transformateurs et des utilisateurs, dans le cadre de l’Aluminium Stewardship Initiative. Leur but : lancer une certification sur la performance environnementale des produits de l’aluminium. « Cette démarche très contraignante est opérée par une tierce partie indépendante, note Jean Simard. Des projets pilotes sont en cours à travers le monde dans le but de lancer la certification au cours des trois prochaines années. »

Même si ce sont les producteurs à faible empreinte carbone comme les Canadiens et les Scandinaves qui se réjouissent le plus d’une telle démarche, les producteurs du Moyen-Orient et certains producteurs chinois participent aussi au projet, ajoute-t-il.

L'empreinte carbone plus faible de l'aluminium québécois est un avantage sur les marchés internationaux.

Le mérite de la faible empreinte carbone de l’aluminium québécois ne repose pas entièrement sur l’hydroélectricité, soutient toutefois Jean Simard. « De 1990 à 2007, l’industrie a réduit son empreinte carbone de 30 % en chiffre absolu, alors que la production doublait », dit-il. Ces gains ont été réalisés grâce à l’utilisation de technologies avancées et à l’expertise du personnel en place. Résultat : les producteurs québécois ont atteint un seuil technologique, à tel point qu’il sera difficile de réduire davantage l’empreinte carbone, remarque Jean Simard.

Même si le marché de l’aluminium ne changera pas du jour au lendemain, la demande pour des produits durables gagne en popularité d’année en année. Pour l’instant, aucune prime n’est rattachée à ces produits, mais certains protagonistes exigent des standards de plus en plus rigoureux. Quand la demande dépassera l’offre, on peut s’attendre à ce que le prix de l’aluminium vert reçoive une prime, croit Jean Simard. « C’est un processus à long terme, dit-il. C’est tout de même important de placer tous les jalons pour y arriver. »

Chemin faisant, le processus de contrôle doit demeurer robuste et rigoureux, en plus de reposer sur de solides bases scientifiques. « Il suffit d’un seul faux pas pour perdre la crédibilité, car ce type de certification repose sur la confiance des gens », conclut Jean Simard.

À défaut d’avoir mis en place un outil d’aide à la prise de décision pour les consommateurs, le projet Empreinte carbone Québec aura tout de même permis d’améliorer les connaissances sur le sujet et de concevoir d’excellents outils de promotion des produits québécois de première transformation… pour le plus grand plaisir de Maxime Alexandre!

Le cuivre québécois est un autre produit appelé à bénéficier de cette certification. (© Forex Québec)
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