© Sébastien Thibault
Dossier spécial : Habiter léger, léger , partie 1

Ma cabane sans carbone

Est-il possible de construire une maison qui aura peu d’impact sur le climat? Oui. Même qu’il est moins compliqué qu’on pense de trouver des matériaux de construction qui se tiennent loin du pétrole. Suivez le guide.

/ 13 juin 2019

Au Québec, nos appartements et maisons produisent près de 5 % des émissions totales de gaz à effet de serre (GES), selon le dernier inventaire québécois. Si on y ajoute les bâtiments à vocation commerciale et institutionnelle, on obtient la troisième plus grande source de GES après les transports et l’industrie, et ce, même si on chauffe nos petits nids douillets avec une énergie à 99 % renouvelable : l’hydroélectricité!

Ce passif climatique se cache aussi dans chacun des matériaux qui composent une habitation, de l’extraction des matières premières à leur transformation. L’énergie consacrée à leur transport et à leur installation entre également en ligne de compte.

« Ailleurs dans le monde, une demeure écologique, c’est avant tout une maison à faible consommation d’énergie », explique Emmanuel Cosgrove, directeur général d’Écohabitation, un organisme à but non lucratif qui offre notamment de la formation à ceux qui cherchent à bâtir et à rénover de façon écoresponsable. « Au Québec, c’est aussi une priorité, mais comme notre principale source d’énergie est presque à 100 % renouvelable, on se concentre surtout sur l’empreinte carbone des matériaux et des procédés de fabrication de la maison », ajoute-t-il.

Construction carboneutre : Emmanuel Cosgrove directeur d'Écohabitation
Emmanuel Cosgrove, le directeur général d’Écohabitation.

En d’autres mots, l’impact sur le climat d’une habitation au Québec provient davantage de sa construction que de l’usage qu’on en fait. Pour réduire le plus possible l’empreinte carbone de votre demeure, choisissez d’abord des matériaux durables et « climato-sympathiques ».

Tout à toit

Première étape : localisation, localisation, localisation. Vous rêvez d’une unifamiliale, détachée, avec pelouse, piscine, cabanon et garage, loin de la (grande) ville? Emmanuel Cosgrove a de mauvaises nouvelles pour vous. « Construire une habitation loin de tous les services n’a aucun sens, dit-il. Ce qu’on veut, c’est que la maison puisse rendre possible un mode de vie faible en émissions de carbone. »

Par exemple, si vous travaillez au centre-ville de Montréal, vaut-il mieux opter pour 1) une maison en banlieue construite avec des matériaux carboneutres ou 2) un condo dans une tour en béton de 1700 unités située en plein cœur de la ville? « Option 2, sans hésitation », répond Emmanuel Cosgrove, puisque comme il fait échec à l’étalement urbain, le condo en ville n’entraîne pas la construction de nouvelles infrastructures (rues, aqueducs, égouts) et décourage les déplacements en voiture.

Mais la superficie est aussi importante, selon Écohabitaton : plus le logis est petit, moins il consommera d’énergie… et moins on aura tendance à y accumuler des babioles superflues. « Small is beautiful », lance Emmanuel Cosgrove. « Une micromaison, par exemple, c’est très bien, mais si elle est construite en milieu urbain, c’est encore mieux! »

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Des matériaux sobres en carbone

Sur papier, tout ça est bien beau. Mais dans la réalité, comment choisir les matériaux de construction respectueux du climat?

Commençons par les fondations et le sous-sol. Difficile ici d’éviter le béton, dont la production, à base de ciment, est responsable de 5 % des émissions mondiales de GES. Mais il y a moyen de limiter les dégâts en même temps que les infiltrations! Par exemple, après avoir installé une membrane imperméable au sol, juste avant de couler la dalle, l’idéal est de poser un drain le long du mur extérieur. Une membrane imperméable recouvrira aussi chaque mur pour garantir leur étanchéité, recommande Écohabitation.

« Il faut regarder aussi d’où vient chaque produit pour choisir celui qui nécessite le moins de transport. »
Stéphanie Lévesque

Pour toutes les autres parties de la maison, voici un bon tuyau : autant que possible, optez pour des matériaux biosourcés, c’est-à-dire fabriqués à partir de biomasse, conseille l’organisme. C’est le cas du bois, abondant au Québec – moins de transport veut dire moins de GES –, et dont les propriétés surpassent souvent celles de l’acier, du béton ou du verre. En prime, le bois permet de capter et de séquestrer le carbone rejeté dans l’atmosphère tout en exigeant relativement peu d’énergie pour être transformé.

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Pareil pour d’autres matériaux d’origine végétale. Plusieurs d’entre eux servent d’isolant et offrent une solution de rechange à la laine de verre. On pense spontanément à la fibre de chanvre, mais on en fabrique également à partir de lin, de plumes d’oie, de laine de mouton, de cellulose et même de denim recyclé!

« Ce qui est plus complexe, c’est l’approvisionnement, explique Stéphanie Lévesque, une entrepreneure générale qui s’intéresse à tout ce qui se fait de nouveau en matière de bâtiment écologique. Il faut regarder aussi d’où vient chaque produit pour choisir celui qui nécessite le moins de transport. » Un fabricant québécois, Du chanvre, propose par exemple des blocs de chanvre recouverts de chaux, une solution deux en un qui évite d’avoir recours aux panneaux de gypse.

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Comme revêtement extérieur maintenant, on optera pour le mélèze plutôt que le cèdre rouge ou le bambou puisqu’on en trouve au Québec. Il y a toutefois un hic : « Attendez-vous à ce que ça craque pendant les deux premiers hivers », indique Stéphanie Lévesque. Il faudra aussi inspecter les murs au printemps afin d’y déceler de possibles ouvertures à calfeutrer.

Bref, se lancer dans la construction d’une habitation à faible empreinte carbone demande un investissement en temps et en argent. « Le critère décisif dans le choix d’un matériau, c’est bien souvent le coût, admet Emmanuel Cosgrove. Mais, idéalement, chaque décision devrait se baser sur le cycle de vie de chaque matériau. »

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