© Sébastien Thibault
Dossier spécial : Habiter léger, léger , partie 3

En toute simplicité

Ils ont choisi de vivre avec moins, pour leur bien-être et celui du climat, car moins d’objets, c’est aussi moins de gaz à effet de serre. Rencontre avec des adeptes de la simplicité volontaire, qui racontent la richesse que l’on acquiert en possédant peu.

/ 13 juin 2019

Un seul coup d’œil suffit à cerner l’ensemble du mobilier de l’appartement : une table, un lit, une table de chevet, un bureau. Ni plus ni moins. Entre les murs blancs de son petit studio de Rosemont, comme à l’extérieur, Luc Parent vit en mode « simplicitaire ». Un choix délibéré pour cet agriculteur à la retraite.

Il y a deux ans, il s’est joint à un OSBL d’habitation, une forme de logement communautaire sans recherche de profit. Dans l’immeuble de Luc, chacun paie un loyer équivalant à 25 % de ses revenus, quels qu’ils soient. Les lieux de vie individuels sont réduits à l’essentiel, mais d’autres sont communautaires, par exemple la buanderie et la salle de détente, qui prévoit des espaces pour le partage de livres, de vêtements et de nourriture.

Simplicité volontaire : Luc dans son studio
Pour le mobilier, Luc s'en tient à l'essentiel. © Perrine Larsimont

Moins de biens…

Conviviale, cette forme de cohabitation permet aussi de réduire les possessions des membres de l’OSBL et, ainsi, les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à leur fabrication. Cette approche, Luc l’applique à toutes ses activités quotidiennes.

Quand l’envie d’acquérir un objet se fait sentir, l’homme de 57 ans, plutôt que d’y céder sans réfléchir, se lance dans un monologue intérieur. « Je me demande d’abord si j’en ai vraiment besoin. Pour le savoir, je laisse le temps passer, une semaine ou deux. Si le besoin est toujours là, je priorise les alternatives à l’achat comme échanger, emprunter, aller dans une bibliothèque d’outils pour réparer… »

Dernier exemple en date : l’envie d’acquérir un vélo pour se déplacer en ville sans dépendre des transports en commun. « J’ai scruté les sites de seconde main, puis les points de vente impliqués dans l’insertion socioprofessionnelle, raconte-t-il. J’ai finalement pu récupérer un vélo grâce à ma conjointe, moyennant des frais de mise au point. »

À l’inverse, lorsque Luc Parent veut se défaire de ce qu’il n’utilise plus, il applique la même logique pour éviter que ses vieilles affaires ne finissent dans la benne à ordure. « Je fais régulièrement des journées de désencombrement avec tout ce que je n’ai pas utilisé pendant un an. Si j’ai deux ou trois paires de bottes d’hiver, je peux en proposer dans une friperie. Et même si ce n’est plus mettable, un déchet peut toujours faire de la rembourrure pour un sofa ou servir de ressource à quelqu’un d’autre. »

Simplicité volontaire : vétements
Luc devant son petit garde-robe. © Perrine Larsimont

Résultat : un lieu de vie épuré et une empreinte carbone minime (voir encadré). Car Luc Parent porte un soin particulier à n’utiliser que des produits issus de l’économie locale. Quant à sa philosophie anti-déchet, il la met aussi en pratique dans ses achats d’aliments, qu’il se procure exclusivement en vrac. « Quand l’être humain est mis au pied du mur, il devient très créatif. Or, nous sommes tous menacés par les perturbations climatiques. Ce n’est pas un hasard si l’on voit aujourd’hui émerger des initiatives qui n’existaient pas il y a 25 ans », croit ce citoyen de Rosemont, qui nourrit beaucoup d’espoir dans la capacité de chacun à se mobiliser pour le changement.

… plus de liens

En plus du gain climatique, la simplicité volontaire resserre les liens humains, selon lui. Ancien travailleur de la terre, Luc a sillonné le monde et notamment l’Europe, où il a pratiqué pendant 20 ans l’agriculture biodynamique au sein d’une communauté. Aujourd’hui retraité, il explique sa philosophie de vie : « Si on diminue les besoins, il n’est plus nécessaire de travailler autant. Passer de 35 heures de travail par semaine à 30 ou 25 heures hebdomadaires, c’est un gain de temps énorme », précise-t-il en faisant référence aux activités que ces heures gagnées lui permettent de pratiquer. Luc s’implique dans six organisations environnementales ou sociales, dont le Réseau québécois pour la simplicité volontaire. « C’est enrichissant, parce que ça élargit ton spectre de réalisation au-delà de la sphère du travail », souligne-t-il.

Et plus de fun!

À quelques rues de là, deux petits garçons blonds soulèvent les feuilles et les herbes dans le jardin de leur maison. Ils reviennent joyeusement dans la cuisine avec un grand bol rouge. « Ça, c’est des œufs de Pâques, mais il n’y a pas de chocolat dedans! » s’écrie Matthieu, 3 ans, en montrant fièrement son butin. « On va en faire des biscuits », explique Christophe, son père, qui a utilisé des pelures d’oignon pour colorer les œufs d’une belle couleur de rouille. « On fait simple, mais ça fonctionne », renchérit Marion, la maman.

Simplicité volontaire : Marion Tissot
Marion Tissot et ...
Simplicité volontaire Christophe Ménigault aliments en vrac
Christophe Ménigault © Perrine Larsimont

Français d’origine, Marion Tissot et Christophe Ménigault ont progressivement changé leur mode de vie depuis leur arrivée au Québec, il y a plus de 10 ans. « On tente de diminuer notre impact sur l’environnement dans à peu près tout ce qu’on fait, tout en cherchant à simplifier notre vie en tant que parents. Vous savez, la fameuse charge mentale! » relève Marion en souriant.

Dans le salon, exclusivement décoré de dessins de Matthieu et de Thomas, beaucoup de meubles ont été récupérés. « Même les poissons sont de seconde main », s’amuse Christophe.

Moins visibles, les vêtements de la tribu font l’objet d’un traitement particulier. « J’ai une garde-robe hyper minimaliste, ça tient dans un tiroir », explique Marion. Peu convaincue par les vêtements en fibres biologiques et ne trouvant pas son bonheur dans les friperies, la trentenaire a opté pour une solution simple et radicale. « On met tout le temps la même chose, avoue-t-elle. Je garde ce qui m’est vraiment utile, c’est-à-dire peu. J’utilise mes vêtements jusqu’à ce qu’ils soient troués, puis je rachète un chandail pour remplacer », précise la jeune femme.

Simplicité volontaire tiroir garde robe
Marion et son unique tiroir de vêtements. © Perrine Larsimont
Simplicité volontaire Thomas et son vélo
Thomas et son vélo. © Perrine Larsimont

Cette philosophie simplicitaire profite aussi aux enfants qui, n’ayant pas la télé à la maison, apprennent à s’occuper seuls, croit Marion. « Thomas adore les bricolages, il a l’habitude de collaborer avec d’autres enfants de la ruelle. En fait, ils font leurs jeux eux-mêmes! » dit-elle, en montrant la bicyclette en carton que son aîné, âgé de 5 ans, a confectionnée. « Mine de rien, la créativité et l’entraide sont des compétences qui vont peut-être mieux les armer face aux changements climatiques », conclut la mère de famille.

Plus simple, la simplicité?

« Globalement, oui », répond spontanément Marion. Pour sa consommation alimentaire, la famille privilégie les achats groupés en vrac et fait donc très peu de magasinage. Marion et Christophe n’ont pas non plus de voiture à garer – ou à déneiger – et effectuent la plupart de leurs déplacements à vélo. Dernière fierté du clan : l’acquisition d’une douchette pour ne plus avoir à acheter de papier de toilette. « Une fois que la routine est changée, c’est un poids en moins sur la charge mentale », explique Christophe.

Sur le porte-monnaie, également. Bénévole à plein temps dans un projet de création d’école, Marion pense qu’elle ne pourrait mener sa mission à bien si la famille ne vivait pas dans la simplicité volontaire. « Et puis, ce mode de vie nous permet de dégager du temps en famille », explique-t-elle. « Il n’y a rien de subi ou de mal vécu, ajoute Christophe. Ces gestes, nous sommes contents de les faire et, surtout, nous en sommes fiers. »

La simplicité, c’est léger

Selon le calculateur du Global Footprint Network (GFN), si la population mondiale adoptait le mode de vie des Tissot-Ménigault ou de Luc Parent, il faudrait 0,8 planète Terre pour suffire à la demande en ressources de tous les humains. À titre de comparaison, en 2016, il fallait 4,7 planètes en moyenne pour répondre à la demande en ressources d’un Canadien, selon le GFN.

Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Bien dans sa communauté
  • Bien dans son corps
  • Plus dans ses poches
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En toute simplicité 5min.