© Sébastien Thibault
Dossier spécial : Premiers de classe , partie 1

Changeurs de norme

Multiplier les petits gestes pour réduire l’empreinte carbone de son collège? À Anjou, une gang d’élèves et de profs motivés ont intégré l’action climatique à la routine scolaire. Pour atténuer les gaz à effet de serre… comme on respire!

Vivre ici / 22 août 2019

Les uniformes rouge et bleu des élèves égaient le gris de l’asphalte ambiant. Situé au beau milieu du parc industriel de l’arrondissement, le collège d’Anjou s’ouvre sur un hall d’entrée lumineux où Geneviève Leclerc arrange les derniers invendus de la « vente de pousses », l’un des nombreux projets « zéro carbone » de l’établissement. « Notre but est de devenir le plus carboneutres possible », indique l’enseignante en science de l’environnement. Avec trois collègues, elle chapeaute le comité environnement (CE) qui rassemble une vingtaine d’élèves de tous âges. Une petite bande motivée et imaginative qui embarque son école dans des actions pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les activités scolaires.

Tout a commencé en 2013 lorsque Geneviève et ses élèves de secondaire 4 ont participé au concours Carbure à l’efficacité de la Fondation TD des amis de l’environnement. Lauréats d’une bourse de 10 000 $ et bien décidés à poursuivre sur leur lancée, les collégiens ont investi cette somme dans l’achat d’un composteur industriel. « Ce choix s’arrimait bien aux besoins du collège qui construisait, à l’époque, un pavillon comprenant une cafétéria », raconte l’enseignante.

Collège d'Anjou - Vente annuelle des pousses
Les élèves cultivent herbes, fleurs, fruits et légumes qui sont ensuite vendus à des parents ou des habitants des environs. © Collège d'Anjou

Les rois du tri

L’arrivée du « monstre » – qui nécessite un tri optimal des déchets alimentaires – s’est accompagnée de l’implantation d’îlots de tri à la cantine et dans la nouvelle cafèt’. C’est à ce moment-là que le CE a été fondé. « Il fallait du monde aux îlots pour aider les élèves et les profs à trier. Quand cette présence disparaît, ça trie tout croche », explique l’enseignante, qui souligne que les contenants consignés sont également récupérés ainsi que certains contenants en plastique. Ces derniers sont réutilisés pour la vente de pousses ou les activités d’art plastique.

Collège d’Anjou tri des déchets
On ne plaisante pas avec le tri des déchets.
Collège d’Anjou composteur industriel
Il doit être optimal pour nourrir le « monstre ». © Collège d'Anjou

En guise de carotte, les élèves qui s’impliquent dans le tri, le nettoyage et le compostage reçoivent une petite rémunération (8 $ l’heure). Une formule gagnante, selon Geneviève : la première année, les opérations de tri ont permis de récupérer et de revaloriser 5300 objets et de détourner du site d’enfouissement 2300 kg de matières organiques. Afin d’agir à la source, des patrouilles amicales d’élèves vont d’une table à l’autre de la cafétéria pour donner des conseils à leurs camarades en matière de lunch zéro déchet.

Du compost contre les GES

L’enfouissement des déchets est responsable de 6,2 % des gaz à effet de serre (GES) émis en 2016 au Québec. Parmi les solutions de recyclage, le compostage des matières organiques évite la production de méthane, un gaz dont le potentiel de réchauffement climatique est 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone.

Les enseignantes Geneviève Boivin, Annie Côté et Geneviève Leclerc appuient le comité environnement dans ses actions. © Perrine Larsimont

Verdir l’asphalte

« Carrément situé dans le secteur industriel d’Anjou, à côté du Costco », précise Geneviève, le collège est au beau milieu d’un îlot de chaleur. Pour lutter contre ce phénomène, les élèves ont lancé une série d’activités de verdissement. En s’associant au projet ILEAU, une équipe de « bûcherons de l’asphalte » a contribué à planter 14 arbres, 54 arbustes, 640 vivaces et 54 grimpantes dans la cour de l’établissement.

Quant à la vente annuelle des pousses, elle élargit les activités agricoles au-delà des murs de l’école. Dans des bacs à réservoir d’eau, les élèves cultivent herbes, fleurs, fruits et légumes qu’ils vendent à des parents ou des habitants des environs. « Les tomates, il faut juste que tu les plantes et ça pousse tout seul! En plus, tu les cueilles sur ton balcon, en quantités énormes, et ça te revient moins cher », soutient Marwa, élève de secondaire 5 membre active du CE.

Les îlots, ça donne chaud…

 Selon l’Institut national de santé publique du Québec, les gaz à effet de serre (GES) favorisent l’émergence et l’intensification des îlots de chaleur. Dans ces « saunas urbains », les besoins en climatisation peuvent générer une hausse de la demande en énergie et, par ricochet, une augmentation des émissions de GES. Sans parler de l’air chaud rejeté par les climatiseurs…

Le verdissement est LA solution pour éviter que la chaleur ne s’accumule dans ces zones. Les végétaux captent également une partie des polluants de l’air ambiant en les fixant sur les feuilles, tiges et troncs, jusqu’à ce qu’une pluie les entraîne vers le sol.

Sensibiliser

Unis dans l’action, les collégiens ne sont pas en reste du côté de la prévention et de la sensibilisation. Une brigade « coupe les moteurs » circule ainsi plusieurs fois par hiver afin d’encourager les parents à éteindre le moteur lorsqu’ils attendent leurs enfants dans leur voiture stationnée à la sortie des classes.

Très populaire, la journée d’échanges avec les élèves de cinquième primaire du pensionnat Notre-Dame-des-Anges permet aux « grands » de quatrième secondaire de partager leurs connaissances en pratiques écoresponsables au cours d’ateliers ludiques. Les talents artistiques des élèves sont aussi mis à contribution : avec le soutien d’un professionnel, ils ont réalisé une peinture murale sur le thème de l’électrification des transports dont ils sont particulièrement fiers!

Collége d’Anjou - William, Béatrice, Marwa et Saphir (CE secondaire 5)
William, Béatrice, Marwa et Saphir devant la fameuse fresque «électrique» du collège. © Perrine Larsimont

Culture climatique

Dans la poursuite de leur mission zéro carbone, les membres du CE bénéficient de l’appui de la direction, souligne Geneviève, qu’il s’agisse de trouver des subsides ou d’appliquer la philosophie du comité dans l’aménagement de l’école. Des détecteurs de mouvement, par exemple, commandent l’éclairage du pavillon des arts et des sports. On a également installé des bornes de recharge électrique dans le stationnement du collège. Cette initiative a connu un vif succès auprès de l’équipe pédagogique : cinq ou six de ses membres possèdent aujourd’hui une voiture électrique. « C’est sûr que l’arrivée des bornes a influencé mon achat, parce que faire la recharge ici plutôt qu’à la maison diminue les coûts », avoue la professeure de mathématiques Evelyne Lavallée.

Collège d’Anjou - nouvelle ruche
Une partie du CE prend la pose devant la nouvelle ruche du collège. © Perrine Larsimont

Comme quoi, les gestes du CE ont déjà eu et continueront d’avoir des retombées appréciables. « Le comité environnement, ce ne sont pas des petits creeps qui se réunissent sur l’heure du midi, assène Marwa, en riant. Nos actions sont tout à fait normalisées, ici. »  Et quand la norme change, tout le monde embarque!

Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Bien dans sa communauté
  • Diminution des risques pour la santé
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Changeurs de norme 4min.