Dossier spécial : Les femmes sauveront-elles le climat? , partie 1
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L’action climatique a-t-elle un genre?

Les femmes sont plus préoccupées que les hommes par les changements climatiques et plus proactives au quotidien quand il s’agit de les combattre. Un écart qui trouverait principalement sa source dans la place qu’elles occupent (ou pas) au sein de la société, à la maison comme dans la sphère publique. Et si, pour renverser la vapeur, il fallait d’abord briser les stéréotypes?

Faites le test : passez quelques heures dans une boutique zéro déchet et faites le compte. Il y a fort à parier que vous y croiserez peu d’hommes… et que ceux qui seront là seront en mission pour leur compagne. « Lorsque je travaillais à la boutique Les Trappeuses, on avait 99 % de clientèle féminine », affirme Catherine Granger. Pour elle, le constat est sans équivoque : « Selon mon expérience, les hommes embarquent parce qu’ils partagent nos vies, mais c’est moins important pour eux. » L’étudiante à la maîtrise en environnement cherche maintenant à mieux comprendre l’écart hommes-femmes relatif aux comportements écoresponsables.  

Une différence de 10 % : c’est ce qui sépare la proportion de femmes (57 %) de la proportion d’hommes (47 %) motivés à faire leur part face aux changements climatiques, selon le dernier Baromètre de l’action climatique. Elles sont aussi plus nombreuses (83 % contre 74 % pour les hommes) à considérer qu’il y a urgence d’agir. Ce résultat n’étonne pas France Levert, vice-présidente du Réseau des femmes en environnement, qui a participé en 2014 à la publication de l’étude pilotée par la spécialiste en droit environnemental Annie Rochette, L’intégration du genre dans la lutte aux changements climatiques au Québec. « Les femmes sont plus motivées par les questions environnementales, déclare-t-elle. C’est une question de valeurs. ».

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Le care

Catherine Granger pointe avant tout les facteurs sociaux : « Tout part de la socialisation des femmes, éduquées à être plus ouvertes aux autres, aux valeurs de dévotion, d’altruisme. » Et la différence serait notable… dès l’enfance, selon ce que révèle une étude américaine, qui souligne que les petites filles se sentent déjà plus responsables que les petits garçons quant à la sauvegarde de l’environnement. « Comme la socialisation des enfants se fait surtout dans la sphère familiale, explique Catherine Granger, les petites filles ont tendance à reproduire le comportement de leur mère. » Or, dans toutes les décisions prises dans leur vie, ajoute la chercheuse, les femmes prennent en compte le coût de ces décisions sur les autres : « Elles placent l’humain au cœur de la décision. »

Les femmes sont les premières à ressentir le stress de la population, l’écoanxiété générée par ces enjeux.
Julia Posca, sociologue à l’IRIS

Le fameux care serait encore l’apanage des femmes et expliquerait en grande partie qu’elles s’impliquent plus fortement que les hommes face aux enjeux climatiques. C’est un facteur déterminant, selon Julia Posca, sociologue à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), qui précise tout de même : « Les femmes agissent plus, non pas parce qu’elles seraient d’une “nature” plus proche de la nature, mais bien à cause de la position qu’elles occupent dans la société, du rôle auquel elles sont confinées. » Majoritaires dans des secteurs traditionnellement associés aux soins, comme la santé ou l’éducation, elles sont aussi, ajoute Julia Posca, en première ligne des impacts des changements climatiques (voir encadré) : « Les femmes sont les premières à ressentir le stress de la population, l’écoanxiété générée par ces enjeux. » Pas étonnant, alors, qu’elles y soient plus sensibles que les hommes.

Plus vulnérables les femmes?

Dans l’étude pilotée par la spécialiste en droit environnemental Annie Rochette, on souligne le fait que les femmes, à cause de leur statut économique, sont plus affectées que les hommes par les effets des changements climatiques : « Les femmes vivent plus souvent dans la pauvreté que les hommes, surtout les femmes monoparentales et les femmes âgées de plus de 50 ans. Cette insuffisance de revenus les rend donc plus vulnérables que les hommes aux impacts des changements climatiques. » On cite en exemple les canicules : « Puisque les femmes vivent plus souvent dans la pauvreté que les hommes, qu’elles vivent plus longtemps que ceux-ci et qu’elles assument plus souvent que les hommes la responsabilité du soin des enfants, des gens âgés et des malades, elles sont donc affectées par les canicules différemment des hommes. »

La charge mentale pousserait donc les femmes à agir plus? C’est un constat que partage le sociologue Michel Dorais. Il évoque le poids du « rôle traditionnel » attribué aux femmes : « C’est d’abord culturel. Parce qu’elles sont celles qui transmettent la vie, on trouve normal qu’elles soient en charge de la qualité de cette vie, que ce soit sur le plan personnel ou politique. » La clé, selon lui, serait de trouver des référents vers lesquels les hommes pourraient se tourner : « La majeure partie des voix porteuses dans le domaine de l’environnement sont des femmes. On a besoin de plus de modèles masculins! »

Et les autres identités de genre?

La question de la différence des comportements selon les genres homme-femme s’inscrit dans une logique un peu rétrograde, selon l’étudiante à la maîtrise en environnement Catherine Granger. Elle souligne en effet qu’au sein de la communauté LGBTQ+, les écarts seraient nettement moins prononcés. « La plupart des études ne tiennent pas compte des différentes orientations sexuelles et s’appuient sur une vision du genre très peu nuancée. » Même son de cloche pour ce qui est des origines ethniques, puisque la plupart des études se concentrent sur une population majoritairement blanche, selon la chercheuse.

Miracle ou mirage technologique?

Achats locaux, covoiturage, réduction du gaspillage alimentaire et de la consommation énergétique, compostage : si, d’après le Baromètre, les femmes sont plus portées à poser des gestes quotidiens, les hommes ne sont pas pour autant inactifs, mais ils misent plutôt sur les solutions technologiques.

Et les efforts ne manquent pas au Québec pour les encourager dans ce sens, comme en témoigne la campagne pour l’électrification des transports Roulons électrique. « C’est sûr qu’on a particulièrement ciblé les hommes sur cette campagne, explique Philippe Jacques, chargé de projet en communication chez Équiterre. Les visuels et les plateformes de placement ont été réfléchis pour les rejoindre le mieux possible. »

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Avec un argumentaire avant tout économique : « Les visites sur le site ont doublé entre 2019 et 2020 suite à l’octroi de subventions gouvernementales pour l’achat d’un véhicule électrique. Ça reste la motivation première. »

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Reste que les technologies ne sont pas la panacée, comme le rappelle Julia Posca : « On reste dans une logique consumériste et dans une vision très individualiste de notre rapport à l’environnement. » Alors, comment convaincre les hommes d’aller un peu plus loin dans la nature de leur implication? « Les produits écoresponsables sont essentiellement packagés pour les femmes, ajoute Catherine Granger. Peut-être que si on optait pour un aspect visuel plus neutre, on parviendrait plus à rejoindre les hommes. » Un test, réalisé dans le cadre d’une étude américaine en 2016, prouve qu’en modifiant légèrement l’image de marque d’un produit (typographie, couleur), on réduit la tendance des hommes à éviter un comportement proenvironnemental, jugé peu « masculin ». « Attention toutefois à ne pas glisser dans les archétypes », prévient Dominique Trudeau, président fondateur de l’agence marketing Couleur locale : « Le problème de la publicité genrée, c’est qu’elle a tendance à tout simplifier, et donc à renforcer potentiellement les stéréotypes. »

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Proenvironnement et sexy

Pas viril, se préoccuper de l’environnement? Une étude publiée dans la revue Psychology & Marketing par trois chercheuses révèle pourtant que les hommes portés sur des solutions écologiques n’en sont pas moins perçus comme masculins par les femmes interrogées. Plus encore, leur implication les rendrait plus « désirables ». Alors qu’est-ce qui cloche? « Un stéréotype veut que femmes et environnement soient associés, dit Catherine Granger. Certains hommes ont donc tendance, pour préserver leur masculinité, à endosser des comportements de surconsommation. » L’éducation serait la clé pour briser les stéréotypes : « On voit que les jeunes ont intégré certains comportements, confirme France Levert. Le nombre de permis de conduire, par exemple, est en baisse chez les moins de 30 ans, qui vont plus vers une consommation de partage. »

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Mais changer les mentalités, « ça prend du temps », rappelle Michel Dorais. Pour autant, il a confiance dans les nouvelles générations : « Les 20-30 ans sortent beaucoup des stéréotypes, sont plus ouverts à la diversité culturelle et de genre. La binarité des sexes change, et c’est une bonne chose. On commence à penser que féminité et masculinité peuvent être partagées. » L’expert est formel : c’est en se débarrassant de ces carcans qu’on pourra faire avancer les choses. « Il faut arrêter de penser qu’il y a des combats masculins ou féminins. La qualité de vie est l’affaire de tous. »

L’analyse différenciée selon les sexes

L’analyse différenciée selon les sexes (ADS) est, selon le Secrétariat à la condition féminine du Québec, un « processus d’analyse favorisant l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes par l’entremise des orientations et des actions dans les lieux décisionnels de la société ». Cette analyse permet de « discerner de façon préventive les effets distincts sur les femmes et les hommes que pourra avoir l’adoption d’un projet […], et ce, sur la base des réalités et des besoins différentiés des femmes et des hommes ».

L’étudiante à la maîtrise en environnement Catherine Granger souligne que ce type d’analyse ne cherche pas à prendre les hommes en faute ou à les stigmatiser, mais plutôt à « identifier une problématique à laquelle l’ensemble de la société contribue, que ce soit par la perpétuation de modes de socialisation genrés ou de stéréotypes associés au genre ». Elle précise : « Bien que la recherche démontre que les femmes s’investissent davantage en environnement, cela n’exclut pas le fait que certains hommes puissent le faire aussi. Le fait d’identifier un problème représente le premier pas vers la recherche d’une solution. Les hommes ne devraient donc pas se sentir stigmatisés, mais plutôt se sentir interpellés à participer à un dialogue qui pourrait les libérer des limites imposées par les rôles de genre stéréotypés. »

 

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