Inondation du Square Chaboillez, à Montréal, vers 1886. Crédit photo: Musée McCord

Inondations : et si on faisait une petite introspection?

/ 20 février 2018

Alors qu’un quartier de Québec baignait dans l’eau et la glace, la sortie du rapport du Service de sécurité incendie de Montréal rendait compte de la désuétude des cartes d’inondations et de la détresse psychologique des intervenants. Ces nouvelles peuvent paraître alarmantes.

Mes profondes sympathies aux victimes. Mais qu’en est-il pour nous, témoins de l’accumulation des événements? Comment ne pas se laisser submerger par la situation? Point de vue à partir de ma pratique de méditation.

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Déconstruire l’urgence

Dans mon expérience de la méditation, l’étape la plus difficile est de me rendre au tapis, d’accorder une priorité à la réflexion, chose miraculeuse dans mon horaire de travailleuse-maman-de-deux-et-amoureuse. Ce précieux moment, dans un environnement sécuritaire, c’est le prérequis pour envisager la réalité avec courage. Me laisser effleurer par l’idée qu’une urgence, quelle qu’elle soit, pourrait survenir et mettre mon petit monde sens dessus dessous.

Durant l’exercice arrivent d’abord les préoccupations sur le prochain souper et le travail, quand ce n’est pas l’envie que le petit nous laisse enfin dormir. En prendre conscience. Respirer. Relâcher les tensions. Revenir à : comment envisager l’impermanence…

Conclusion? Pour moi, la première évidence est que la préparation est essentielle. La fameuse trousse 72 h d’autonomie : prendre son courage à deux mains pour envisager de traverser une situation forcément désagréable. Accepter que ça fait partie des aléas possibles de la vie. Mais surtout, se préparer, c’est atténuer l’effet de surprise et la perte de contrôle. Une bonne soupape pour gérer le stress!

Reconnaître son ignorance

Pour revenir à la gestion du risque, j’ai appris beaucoup au fil de mes rencontres avec les résidents riverains, de Rigaud à Gaspé. Envisager d’autres trajectoires à donner à notre vie rangée, ça demande beaucoup à certains. Je respecte cela. Surtout quand on a mis cœur, ressources et âme dans une maison riveraine. On s’y accroche comme à une bouée à la mer.

Le risque, l’insécurité, c’est la fissure dans notre rêve. Oui, il est franchement plus facile de ne pas l’envisager… mais jusqu’où? On a tous un élastique, un seuil de tolérance plus ou moins élevé face à la possibilité d’une inondation, d’un épisode d’érosion ou d’un glissement de terrain. Une partie de nous reconnaît son ignorance et préfèrerait connaître le risque pour éclairer ses décisions.

Parce que savoir, c’est retrouver le sentiment de contrôle. Mais il est possible qu’on ne sache pas avant quelques années. Que faire, alors?

Faire des choix éclairés

En tant que citoyen(ne) riverain(e), que vaut l’insécurité pour moi?

En tant que travailleur(se) de l’intervention d’urgence, que dois-je exiger du personnel pour me relever?

En tant qu’employé(e) d’une organisation publique ou privée, comment puis-je chiffrer les coûts évités à investir en matière de prévention?

Et à l’échelle de la société, comment faire des choix éclairés? Certes, que ce soit face au risque de cancer de la peau ou d’inondations, la crème solaire restera toujours optionnelle. Mais, sensibiliser aux risques liés à la surexposition au soleil et fournir des traitements aux personnes atteintes de cancer de la peau ne l’est pas. Alors, en tant qu’État, où se situe notre responsabilité sociale envers les personnes qui subissent les aléas des risques naturels?

Nous sommes tous et toutes concernés(es) par la résilience de notre société à divers degrés. Je ressors toutefois de mon introspection avec la conviction que nous avons collectivement une obligation de résultats en matière d’information et d’intervention face aux risques naturels, car c’est devenu une question de santé publique.

Inondations : et si on faisait une petite introspection? 3min.