Caroline Côté (© Guillaume Roy)

Le chemin de l’électron… sans carbone

Il suffit d’une fraction de seconde pour qu’un électron franchisse les milliers de kilomètres qui séparent les grandes centrales électriques de nos maisons. C’est pour faire connaître cet héritage énergétique que l’aventurière Caroline Côté parcourt le chemin de l’électron sur 2000 km, entre la Côte-Nord et Montréal.

Vivre ici Wow / 15 juin 2018

Partie de Natashquan le 4 avril, Caroline Côté est arrivée à Roberval le 28 mai sous un soleil de plomb après 54 jours d’expédition. Une météo qui contrastait avec les conditions printanières vécues depuis son départ : tempête de verglas, neige collante dans laquelle elle s’enfonçait jusqu’aux genoux, températures glaciales…

Cette aventurière montréalaise a décidé de parcourir 2 000 km en solo chaussée de skis ou de raquettes, à vélo, en canot et à la marche en suivant les lignes électriques à moins de cinq kilomètres, de Natashquan à Montréal. Rien qu’à l’huile de bras et de jambes, sans émettre de gaz à effet de serre. Le but : faire connaître l’importance du réseau électrique d’Hydro-Québec, l’instigateur et le bailleur de fonds de l’expédition, aux jeunes Québécois, qui n’ont pas connu l’époque de la construction des grands barrages.

Garder la ligne

Sur papier, le tracé GPS paraissait plutôt simple. Il suffisait de se déplacer sous les lignes électriques ou d’emprunter des routes forestières à proximité, explique Caroline. « Comme personne n’avait jamais fait le parcours auparavant, le trajet s’est avéré beaucoup plus difficile que prévu », nuance la cinéaste d’aventure, rencontrée au camping de Val-Jalbert, juste avant qu’elle ne reprenne le chemin à vélo vers La Tuque.

À Saguenay, Caroline a enfourché son vélo pour se rendre jusqu'à sa prochaine étape: La Tuque (© Guillaume Roy)

Au-delà des intempéries printanières, ce sont les rivières qui lui ont donné la plus grande frousse, explique-t-elle, car suivre le chemin de l’électron implique de toutes les traverser… pont ou pas ! Lorsque les rivières étaient gelées, pas de problème. Mais en période de dégel, elle devait parfois sauter d’un bloc de glace à l’autre pour atteindre l’autre rive. Une fois la glace fondue, elle devait carrément traverser à la nage les cours d’eau glaciale, gonflés à bloc.

« J’ai presque développé une phobie des rivières tant j’avais peur de les traverser », poursuit-elle. Dans une vidéo publiée sur le compte Facebook de l’expédition, on voit d’ailleurs l’aventurière d’expérience en pleurs, pleine de doutes, mais malgré tout fière du chemin accompli. « Je m’en suis sortie en travaillant sur mes peurs », dit Caroline Côté. Autre frayeur avant l’arrivée à Roberval, lorsqu’un morceau de métal dépassant d’un camion l’a heurtée à la cheville… sans finalement causer trop de mal. Bref, une aventure remplie de défis et de rebondissements.

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Bien qu’elle ait déjà vécu une aventure de 80 jours en canot, réalisé une expédition en Antarctique et couru plusieurs ultra-marathons (des courses de plus de 100 km en sentiers), la femme de 31 ans n’avait jamais réalisé un parcours aussi difficile en solo. Avec sa caméra, elle veut montrer, sans filtre, à quoi ressemble l’un des plus grands réseaux hydroélectriques de la planète.

À travers son parcours, elle a découvert à quel point le réseau d’Hydro-Québec est une fierté pour les bâtisseurs et les opérateurs des méga-centrales rencontrés sur le chemin. « C’est un réseau immense géré par des professionnels fiers et passionnés », lance Caroline, qui a fait de nombreuses rencontres marquantes, dont une aînée innue qui aurait aimé l’accompagner dans son long périple dans la nature, notamment à Natashquan. Même si plusieurs rivières ont été harnachées pour produire l’énergie utilisée par les Québécois, ce réseau, bâti grâce au savoir-faire et au génie québécois, permet de fournir une énergie propre et renouvelable à toute la population, souligne Francis Labbé, porte-parole d’Hydro-Québec.

Les statistiques semblent lui donner raison, car les Québécois consomment deux fois moins de CO2 par habitant que la moyenne canadienne, selon une étude réalisée par le Conference Board du Canada (voir encadré ci-dessous). Grâce à l’hydroélectricité, le Québec se hisse d’ailleurs parmi les leaders des territoires de l’OCDE à ce chapitre.

Pour l’aventurière, cette expédition est un moyen de montrer l’importance de vivre des expériences en nature pour faire ressortir le côté authentique en chacun de nous. « Aller à la rencontre de la nature guérit », ajoute-t-elle.

Caroline terminera son chemin de l’électron demain (le 16 juin) à Montréal au terme d’un parcours riche en sensations fortes… mais sobre en carbone.

L’hydroélectricité a de l’avenir au Québec

« Au Québec, l’hydroélectricité est considérée comme une énergie résiliente aux changements climatiques en raison des capacités d’emmagasinement en eau qui accompagnent les centrales », explique Jacinthe Clavet-Gaumont, la coordinatrice du programme énergie du consortium Ouranos.

« Nos études suggèrent des apports en eau plus importants occasionnés par les changements climatiques et ce, surtout pour les régions plus au Nord [du Québec]. Des analyses plus spécifiques sur quelques bassins ont démontré que certains barrages sont d’ailleurs déjà assez robustes pour contenir ces crues plus intenses. »

Il existe un bel avenir pour l’hydroélectricité au Québec, poursuit la spécialiste. « Ce qui n’est pas nécessairement le cas pour d’autres régions du monde, où les précipitations seront moins abondantes », ajoute-t-elle.

* Avec la collaboration de Laura Martinez, journaliste scientifique

Les Québécois champions de l’électricité à faible impact carbone

Émissions de gaz à effet de serre liées à l’électricité consommée par province et pays en 2012 (en gramme équivalent CO2 par kilowatt-heure)

  • Québec : 22
  • Colombie Britannique : 129
  • Ontario : 337
  • États-Unis : 783

Source : Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services

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