Atelier sur l’écoanxiété conçu avec Terra Léger-Goodes pour des ados engagés auprès de C-Vert - programme d’engagement environnemental (2022). Photo de courtoisie
La créativité comme moteur de changement face à la crise climatique, c’est ce qui motive Nessa Ghassemi-Bakhtiari. La doctorante consacre ses recherches à la lutte contre l’écoanxiété chez les adolescents et adolescentes. Portrait d’une chercheuse qui sort des sentiers battus.
Sublimer ses émotions négatives en les canalisant dans des projets porteurs. Ce mécanisme, déjà connu en psychologie, Nessa Ghassemi-Bakhtiari a eu envie de l’explorer sous un angle un peu différent. La candidate au doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’intéresse à ce qui détermine la manière dont les jeunes vivent l’écoanxiété. « Certaines personnes vont se mettre en action. D’autres vont éprouver davantage de souffrance », observe-t-elle. Elle souhaite identifier les facteurs qui exacerbent les difficultés ou, au contraire, qui améliorent l’état mental des adolescents et adolescentes face à la crise climatique et ceux qui les incitent à se mobiliser.
Nessa Ghassemi-Bakhtiari en sait quelque chose. Elle a elle-même fait l’expérience de la détresse climatique lors de ses études en environnement, à l’Université McGill. « J’ai réalisé que la situation n’était pas très bonne depuis longtemps et qu’il fallait qu’on change pas mal de choses, se souvient-elle. À cette époque, on ne parlait pas vraiment d’écoanxiété, mais j’en ai probablement vécu. » Pour contrer ce sentiment d’impuissance, elle s’est engagée dans différentes organisations afin d’y apporter sa contribution. Un investissement personnel qui l’a menée jusqu’à l’épuisement, au point de se détourner de ses études en environnement.
C’est une expérience auprès de jeunes du Nunavik qui lui a donné l’envie de se consacrer aux adolescents et adolescentes. « Quand on fait de la recherche avec des communautés à risque, on a tendance à parler des risques plus que des facteurs bénéfiques, souligne-t-elle. Mais si on veut faire face aux changements climatiques, il faut qu’on travaille sur le bien-être de la population. »
Un optimisme lucide
Selon une étude publiée dans la revue The Lancet, environ 7 jeunes sur 10, entre 16 et 25 ans, ressentent de l’écoanxiété. Certains éléments pourraient influencer la façon dont cette détresse est vécue, notamment le sentiment d’avoir une prise réelle sur les choses. « Il y a des facteurs individuels, mais aussi d’autres qui sont systémiques », explique Nessa, qui a présenté les premiers résultats de ses recherches au Congrès de l’Acfas au printemps dernier. « Par exemple, est-ce que le milieu dans lequel une personne évolue lui donne l’impression qu’elle peut faire quelque chose? » La chercheuse estime qu’une personne qui se sent validée par son entourage vivra mieux ses émotions négatives que si elle a l’impression d’être seule devant la crise.

Nessa poursuit aujourd’hui son travail dans le but d’apporter de nouvelles connaissances sur le phénomène. Elle lancera prochainement une série de groupes de discussion pour mieux comprendre comment l’entourage influence le niveau d’écoanxiété des jeunes.
La chercheuse possède déjà plusieurs années d’expérience auprès de la relève. Elle a notamment collaboré au projet Réussir 2.0, du Laboratoire de recherche sur les émotions et les représentations (ELABORER), qui s’est penché sur les retombées des activités d’engagement civique sur le bien-être à l’adolescence. Elle a également animé des ateliers avec des jeunes avec l’organisme Éco-Motion, afin de les aider à s’adapter aux bouleversements sociaux causés par le réchauffement de la planète.
« Parmi les solutions à l’écoanxiété, la plus importante reste qu’on fasse ensemble quelque chose pour lutter contre les changements climatiques, rappelle-t-elle. Dans le cas contraire, on alimente cette détresse, dont l’origine tient surtout à l’inaction collective. »
Agir sur de multiples fronts
Les bottines de Nessa Ghassemi-Bakhtiari suivent ses babines, elle qui cherche constamment de nouvelles manières de rendre les travaux en psychologie plus accessibles et souhaite démystifier l’adaptation aux changements climatiques. Il faut dire qu’elle a plusieurs cordes à son arc. Après avoir écrit de la poésie et cofondé la nouvelle édition du McGill Undergraduate Environment Journal, dont elle a occupé le poste de rédactrice en chef, la Montréalaise a mis sur pied la revue Fragments, consacrée au rayonnement du Département de psychologie de l’UQAM. « La revue inclut des œuvres artistiques et littéraires liées aux thématiques de la psychologie. C’est une façon de démocratiser l’accès à la publication au-delà des travaux de recherche », explique-t-elle.
Nessa Ghassemi-Bakhtiari a également reçu 12 000 $ des Fonds de recherche du Québec pour réaliser un balado de vulgarisation scientifique, Les Éco-Lucides. « On espère que ce sera diffusé cette année », avance celle qui travaille aussi à son compte comme conseillère scientifique pour différentes organisations.

Par ses multiples initiatives, Nessa Ghassemi-Bakhtiari souhaite continuer à mettre sa créativité au service de la communauté, notamment en intégrant le milieu scolaire à titre de psychologue, où son approche sensible en matière de changements climatiques lui permettra de «contribuer à quelque chose de rassembleur. Le fait de partager et de recevoir des échos, de se sentir entendue, c’est une source de réconfort. »
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