Adopter son bassin versant en quatre étapes faciles

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Prise d’eau. Des enfants, accompagnés d’un bénévole de l’Association pour la protection de l’environnement du lac Bowker (APELB), procèdent à un prélèvement d’échantillons d’eau dans le ruisseau Laflamme ©Simon Van Vliet
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23 septembre 2025 - Simon Van Vliet, Journaliste de l'Initiative de journalisme local

Une initiative novatrice allie science citoyenne et éducation à l’environnement pour favoriser la connaissance et la protection des plans d’eau.

Si votre enfant revient de l’école en vous annonçant que sa classe entend adopter une créature unique et pleine de vie, vous penserez peut-être à une gerboise ou à une perruche. Ne tombez pas en bas de votre chaise si on vous annonce que le nouveau membre de la famille scolaire est en fait… un cours d’eau!

Environ 1600 jeunes issus d’une cinquantaine d’écoles, réparties dans 13 régions, participent annuellement au programme J’adopte un cours d’eau. Ce projet propose un ensemble d’activités éducatives et participatives pour étudier et suivre la santé de différents plans d’eau au Québec. « Il y a des ateliers préparatoires en classe. Ensuite, il y a une sortie sur le terrain pour récolter les données », explique Lydia Duranleau, coordonnatrice des programmes de science citoyenne au Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau (G3E), l’organisme à l’origine de cette initiative qui sort des sentiers battus.

Le protocole, qui permet aux jeunes de se familiariser avec la démarche scientifique, est inspiré de celui du ministère de l’Environnement. Il comprend un ensemble d’analyses des principaux indicateurs de santé d’une rivière ou d’un lac. La méthode, facilement reproductible à l’échelle de différents lacs et rivières par des scientifiques en herbe, s’articule en quatre étapes : le prélèvement d’échantillons d’eau, l’analyse physico-chimique, l’inventaire de la biodiversité et la caractérisation des berges.

L’opération est répétée chaque année aux mêmes points d’échantillonnage, et les données sont compilées sur une carte interactive. « Ça permet de documenter l’état de santé global des cours d’eau au fil du temps », explique Lydia Duranleau.

Science in situ. Un petit laboratoire mobile est installé sur le site de collecte. Chaque échantillon prélevé fait l’objet d’une série de tests physico-chimiques, réalisés à l’aide d’une trousse mobile fournie par l’APLB. © Simon Van Vliet

De l’école du ruisseau à l’action régionale

L’Association pour la protection du lac Brompton (APLB) est le premier organisme à s’être inspiré de cette approche pour développer un projet de sensibilisation et d’action citoyenne régionale qui dépasse le cadre scolaire.

Depuis plusieurs années, des bénévoles de l’APLB et d’associations de lacs environnants effectuaient déjà un suivi environnemental de certains tributaires (ou affluents) du bassin versant. Mais sans méthodes communes de prélèvements, d’analyse ou de traitement des données, les résultats étaient difficilement comparables. « Il n’y avait pas de standardisation, pas d’organisation ni de protocole », note la directrice générale de l’association, Chantale Galimi.

L’APLB a donc adapté – et adopté! – la méthodologie du G3E, éprouvée depuis 25 ans. Depuis l’an dernier, le projet se déploie un peu comme des ronds dans l’eau. Dans le premier cercle, on trouve des spécialistes de l’environnement et des bénévoles qui veillent à assurer le suivi de la qualité de l’eau, de l’amont à l’aval d’un bassin versant. Dans les cercles suivants, on trouve des jeunes et des élèves engagés dans un programme d’écosurveillance des cours d’eau, puis des membres de leurs familles et de leurs communautés, sensibilisés, par ricochet, à l’écologie aquatique.

Suivre le chemin de l’eau

« Un bassin versant, il faut voir ça un peu comme un lavabo. C’est-à-dire que toute l’eau qui arrive sur un territoire donné ruisselle pour s’écouler de ruisseau en lac, en rivière, en fleuve, et ainsi de suite jusqu’à l’océan », illustre la biophysicienne et écotoxicologue Lou Paris, qui a piloté la mise en place du programme J’adopte un tributaire l’an dernier. En d’autres mots, « l’eau se fout des découpages administratifs et municipaux! Il faut travailler en amont, pas juste à l’échelle de sa municipalité ou de son territoire administratif, mais vraiment par rapport au chemin de l’eau », souligne-t-elle.

Le lac Brompton compte près de 70 tributaires directs, mais son bassin versant, qui s’étend sur 140 km2, inclut huit autres lacs en amont, chacun avec ses propres tributaires. « Ce que ça nous permet, c’est d’avoir un regard un peu plus global sur la santé du bassin versant », se réjouit Chantale Galimi.

L’écologie au fil de l’eau

En plus de permettre à des associations de lacs d’assurer le suivi des tributaires « adoptés » l’an dernier, le projet offre à des élèves de trois écoles de la région l’occasion d’aller à la rencontre d’un cours d’eau dans le cadre de sorties scolaires.

Les retombées positives d’une telle expérience chez les jeunes ont fait l’objet de nombreuses recherches. « Le projet a fait évoluer la perception des élèves sur leur cours d’eau et les enjeux climatiques », conclut un rapport de recherche sur l’écoanxiété et le sentiment de pouvoir agir de jeunes, publié en décembre 2024 par le Groupe interdisciplinaire de recherche sur les écoémotions et l’engagement citoyen (GIREEC), qui a étudié le programme J’adopte un cours d’eau.

Mireille Versailles, biologiste et animatrice à l’APLB, et Normand Dumont, président de l’APELB évaluent la santé des écosystèmes aquatiques par l’analyse des macro-invertébrés aquatiques recueillis dans leur filet © Simon Van Vliet

« L’activité permet de faire de la science sur son propre territoire, de constater que la qualité de l’eau dépend du milieu dans lequel on vit. Puisqu’il s’agit de leur territoire, cela peut contribuer à augmenter le sentiment qu’il faut agir », indique une étude menée en 2022-2023 sur les impacts des activités mises en place par le G3E dans le milieu scolaire sur le sentiment de pouvoir agir des jeunes par des chercheuses de l’Université du Québec à Rimouski.

Peu importe l’âge, note Lou Paris, l’expérience de J’adopte un tributaire s’avère transformatrice. « Il y a un sentiment d’appartenance qui se crée : même si tu n’es pas riverain, tu vois les lacs avec un regard différent, parce que tu en comprends beaucoup plus la dynamique, la complexité, puis l’écosystème, tout ce que ça implique. »

C’est également le constat que fait Lydia Duranleau du G3E à propos de J’adopte un cours d’eau. « Les cours d’eau, dans plusieurs régions, ça fait partie de notre quotidien : on passe souvent à côté, ou on est en lien avec ces écosystèmes-là. Mais de savoir que ça grouille de vie, au final, c’est comme une nouvelle vision qu’on apporte aux gens qui participent au projet. »

Adopter un cours d’eau impliquerait-il donc aussi un peu de se laisser adopter par lui?

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