© Francis Léveillée
Dossier spécial : Dégaze la scène , partie 3

Changements de culture

Achats locaux, récupération des eaux grises, compostage, bannissement du plastique : au Québec, des salles de spectacles barrent la route aux gaz à effet de serre. Histoire d’un mouvement qui prend de l’ampleur.

Vivre ici / 22 juin 2018
Moins de GES !

Il y a trois ans, quand Julie Jacob apprend l’existence d’une nouvelle accréditation pour les scènes écoresponsables, un déclic s’opère dans son esprit. Agente culturelle à la Maison de la culture de Pointe-aux-Trembles, où elle s’occupe notamment de la programmation, elle prend conscience de l’énorme quantité de gaz à effet de serre (GES) que génèrent les quelque 200 spectacles présentés annuellement par l’établissement de l’est de l’île de Montréal. Et, en même temps, de l’ampleur des actions à sa portée pour alléger son empreinte carbone.

« Sans en avoir conscience, nous avions déjà mis en place de bonnes pratiques, comme nous approvisionner auprès de fournisseurs locaux ou récupérer les matières résiduelles, explique-t-elle. Mais cette accréditation de scène écoresponsable a résonné en moi et j’ai réalisé qu’on pouvait aller plus loin. »

Julie Jacob et son équipe sont d’ailleurs allés pas mal plus loin : en quelques semaines à peine, ils ont mis en place une série de mesures concrètes pour faire échec aux gaz à effet de serre (GES). L’une des plus audacieuses ? L’implantation d’un système de récupération des eaux grises, qui permet de récupérer les eaux usées comme celles provenant du lavage des mains au lavabo, pour alimenter la chasse d’eau des toilettes.

Stratégie anti-GES à la Maison de la culture de Pointe-aux-Trembles

  • Implantation d’un système de récupération des eaux grises (un système qui permet de récupérer les eaux usées pour la chasse d’eau des toilettes);
  • Installation de stations de recyclage et de compostage;
  • Remplacement des ampoules traditionnelles par des LED dans la salle d’exposition (économie de 12 500 watts);
  • Remplacement de 4 800 bouteilles d’eau par des gourdes pour les artistes;
  • Remplacement de la nourriture en sachets dans les loges par des corbeilles de fruits;
  • Achat de vaisselle pour remplacer les ustensiles et gobelets en plastique.

Applaudir les initiatives

C’est à l’initiative du Conseil québécois des événements écoresponsables (CQEER) qu’est née en 2015 une accréditation à trois niveaux (bronze, argent et or) visant à appuyer les démarches d’action face aux changements climatiques des artisans de la scène en matière de gestion des déchets, de recyclage, de transport et d’énergie.

Directrice générale du CQEER ainsi que du Réseau des femmes en environnement, Caroline Voyer est l’une des initiatrices de l’accréditation des scènes écoresponsables. « C’est le milieu [du spectacle] qui l’a demandé, dit-elle. C’est bien de poser des gestes écoresponsables mais ces salles de spectacles avaient besoin de reconnaissance », ajoute-t-elle en précisant qu’en vertu de leurs budgets limités, ces établissements culturels ne peuvent se permettre une accréditation dans les quatre chiffres. « En plus de la reconnaissance, notre objectif était aussi de développer une démarche à suivre. »

Fin mars, la Place des Arts a à son tour joint le club des « accrédités ». Un défi pour ses administrateurs, car réduire les GES émis par les bâtiments âgés de plus de 50 ans – comme c’est le cas pour la salle Wilfrid-Pelletier – n’est pas une mince tâche, explique Joanne Lamoureux, directrice des communications et du marketing.

« La dernière année a été marquée d’une baisse de plus de 14 % du nombre de tonnes de GES émises par an alors que nous visions une réduction de 10 % d’ici 2020 », se réjouit-elle. La Place des Arts a notamment installé huit bornes pour les véhicules électriques dans le stationnement et ajouté plus de 80 structures de stationnement pour vélos à l’extérieur, entre autres mesures d’atténuation des GES.

Des paillettes, mais pas de pailles

Enfin, le 15 juin dernier, le Centre Phi, à Montréal, est devenu la neuvième « scène écoresponsable » à recevoir l’accréditation du CQEER. L’établissement a notamment mis en place une politique de recyclage et de valorisation des déchets et des matières résiduelles. Il a aussi banni les pailles en plastique, favorisé l’utilisation de gobelets réutilisables et installé des distributrices d’eau.

L’espace A du Centre PHI (© Centre PHI)

En plus d’être avantageuses pour le climat, ces mesures adoptées par les salles de spectacles réduisent les GES et contribuent aussi à sensibiliser le public, remarque Julie Jacob. « Deux fois par an, on programme un documentaire qui aborde un thème en lien avec les changements climatiques ou le développement durable. Et nous encourageons également les spectateurs à utiliser le covoiturage pour venir au spectacle. »

« Faire une action, un gros coup une fois, c’est facile, mais la maintenir, c’est plus difficile », conclut Caroline Voyer, qui se dit fière des salles qui persévèrent au quotidien pour maintenir leur accréditation. Preuve que des spectacles qui ne laissent pas de traces, c’est tout un art.

* Avec la collaboration de Laura Martinez, journaliste scientifique

Changements de culture 3min.