Dossier spécial : Premières Nations, premières solutions , partie 5
Serre, communauté crie, jardinage
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Projet de serre solaire à l’école secondaire James Bay Eeyou School @JBES Greenhouse Project
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Retombées positives générales

Des légumes cris qui n’ont pas froid aux yeux

15 mars 2022 - Émélie Rivard-Boudreau, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Pas facile de manger frais au nord du 49e parallèle! Depuis quelques années, les Cris travaillent à améliorer leur alimentation en produisant plus de nourriture. Bienvenue dans les futurs serres, jardins et champs d’Eeyou Istchee.

Une population qui souffre de diabète de type 2, des factures d’épicerie qui donnent la chair de poule, des stocks de nourriture qui viennent de loin et qui sont trop souvent gaspillés… Devant ce triste constat, les communautés cries ont réagi : « Et si on produisait notre propre nourriture? »

Avec plus de 5000 habitants, Chisasibi est la plus grande communauté de la nation crie. Située à plus de 1400 km de Montréal, à quelque 900 km au nord de Val-d’Or, en Abitibi, c’est réellement « là où l’asphalte arrête », dirait Richard Desjardins.

Beaucoup d’aliments sont jetés directement à la poubelle à l’arrivée.
Gabriel Snowboy, président du Nihtaauchin Chisasibi Center for Sustainability

Deux fois par semaine, des camions de livraison s’y rendent pour approvisionner les commerces locaux en nourriture, émettant au passage de nombreux gaz à effet de serre (GES). Outre son impact carbone, cette solution a aussi l’inconvénient de produire pas mal de gaspillage, ce qui représente, là encore, une autre source non négligeable de GES.  

« Beaucoup d’aliments sont jetés directement à la poubelle à l’arrivée », se désole Gabriel Snowboy, président du Nihtaauchin Chisasibi Center for Sustainability, un organisme fondé en 2018 pour développer des projets liés à la sécurité alimentaire dans la communauté de Chisasibi.

Une fois sur les tablettes, la nourriture « restante » se vend à des prix faramineux. Selon une étude réalisée en 2016 par le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, un panier d’épicerie nutritif pour une famille de deux adultes et deux enfants coûtait en moyenne 341,93 $ par semaine en Eeyou Istchee comparativement à 226,07 $ à Montréal. Les fruits, les légumes, la viande fraîche, les produits laitiers et les céréales à grains entiers sont non seulement limités dans certaines épiceries, mais aussi hors de prix. Et leur fraîcheur ne donne pas envie de déguster une bonne salade…

Enfants cris, enfants autochtones
Des enfants cris devant la serre solaire de James Bay Eeyou School ©JBES Greenhouse Project

Réveiller un vieux champ de patates

Pourtant, on peut faire pousser des légumes à Chisasibi. Entre 1920 et 1970, malgré le climat aride, les religieux du pensionnat de l’Île de Fort George y ont cultivé des pommes de terre et d’autres variétés de légumes. Une recherche menée de 2017 à 2020 par le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA) du Cégep de Victoriaville et le Chisasibi Business Service Center a ravivé ce souvenir auprès d’aînés de la communauté.

« L’une des solutions proposées par la communauté pour assurer la sécurité alimentaire et favoriser le développement économique était de relancer la culture de pommes de terre à Fort George », raconte Gabriel Snowboy.

L’idée peut paraître évidente, mais elle est inusitée pour de nombreux Cris, pour qui le jardinage – contrairement à la chasse, la pêche ou la cueillette – n’est pas perçu comme une activité traditionnelle pour se nourrir.

Deux parcelles expérimentales ont néanmoins été cultivées sur le site de la vieille ferme à l’été 2018 et, pour la première fois depuis 1970, des pommes de terre locales ont été récoltées à Chisasibi. « Comme il y a eu de la culture pendant 50 ans, c’est un très bon terreau fertile. Ça pousse! » commente Émilie Parent, doctorante et chargée de projet au CISA.

Cette culture expérimentale permet d’estimer que 594 m2 pourraient être exploités à Fort George, soit un potentiel de production de plus de 1000 kg de pommes de terre par année!  

« À cette échelle-là, ce n’est plus du jardinage, c’est vraiment de l’agriculture. La patate nordique pourrait être vendue non seulement à Chisasibi, mais aussi à Radisson et dans d’autres communautés autour », indique Émilie Parent.  

Production en serre 

En plus de la culture en champ, Chisasibi envisage d’explorer davantage la culture en serre. Déjà, depuis 2016, une serre solaire sert à l’enseignement à l’école secondaire James Bay Eeyou School. « Les élèves y ont fait pousser beaucoup de fruits et légumes comme des tomates, des pois, des fraises et du persil entre autres », raconte Gabriel Snowboy.

Le succès de cette serre a suscité de la curiosité à Chisasibi, et a incité le regroupement Nihtaauchin Chisasibi Center for Sustainabilitynihtaauchin signifiant « qui pousse » en langue crie – à mettre sur pied un projet qui pourrait avoir des retombées économiques intéressantes. L’idée est de bâtir une serre pour y cultiver des fruits et légumes qui seraient vendus à Chisasibi et dans d’autres communautés d’Eeyou Istchee.

serre, pousse, jardin communautaire,
©JBES Greenhouse Project

Mais il y a encore des défis à surmonter avant de se lancer en serriculture, même si des initiatives similaires existent dans d’autres communautés nordiques du centre du Canada, des Territoires du Nord-Ouest et de la Colombie-Britannique.

« Avec la serre de l’école, nous constatons que ce que nous pouvons faire pousser est très limité, souligne Gabriel Snowboy. Nous sommes situés dans un endroit nordique unique, juste à côté d’une immense baie qui nous amène beaucoup d’air froid. » En plus du froid, la luminosité limitée et la quantité importante de neige en hiver font aussi en sorte que les serres traditionnelles sont peu adaptées.

La communauté d’Oujé-Bougoumou a également été séduite par la production en serre. En 2018, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation lui a octroyé 31 156 $ du Fonds régions et ruralité pour étudier la faisabilité d’un projet de complexe commercial de serre, de pisciculture et de pépinière à Chapais.

Ici, les techniques classiques ne fonctionnent pas. Nos hivers sont trop longs, et ça ne pousse pas assez longtemps pour produire beaucoup de nourriture.
William Paddy Mailloux, agent de développement économique d’Oujé-Bougoumou.

La communauté, cependant, n’a pas poursuivi le projet initial, les sommes à investir étant trop importantes en regard des retombées économiques et sociales pour les Cris. Bien que la mise sur pied d’une pépinière dans la communauté soit pour le moment prioritaire, l’idée de produire plus de nourriture locale demeure, affirme William Paddy Mailloux, agent de développement économique d’Oujé-Bougoumou.

« Dans les derniers mois, nous avons exploré différentes possibilités : la production verticale, la production en conteneurs, des serres adaptées aux hivers… Car ici, les techniques classiques ne fonctionnent pas. Nos hivers sont trop longs, et ça ne pousse pas assez longtemps pour produire beaucoup de nourriture. »

Ferme verticale de Nemaska  

Pour s’inspirer, Oujé-Bougoumou et Chisasibi suivent de près un projet prometteur sur le point de voir le jour à Nemaska, une autre communauté crie d’Eeyou Istchee : une ferme intelligente verticale fonctionnant au moyen de lampes DEL qui permettra de cultiver des fruits et légumes qui seront vendus dans la communauté et dans des marchés externes. En juin dernier, Agriculture et Agroalimentaire Canada a accordé 720 854 $ à cette ferme dans le cadre de l’Initiative sur les systèmes agricoles et alimentaires autochtones.

« Nous avons achevé la construction de la ferme verticale à 95 %. Avec la COVID, nous avons perdu près de deux ans. Il suffit maintenant de pouvoir accueillir nos ingénieurs de la Corée du Sud pour terminer l’assemblage et former la main-d’œuvre », précise Robert Kitchen, agent de développement économique à Nemaska. Ces Sud-Coréens ont travaillé sur un projet similaire dans une communauté autochtone au Manitoba.

D’ici l’automne 2022, des légumes-feuilles, des fines herbes et des tomates-cerises auront probablement commencé à pousser. Robert Kitchen espère que cette technologie permettra à la longue aux gens d’Eeyou Istchee, du Nord-du-Québec et même de l’Abitibi-Témiscamingue de manger de savoureuses salades cries écologiques!

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