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©Émélie Rivard-Boudreau
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Les champignons, des alliés de la résilience climatique pour les Algonquins

En Abitibi, la communauté algonquine de Lac-Simon s’affaire à diversifier son économie et à s’adapter aux changements climatiques en misant sur la culture de champignons en forêt.

Avec l’aide de Justine Friis à la recherche scientifique

L’été dernier, entre la station-service et l’entrée de la communauté de Lac-Simon, une coquette cabane en bois a fait son apparition sur la route 117. La nouvelle structure attire les curieux. Y vendra-t-on des bleuets? « La communauté est déjà très mobilisée pour la cueillette du bleuet. Il y en a qui cueillent tout le long de la saison. Partout dans la communauté, ça se déplace », témoigne le directeur du département des ressources naturelles de Lac-Simon, Ronald Brazeau.

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Ronald Brazeau est le directeur du département des ressources naturelles de Lac-Simon. ©Émélie Rivard-Boudreau

Mais aucun bleuet n’a été vendu à ce kiosque. Non seulement la saison a été désastreuse à cause d’un gel après la floraison (du jamais vu selon de nombreux cueilleurs expérimentés de la communauté), mais la cabane a plutôt été conçue pour y vendre des champignons forestiers comestibles. « On avait commencé ce projet-là en 2014, dans le cadre d’un programme du gouvernement fédéral sur les impacts des changements climatiques », explique l’homme, assis sur la galerie du petit bâtiment.

À l’époque, lui et son équipe ont réalisé une série d’entrevues avec les aînés de la communauté pour recueillir leur avis sur les changements observés sur le territoire depuis les dernières décennies. Les témoignages révélaient que la trappe, activité traditionnelle des Anishnabe, permettait à plusieurs de gagner un peu d’argent.

Mais avec les changements climatiques, les périodes de trappe ont diminué de cinq à trois mois, tout en rendant les déplacements plus difficiles à cause de la fonte des glaces. « On s’est demandé comment on pouvait aider ce monde-là à compenser le manque à gagner », raconte Ronald Brazeau. Et c’est à une activité moins affectée par les soubresauts du climat qu’ils ont pensé : la cueillette de champignons.

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La cueillette de champignons est une activité très peu connue et pratiquée par le peuple algonquin. ©Émélie Rivard-Boudreau

L’union fait la force

Contrairement à la collecte de petits fruits et de plantes médicinales, la cueillette de champignons est une activité très peu connue et pratiquée par le peuple algonquin. Le département des ressources naturelles de Lac-Simon a donc fait appel à l’expertise de deux spécialistes de la cueillette et de la culture des champignons comestibles afin de développer le projet de culture et de vente de champignons forestiers.

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Renaud Longrée, de Myco Sylva (à droite sur la photo), et Vincent Leblanc, de Violon et Champignon. ©Émélie Rivard-Boudreau

Dans la réserve faunique La Vérendrye, dans un chemin forestier situé à une quarantaine de kilomètres de Lac-Simon, Renaud Longrée, de Myco Sylva, et Vincent Leblanc, de Violon et Champignon travaillent sur un site d’expérimentation de techniques sylvicoles pour favoriser l’émergence de la dermatose des russules, aussi connue sous les noms de « champignon crabe » ou « champignon-homard » en raison de sa ressemblance à la chair des crustacés. Ce champignon est particulièrement facile à identifier pour les novices de la cueillette. « On a choisi un habitat où il y en avait déjà. Ici, on retrouve une association de résineux et de bouleaux à papier. C’est l’idéal pour la russule et la dermatose des russules », indique l’agronome et myciculteur Vincent Leblanc.

Des champignons qui sauvent des forêts…

Un des grands combats des Anishnabe vivant à proximité et à l’intérieur de la réserve faunique La Vérendrye est la sauvegarde de zones de leurs territoires ancestraux des coupes forestières. « Ça fait longtemps que je sonne l’alarme », témoigne Ronald Brazeau. « Avec la technologie d’aujourd’hui, ça coupe deux fois plus vite (…) Il faut trouver une autre manière de faire de la foresterie », s’inquiète-t-il.

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Le projet de mycosylviculture contribue à ralentir les coupes forestières. ©Émélie Rivard-Boudreau

Heureusement, le projet de mycosylviculture contribue à ralentir certaines ardeurs. La parcelle expérimentale de la dermatose des russules, qui mesure deux hectares, a été retirée de justesse des coupes forestières du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs prévues en 2022. « Ce genre d’ouverture du ministère est cruciale pour la réussite du projet. Il faut une forêt assez mature. Un peuplement trop jeune, ça ne fonctionnera pas pour ce champignon », mentionne Vincent Leblanc.

… et sont bons pour le climat

Selon la revue de littérature scientifique qu’il a consultée avec son collègue Vincent Leblanc, Renaud Longrée avance que favoriser les ectomycorhiziens, ces champignons que l’on retrouve dans les sous-bois parce qu’ils forment une symbiose avec les arbres ou les arbustes, permet à la forêt d’être plus résiliente aux sécheresses et aux différents écarts de température, phénomènes plus fréquents avec les changements climatiques. « Une forêt avec beaucoup de champignons ectomycorhiziens et très peu d’éricacées [des plantes à fleurs] entraîne une croissance des arbres beaucoup plus forte, donc la captation de carbone est beaucoup plus grande », indique-t-il.

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Selon une étude de la revue Nature, les forêts qui abritent les symbioses de type ectomycorhiziennes sont les plus efficaces pour le stockage du carbone. ©Émélie Rivard-Boudreau

Une myco-quoi?

Une mycorhize est le résultat d’une relation symbiotique – autrement dit qui bénéficie aux deux parties – entre les champignons et le système racinaire d’une plante. Dans le cas de l’ectomycorhize, le champignon colonise l’extérieur de la racine. Il lui donne alors plus d’eau et de nutriments, lui permettant d’être plus résistante aux stress, sécheresses, attaques d’insectes et maladies. En échange, la plante fournit au champignon des sucres pour son bon développement.

Une étude publiée dans la revue scientifique Nature en novembre 2019 révélait également que les forêts qui abritent les symbioses de type ectomycorhiziennes, surtout celles qui sont situées dans les zones les plus froides du monde – comme en Abitibi –, sont les plus efficaces pour le stockage du carbone.

Or, la même étude met l’accent sur l’importance de protéger les habitats des ectomycorhizes, car les changements climatiques, en réchauffant l’atmosphère des régions tempérées, risquent de favoriser d’autres types de végétaux et de mycorhizes, moins efficaces dans le stockage du carbone.

Résilience économique et culturelle

La communauté de Lac-Simon a reçu 277 000 $ du programme fédéral Initiative de foresterie autochtone pour faire avancer son projet de 2020 à 2023. Outre les deux hectares consacrés à la dermatose des russules, quatre autres hectares seront aménagés pour favoriser la prolifération du matsutake, un autre champignon forestier recherché.

Au-delà des bienfaits environnementaux et climatiques, Ronald Brazeau et ses collègues voient grand avec leur projet mycosylvicole. Éventuellement, il permettra à la communauté anishnabe de favoriser la réinsertion sociale de certains de ses membres, de créer de nouveaux emplois et de générer de nouveaux revenus grâce aux éclaircies forestières (coupes partielles) et à la vente des champignons. « Le but, c’est de valoriser le territoire. Ça permet aussi de ramener les jeunes en forêt, car avec les pensionnats, on a perdu une partie de notre savoir traditionnel », évoque-t-il.

À plus long terme, la communauté algonquine pourrait ni plus ni moins s’inspirer de l’Espagne, pionnière dans la valorisation des champignons sauvages. Vincent Leblanc y est d’ailleurs allé en 2018 avec une délégation québécoise. « J’ai trouvé leur modèle vraiment inspirant. Par exemple, il faut un permis pour cueillir les champignons là-bas. Comme un permis de chasse ou de pêche. Et ça, ça crée une valeur. Et il y a 25 ans, ils avaient les mêmes problèmes que nous. L’industrie forestière ne voyait pas le potentiel de ça. » Pour sa part, Ronald Brazeau rêve que sa communauté soit une pionnière en la matière au Québec. « Qui sait, dans 10 ans, il y aura peut-être du mycotourisme dans la région », lance-t-il.

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