Plus le climat change, plus on fait pareil

Blogue / 06 décembre 2018

Les rapports du GIEC se suivent et s’aggravent, font l’objet d’une attention médiatique momentanée, puis semblent tomber dans l’oubli. Retour au train-train quotidien. Ça va prendre autre chose pour nous brasser la cage…

Pourquoi sommes-nous si difficiles à convaincre?

Les études sur le changement de comportement ont la cote. Petit tour d’horizon des freins qui nous empêchent de prendre de bonnes décisions pour la planète :

1. L’oubli. On a tendance à oublier une information qui nous met en situation de dissonance cognitive. Par exemple, j’apprends que l’avion est l’une des pires sources individuelles d’émissions de gaz à effet de serre. Lorsque je tombe sur une offre imbattable Montréal-Malaga, j’« oublie » cette information négative au moment d’acheter mon billet, pour éviter le dilemme et les pensées désagréables.

2. La paresse. Après mon voyage en Espagne, je pourrais acheter des crédits carbone afin de compenser les émissions de mon vol. Je devrais faire les démarches pour trouver une organisation fiable, calculer les tonnes de CO2 émis, effectuer le paiement… Mais ouf, je remets ça à plus tard!

3. L’habitude. Notre quotidien est composé d’automatismes : des comportements qu’on adopte sans même réfléchir et qui sont difficiles à changer. Vous sortez tous les midis vous chercher un bon café dans une tasse jetable? Pourtant, vous avez trois tasses réutilisables à la maison qu’on vous a offertes en cadeau, mais vous oubliez systématiquement de les apporter.

4. La norme. Dans la région où j’habite, posséder une voiture (et l’utiliser pour tous ses déplacements) est tout à fait normal. Avoir deux ou trois enfants par famille aussi. Facile de se conformer à cette norme et d’être conforté!

Jouer des tours à l’esprit humain

Connaître les obstacles au changement de comportement permet de trouver des trucs pour les contourner dans la manière dont on communique :

1. Parler de la solution plutôt que du problème. Selon une étude récente, publiée par l’Université d’Oxford, nous aurions davantage tendance à nous rappeler une information positive qu’une information négative. Il vaudrait donc mieux promouvoir le tourisme local que déconseiller les voyages outre-mer.

2. Modifier l’option par défaut. Pour contrer la paresse, on peut modifier l’option par défaut, comme inclure les frais de crédit carbone dans le prix du billet d’avion ou programmer une imprimante en mode recto verso. L’exemple le plus connu est celui du don d’organes : le nombre de donneurs augmente significativement s’il faut décocher la case plutôt que la cocher.

3. Raconter un nouveau récit. Pour Cyril Dion, coréalisateur du film Demain, il faut proposer un nouveau récit collectif pour qu’on puisse se projeter dans un futur différent. La culture populaire y est pour beaucoup, elle peut nous faire rêver d’une vie où l’argent est la panacée ou, au contraire, d’une vie où la communauté est tissée serrée et autosuffisante, par exemple.

4. Toucher les gens. Nous sommes des êtres émotifs. C’est pourquoi les arguments rationnels et les statistiques seuls n’arrivent pas à nous convaincre de passer à l’action. Les messages sensibles qui nous renvoient à un souvenir de lien à la nature, qui évoquent notre milieu de vie ou qui racontent une histoire à laquelle nous pouvons nous identifier fonctionnent bien mieux. Quand j’ai entendu dire à la radio qu’un joli village tout près de chez moi serait sous le fleuve Saint-Laurent en 2100, je peux vous dire que l’image s’est imprégnée dans ma tête!

Il ne s’agit pas de passer sous silence les rapports du GIEC, loin de là. Seulement, nous devons multiplier les tactiques pour déjouer cette fâcheuse tendance qu’ont les humains à faire la sourde oreille…

Pour explorer davantage les limites du cerveau humain en matière d’adaptation aux changements climatiques, je vous propose ce billet de ma collègue blogueuse Anne-Sophie Gousse-Lessard.

Sources

Oxford University Press Blog (2018), Why consumers forget unethical business practices.
Futerra Sustainability Communications (2014), Branding biodiversity, the new nature message.
The Decision Lab (2018), Change is Hard.

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