Pour en finir avec le bitume

Vivre ici / 26 septembre 2018

Pas besoin de parler longtemps avec Alexandre Beaudoin pour sentir qu’il « tripe » à développer des projets en lien avec la biodiversité et le verdissement. En véritable passionné, il s’engage à différents égards dans la communauté : conseiller en biodiversité auprès de l’Université de Montréal, bénévole avec les Amis de la montagne, cofondateur de Miel Montréal… Il trouve même le temps de terminer une maîtrise en biologie!

C’est à lui qu’on doit le corridor écologique et vivrier Darlington, qui vise à relier le campus actuel de l’Université de Montréal à son nouveau campus MIL, présentement en chantier, en multipliant les interventions en faveur de la biodiversité, de la lutte aux îlots de chaleur et des déplacements actifs.

C’est en 2013 que son idée prend forme lorsque, avec l’étudiante en architecture de paysage Marie Le Mélédo, il précise le tracé de ce lien de plus de deux kilomètres qui emprunte l’avenue Darlington et les abords d’une voie ferrée. Il prend alors son bâton de pèlerin, allant à la rencontre des différents intervenants (institutionnel, municipal et privé) afin de les rallier au projet.

Vue aérienne du corridor de Darlington.

Depuis, les actions se multiplient chaque année. En 2015, une quarantaine de pots géants d’agriculture urbaine, fournis par l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG), sont installés tout le long de l’avenue Darlington. Rapidement, les citoyens se les approprient pour y faire pousser plantes et fines herbes. En 2017, un espace pour les pollinisateurs est aménagé sur un terrain en pente jusqu’alors laissé à l’abandon, à proximité du jardin communautaire Châteaufort.

Plus de plantes, moins de bitume et des zones sécuritaires pour les déplacements à pied, c'est le triptyque du corridor Darlington. @ ABeaudoin
L'objectif étant que les citoyens s'approprient ces espaces de biodiversité. @ ABeaudoin

Pour Alexandre, le succès dépend d’une présence constante sur le terrain et de l’implication de la communauté dans l’idéation et la réalisation des interventions, comme en témoignent les nombreuses activités de consultation organisées au fil des ans. Mais tout n’est pas toujours rose, et le célèbre phénomène du « pas dans ma cour » refait régulièrement surface. Le fait d’avoir plus d’arbres, moins d’asphalte, des zones sécuritaires pour les déplacements à pied est souvent bien accueilli. Mais tout se corse lorsque les citoyens apprennent qu’un de ces aménagements sera réalisé devant chez eux et qu’ils « risquent » de perdre un espace de stationnement. D’où l’importance de la sensibilisation et la volonté d’y aller petit à petit en profitant de chaque occasion pour bonifier le projet.

Le corridor Darlington constitue aussi un beau terrain d’expérimentation pour les étudiants des universités qui le jouxtent. En 2017, une charrette d’idéation, organisée avec l’appui de l’arrondissement CDN-NDG et de l’Université de Montréal, a réuni 14 équipes. Le projet retenu par le jury a par la suite été réalisé pendant l’été. De leur côté, les étudiants de Polytechnique Montréal ont récemment conçu une vingtaine de scénarios afin de gérer durablement les eaux pluviales et, ainsi, éviter de saturer le réseau municipal, en particulier lors d’épisodes de pluies intenses.

Alexandre a de grandes visées pour l’avenir du corridor avec, entre autres, des projets d’enlèvement d’asphalte. Les occasions de maillage avec la communauté sont multiples et les possibles interventions encore très nombreuses. Avec la construction du campus MIL, c’est l’autre bout du corridor qui s’anime de mille et un projets éphémères, mais ça, ce sera pour une prochaine discussion avec Alexandre!

Pour en finir avec le bitume 3min.