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CC pour choc culturel

14 novembre 2017 - Émilie Hébert-Houle, Géographe et contractuelle en éducation relative à l'environnement

À Gesgapegiag, dans la Baie-des-Chaleurs, on a planté des éoliennes pour produire une énergie propre, des laminaires -algues- pour contrer l’érosion des berges et la communauté a retiré les filets de pêche au saumon dans l’estuaire de la Grande-Cascapédia pour 5 ans, question de laisser le stock reprendre son souffle.

Pourtant quand je demande ce qui se trame à Gesga pour lutter ou s’adapter aux changements climatiques, on m’observe un peu plus longuement et je devine la pensée de mon interlocuteur : est-ce qu’on va devoir tout lui expliquer?

Quand j’écris ici sur les changements climatiques – une blogueuse québécoise de descendance canadienne-française, sur une plate-forme web gérée par une équipe d’Occidentaux divers, chapeautée par un consortium scientifique – je tiens compte du fait qu’on a des repères culturels, un langage, des notions similaires. On est d’accord. Du moins sur les grandes lignes :

  • La température moyenne globale tend à monter à cause de l’augmentation des gaz à effet de serres (GES) depuis la révolution industrielle et ça perturbe le climat;
  • L’unité de mesure des GES est le «million de tonne équivalent des dioxyde de carbone» (Mt éq. CO²);
  • Pour diminuer l’impact des changements climatiques on doit s’attaquer aux émissions de GES et réduire celles-ci.

En gros, ça ne va pas trop avec la planète, notre système a mis trop de pression sur la nature, ça a déréglé le climat et là on est mieux de s’organiser pour diminuer les impacts et s’adapter avant de frapper un mur. Et pour ce faire, on s’attaque aux habitudes de vie, de consommation, de production.

Sauf qu’il y a un truc qu’on ne change pas, c’est notre rapport au monde.

Le rapport au monde des Mi’gmag et des autres communautés autochtones qu’on visitera dans ce blogue est fondamentalement différent du nôtre sur un point. Contrairement aux sociétés occidentales, les cultures autochtones ne perçoivent pas la nature comme une ressource ou un bien à exploiter où l’humain est exclu de l’environnement. La nature est une part intégrante de leur culture. Ils en font partie et sont responsables de la préserver pour les générations futures.

Ça va même plus loin que ça :

Nous sommes tellement habitués à observer le temps qu’il fait et les plantes… Ça fait partie de notre spiritualité.

Darlene Gijuminag

Discuter de lutte ou d’adaptation aux changements climatiques dans les communautés autochtones, c’est un peu abstrait et déconnecté de leur façon d’interagir avec la nature. Ils n’éprouvent pas ce besoin urgent de changer de façon de faire parce que tout à coup on est acculé au pied du mur.

À Gesga et ailleurs, où j’ai eu la chance de travailler, on m’a plutôt parlé de protéger la nature, parce que sans elle il n’y a plus de culture. Parce que les humains font partie de la nature et que c’est ça qui doit être fait. C’est ça leur rôle en tant que Mi’gmag. C’est ça la tradition.

En vacances dans la Baie des Chaleurs en septembre dernier, j’en ai profité pour aller rencontrer Christiane Bernard Condo, la directrice générale au Mi’gmawei Mawiomi Société d’affaires (MMSA). Dans leur tout nouveau bureau sur la 132, elle m’a généreusement expliqué comment les Mi’gmag de la Gaspésie – trois communautés – organisent leur développement économique. La société a pour mission de développer des partenariats économiques qui permettront à la communauté de faire du profit et qui généreront des emplois en respectant les valeurs environnementales et culturelles de la communauté.

Ça doit être cohérent avec notre culture. Si un projet est profitable financièrement mais menace notre culture, il ne verra pas le jour.

Christiane Bernard Condo

Site sacré des pow-wow
Le site sacré des pow-wow devant la Baie des chaleurs

C’est de cette façon que le parc éolien Mesgi’g Ugju’s’n – qui signifie Grand-vent en Mi’gmag – de 47 éoliennes est né. C’est le premier projet du MMSA depuis sa création. Les Mi’gmag sont partenaires à 50 % avec Innergex, entreprise québécoise œuvrant dans le domaine des énergies renouvelables depuis 1990. L’énergie produite est vendue à Hydro-Québec et les profits sont divisés entre les deux partenaires. Dans la phase de construction, 50 % des employés étaient Mi’gmag et depuis le début de la production, déjà trois Mi’gmag ont été formés et travaillent comme techniciens sur le parc. En plus de ça, le département des ressources humaines est culturellement adapté et sensibilisé.

Je peux juste m’imaginer à quel point ça doit être une grande et belle source «d’empowerment» pour la communauté de savoir qu’au-delà de la baie, sur les montagnes, il y a des éoliennes Mi’gmag qui tournent.

Ce que je vois là, c’est un développement autochtone. Et en écoutant Christiane et Darlene m’expliquer la vision du futur de la nation Mi’gmag, à quel point elle désire se développer pour mieux protéger sa culture et en sentant le cœur avec lequel elles s’investissent, je suis vraiment inspirée et je me dis :

Et si on écoutait les communautés autochtones et qu’on les considérait pour vrai, de nation à nation?

Et si revisiter notre rapport au monde était envisageable?

Est-ce que ça ne serait pas ça, notre plus grand acte de lutte aux changements climatiques?