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Noémie Videaud Maillette dans son atelier Collatéraux ©Clara Gepner
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Surcycler, à la mode de chez nous

Le surcyclage, c’est ajouter de la valeur à un objet qui, autrement, aurait été jeté. Cette pratique commence à faire sa place dans l’industrie de la mode québécoise, où elle séduit les créateurs soucieux de l’impact climatique de leur production. Mais est-elle rentable pour autant?

« Ici, presque tout est surcyclé! » annonce fièrement Noémie Videaud Maillette. La designer nous fait traverser son appartement en racontant l’histoire de chaque meuble. Dans sa cuisine ensoleillée qui fait office d’atelier pour Collatéraux, son entreprise de mode, elle pointe sa chaise récupérée au bord de la rue, les étagères trouvées sur Marketplace, et les rouleaux de tissu qu’elle a reçus en don.

Ces rouleaux, Noémie Videaud Maillette les utilise pour dessiner une collection de vêtements entièrement surcyclés qui s’ajoute aux autres articles qu’elle a créés à partir de tissus récupérés. Cette démarche de surcyclage – aussi appelée suprarecyclage, recyclage valorisant ou, en anglais, upcycling – s’inscrit dans un mouvement grandissant de slow fashion et de réduction de l’impact climatique de l’industrie du textile au Québec. La mode a une lourde empreinte en gaz à effet de serre (GES), particulièrement à cause du cycle de vie linéaire de nos vêtements : on achète, on porte, on jette. Or, une fois jeté, le vêtement finit souvent dans un site d’enfouissement où il génère des GES en se décomposant.

©Clara Gepner

Pour réduire l’empreinte carbone de nos fringues, on peut prolonger leur durée de vie en les donnant ou en les échangeant. Autre option : le surcyclage. En gros, c’est la revalorisation d’un vêtement ou d’un tissu. Ainsi, au lieu de jeter un vieux chandail taché, déchiré ou abîmé, ou un article invendu ou imparfait, on les transforme pour leur donner une seconde vie. On peut également utiliser les retailles de tissu pour créer un nouvel article.

Une occasion d’affaires

Si réutiliser plutôt qu’acheter est de bon augure pour le climat, le surcyclage est-il un processus rentable dans le commerce de la mode? « Le secteur de la mode au Québec est composé aux deux tiers de très petites entreprises », précise Marianne-Coquelicot Mercier, conseillère en économie circulaire dans l’industrie du textile. « Ces entreprises sont agiles, elles peuvent essayer de nouvelles stratégies comme le surcyclage », affirme-t-elle.

La spécialiste explique que l’incorporation du surcyclage dans le modèle d’affaires des entreprises de mode québécoises est un phénomène récent et en plein essor, mais qu’il reste encore anecdotique chez les grandes marques.

Parmi les petites entreprises, elle nomme entre autres Les belles bobettes, Rose Buddha et Collatéraux, la marque de Noémie Videaud Maillette. Gaia & Dubos, une entreprise de Québec, a aussi intégré le surcyclage à son modèle d’affaires dès sa création. « On n’a jamais jeté de retailles à la poubelle », raconte la fondatrice, Léonie Daignault-Leclerc par visioconférence, sa fille dans les bras. « Dès qu’on a une retaille assez grosse pour être récupérée, on la met de côté pour en faire des chouchous ou des masques pour les yeux. On sépare les plus petites retailles pour les donner à des artisans-récupérateurs qui en font toutes sortes de choses. »

@Courtoisie Gaia & Dubos

L’idée du upcycling est fantastique! Le surcyclage permet aux entreprises que j’accompagne de créer des choses qui amènent une valeur ajoutée. Ainsi, elles évitent de jeter et dégagent une bonne marge de profit.Marie-Ève Faust, directrice de l’École supérieure de mode à l’UQAM

Des avantages pour le portefeuille

Grâce au surcyclage, Léonie Daignault-Leclerc, qui est titulaire d’une maîtrise en mode écoresponsable, utilise au maximum les tissus qu’elle achète. Pour elle, au-delà du bienfait sur le climat, il y a aussi des avantages économiques à cette pratique : « Ça fait en sorte qu’on n’a pas à payer pour de la nouvelle matière. »

Pour Marie-Ève Faust, directrice de l’École supérieure de mode à l’UQAM, « l’idée du upcycling est fantastique! Le surcyclage permet aux entreprises que j’accompagne de créer des choses qui amènent une valeur ajoutée. Ainsi, elles évitent de jeter et dégagent une bonne marge de profit. »

Noémie Videaud Maillette confirme que le modèle d’affaires de Collatéraux fonctionne. Comme tous les matériaux qu’elle utilise sont des dons, elle tire profit des déchets des autres. Mais elle va encore plus loin : elle offre maintenant ses services de revalorisation à des designers qui ont des retailles ou des vêtements invendus ou imparfaits.

« En tant qu’entrepreneur, tu as tellement de choses auxquelles penser. Comme j’ai l’habitude de produire à partir de retailles ou de vêtements imparfaits, je peux les aider à créer un accessoire qui leur ressemble », explique la jeune femme.

L’optimisation des patrons, c’est quoi au juste?

Quand une designer crée une collection de vêtements, elle utilise la plupart du temps des patrons, qui guident la coupe des tissus. Chaque modèle est dessiné en plusieurs tailles sur du papier calque, puis on coupe le tissu en suivant ces patrons. Les morceaux ainsi taillés sont ensuite assemblés pour confectionner les vêtements.

Pas un modèle parfait

« Il y a beaucoup d’opportunités de surcyclage dans l’industrie de la mode, mais ça demande de la créativité », souligne Marie-Ève Faust. S’il ne fait pas partie du modèle d’affaires initial de l’entreprise, le surcyclage peut demander du temps et de la gestion en plus. Même Léonie Daignault-Leclerc, de Gaia & Dubos, explique que le tri des retailles prend pas mal de temps pour une petite entreprise comme la sienne.

Marianne-Coquelicot Mercier pense que le surcyclage peut ne pas valoir la peine pour les entreprises qui manquent de ressources pour la gestion des stocks et la commercialisation. Elle met aussi en garde contre un « effet néfaste » qui pourrait survenir. « S’il y a un très grand marché pour les retailles et les fins de rouleaux, ça devient un marché en soi et plus personne ne fera d’efforts pour réduire ses rebuts. »

Les courtepointes sont un exemple de ce qui pourrait arriver, selon Marie-Ève Faust. « À l’origine, les fermières utilisaient les restants de tissus pour les produire. Aujourd’hui, les gens achètent des paquets pour faire les courtepointes, ce qui n’était pas l’idée initiale! »

Quant à Noémie Videaud Maillette, elle pense que l’argent qu’elle économise grâce aux tissus et vêtements récupérés équivaut à peu près au temps passé à nettoyer, planifier et couper les pièces. Mais avec les avantages climatiques!

Réduire aussi à la source

Léonie Daignault-Leclerc recommande fortement aux entreprises de mode québécoises de se lancer dans le surcyclage, par exemple en utilisant les fins de rouleaux de tissu pour créer des accessoires (comme des couvre-visages). Quant aux grandes marques, pour qui l’éradication totale du gaspillage serait un énorme mandat, elle suggère de commencer à petite échelle et de mettre en place des processus pour simplifier le tri, la coupe et la confection d’articles surcyclés.

Si Noémie Videaud Maillette mise sur le surcyclage, elle sait aussi que ce n’est pas une solution miracle. Pour aller plus loin, il faudra selon elle changer les mentalités pour amener les gens à moins consommer, et les entreprises à produire moins. Il faudra aussi favoriser une transition vers une production plus durable en misant notamment sur l’écoconception, une méthode consistant à utiliser le moins de matière possible et à réduire les retailles à la source, par exemple grâce à l’optimisation des patrons (voir encadré).

Lolë se lance dans le surcyclage!

La marque de vêtements montréalaise Lolë vient de lancer une gamme de manteaux pour chiens créés avec des restes de tissus. « Ce programme empêchera de jeter plus de 2200 mètres de tissu, 6100 étiquettes et 200 kilogrammes d’isolant », explique Jane Bradshaw, responsable de communications pour Lolë. 

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