Dossier spécial : Les villes en mode solution , partie 2
Potagers en ville
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©INTREEGUE Photography / Shutterstock
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Mange ta ville : les défis de l’agriculture urbaine

L’agriculture urbaine a des effets positifs sur le bien-être des citoyens, mais, pour qu’elle en ait aussi sur le réchauffement climatique, ses promoteurs vont devoir se relever les manches et notamment convaincre les municipalités qu’elles ont un rôle à jouer pour démocratiser la pratique du potager en ville.

Autant l’avouer d’emblée. Les fruits et légumes qui poussent en ville ne vont pas réduire de manière significative l’empreinte carbone de notre alimentation. Ils participent cependant à quelque chose de plus grand en faveur de la lutte aux changements climatiques. « Les gens qui possèdent un potager à la maison ne le font pas pour [le climat] », convient le directeur scientifique au Laboratoire sur l’agriculture urbaine, Éric Duchemin, qui croit que « le mouvement de l’agriculture urbaine n’est pas là pour rendre le système alimentaire plus écologique, mais avant tout pour rendre la ville plus écologique. »

Le professeur au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval, Patrick Mundler, admet que l’augmentation de la végétation dans les agglomérations contribue à réduire le phénomène des îlots de chaleur. Cependant, « la fonction majeure de l’agriculture urbaine n’est pas celle-là, sauf quand on utilisera de façon beaucoup plus intense les toits pour y faire pousser des légumes », nuance-t-il.

Les forêts nourricières, les vergers urbains dans les parcs, les jardins communautaires, les serres et les ruches sur les toits, etc. ont avant tout une vocation sociale, estime Patrick Mundler. « Ce sont des espaces verts, mais aussi des lieux de rencontre, de convivialité. » Et de sensibilisation également. « C’est une façon d’en apprendre davantage sur la production et le cycle de vie de la nourriture et cela peut contribuer à une alimentation plus saine », abonde le coordinateur des systèmes alimentaires de proximité de l’organisme Vivre en ville, Vincent Galarneau, qui observe que les gens qui cultivent leur potager consomment plus de légumes.

Encore marginal il y a une décennie, le mouvement de l’agriculture urbaine connaît un vif essor depuis deux ou trois ans. « La plupart des villes, petites et grandes, s’intéressent à cette question et se dotent de plans d’action », constate celui dont les pouces ont commencé à verdir en 2004, dans un jardin collectif à Québec.

Des réglementations hétéroclites

À l’échelle de la province, les jardiniers ne sont cependant pas tous logés à la même enseigne. « Les règlements municipaux peuvent varier énormément », observe le professeur Mundler. Des municipalités rendant illégales certaines pratiques pour des raisons esthétiques, d’autres les tolèrent et quelques-unes les encouragent. Comme l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, qui, depuis le 22 septembre, autorise ses résidents à posséder des poules pondeuses dans leur cour arrière. Auparavant, seuls les jardins communautaires du quartier pouvaient accueillir des poulaillers.

En ville ou à la campagne, les défis de la démocratisation de l’agriculture urbaine diffèrent. Si les grandes agglomérations manquent en général d’espaces cultivables, les petites municipalités ont plutôt des défis de ressources humaines, observe Marie-Lise Chrétien-Pineault, chargée de projet en agriculture urbaine et en urbanisme participatif chez Eurêko!

Il y a de plus en plus de nouveaux bâtiments qui vont intégrer des toits verts et qui peuvent permettre une certaine pratique de l’agriculture urbaine.Vincent Galarneau, coordonnateur de Vivre en ville

L’organisme a mis sur pied la démarche des municipalités nourricières pour soutenir les villes de moins de 5000 habitants en les aidant à élaborer des stratégies pour mobiliser leurs citoyens. « Ça peut aller d’un projet de forêt nourricière en plein cœur du village à la modification des règlements d’urbanisme, au développement de nouvelles fermes biologiques ou à l’accueil de la relève agricole », énumère la jeune femme.

Une fois les élections terminées, Eurêko! prévoit d’ailleurs faire le tour des administrations élues en milieu rural pour les convaincre de mettre en valeur leurs agriculteurs. « Le municipal a beaucoup de responsabilités, mais pas nécessairement de moyens humains et financiers pour les assumer. Il va falloir de plus en plus d’acteurs sur le territoire pour accompagner les élus volontaires », prévient la chargée de projet.

Faire preuve d’imagination

En ville, Vincent Galarneau suggère d’inclure davantage l’agriculture à la réalité urbaine. « Il y a de plus en plus de nouveaux bâtiments qui vont intégrer des toits verts et qui peuvent permettre une certaine pratique de l’agriculture urbaine », observe le coordonnateur de Vivre en ville. Au sol, des parcelles réservées au maraîchage peuvent également contribuer à l’adaptation à des situations extrêmes, en drainant par exemple les eaux d’une pluie intense.

Éric Duchemin espère de son côté que l’agriculture urbaine amènera les municipalités à penser l’urbanisme autrement pour lui accorder plus de place. Selon lui, pour trouver des superficies agricoles en ville, il suffit de faire preuve d’imagination. « Des espaces au sol, à Montréal, il y en a », affirme-t-il, en citant l’hippodrome, le parc Maisonneuve, ou même le parc Jean-Drapeau. « Et après ça, il y a l’incroyable quantité de toits qu’on peut aménager », poursuit le professeur, en ajoutant que le défi se pose sur le plan du financement. « On finance énormément le transport collectif et la mobilité durable. Pourquoi ne pas aussi soutenir ces initiatives qui vont rendre les milieux de vie plus agréables pour tous alors que les températures ne devraient pas baisser, surtout en ville? », conclut-il.

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