Dossier spécial : L'école dit stop au réchauffement climatique , partie 2
Éducation action climatique art rentrée scolaire Québec
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Une des bernaches conçues par Anne Deslauriers et ses élèves qui ont parcouru le Québec. © Anne Deslauriers.
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Retombées positives générales

L’enseignement des arts au service de l’action climatique

25 août 2021 - Katia Tobar, Idéatrice en série

Doit-on aborder les changements climatiques seulement dans les classes de science bien qu’ils affectent tous les aspects de notre vie? Des enseignants de différentes disciplines artistiques appellent à l’interdisciplinarité pour former les écocitoyens de demain.

Anne Deslauriers a enseigné les arts plastiques pendant presque 20 ans. Elle est aujourd’hui professeure assistante à l’École d’art de la Faculté d’aménagement, d’architecture, d’art et de design de l’Université Laval et développe un modèle éducationnel qui mêle l’enseignement des arts à l’éducation relative à l’environnement (ERE). Selon l’UNESCO, l’ERE outille les citoyens afin qu’ils agissent « individuellement et collectivement, pour résoudre les problèmes actuels et futurs de l’environnement ».

L’enseignante avoue avoir toujours eu un « amour bien naïf pour la nature », et elle a souhaité « greffer ses valeurs écologiques à son enseignement ». Face aux préjugés qui associent les cours d’art à une discipline de loisirs, Anne Deslauriers les voit plutôt comme une façon de développer l’esprit critique des élèves et de construire un rapport positif à l’environnement pour que, tranquillement, en sortant de l’école, ils aient envie de le protéger.

S’envoler à travers la province

Au cours de l’année scolaire 2018-2019, Anne Deslauriers a mené un projet interdisciplinaire qui a marqué l’imaginaire de nombreux élèves partout au Québec. Alors qu’elle enseigne à l’école secondaire Curé-Antoine-Labelle, à Laval, elle a l’idée de créer une œuvre d’art collective et réflexive en regardant des vols de bernaches. Elle imagine La grande migration, un convoi de bernaches qui voyagerait d’école en école, à la rencontre de l’autre et de son identité.

C’est ainsi que le 10 janvier 2019, 150 bernaches en papier mâché ont amorcé leur voyage de Laval jusqu’à Nutashkuan, sur la Côte-Nord, en passant par Mascouche, Saint-Nicolas et L’Islet-Nord. Elles ont été transportées par Anne Deslauriers et son équipe (composée entre autres de six élèves volontaires), appuyées par une compagnie de transport. À chaque étape, les élèves du primaire et du secondaire participant au projet soignent et réparent les oiseaux abîmés au cours du voyage et y apposent des marques identitaires et culturelles, ou des messages d’espoir, par des poèmes ou des dessins. Certaines écoles ajoutent de nouvelles bernaches au convoi, fabriquées à partir de matériaux naturels ou recyclés. À leur retour à Laval, le 15 avril 2019, elles sont 265 et auront permis l’étude, par la bande, de questions migratoires, mais aussi identitaires et environnementales. Anne Deslauriers confie d’ailleurs s’être interrogée sur les effets de la consommation d’essence pour le projet : « Le bénéfice éducatif vaut-il l’empreinte carbone émise »?

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La carte du parcours migratoire des bernaches conçues par Anne Deslauriers et ses élèves. © Anne Deslauriers.

Les changements climatiques ont entre autres entraîné une forte augmentation de la population des bernaches du Canada. Le climat plus doux, ainsi que l’abondance de nourriture due à la culture intensive de céréales, leur ont permis d’étendre considérablement leur aire de répartition. Selon le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles, elles sont observées dans des régions du sud du Canada où elles étaient absentes il y a une cinquantaine d’années. Leur présence accrue entraîne des problèmes de cohabitation dans plusieurs villes, comme à Longueuil, où la surpopulation de bernaches cause « des problèmes de salubrité [à cause de la grande quantité de leurs fientes] et menace l’équilibre écologique et la préservation du parc [Michel-Chartrand] ».

Des promenades sonores

Tout comme Anne Deslauriers, Pascale Goday a intégré la question des changements climatiques à son enseignement; dans son cas, celui de la musique. Entre 2017 et 2020, elle a adapté le concept d’« écologie sonore » à son programme destiné aux élèves du primaire du collège international Marie de France, à Montréal. Par des promenades sonores organisées dans l’établissement, elle a voulu créer un lien entre les élèves et les sons de leur environnement, lien souvent entaché par le port d’écouteurs. Selon l’enseignante, en plus de développer une pensée critique sur les éléments sonores qui les entourent, ces sorties sensibilisent les élèves à la pollution sonore liée aux engins, souvent associés aux émissions de gaz à effet de serre.

L’écologie sonore, késako?

L’écologie sonore est un concept développé par le compositeur canadien Raymond Murray Schafer, selon lequel l’environnement sonore qui nous entoure est une composition musicale perpétuelle dont nous sommes à la fois le public, les musiciens et les compositeurs.

Ce concept a mené à la naissance de disciplines, comme l’écoacoustique, qui enregistrent notre environnement sonore naturel et permettent d’écouter les effets du dérèglement climatique sur le déclin de la biodiversité, par la disparition de sons, notamment.

 

Pour Vincent Bouchard-Valentine, professeur de pédagogie musicale au Département de musique de l’UQAM, et ancien enseignant de musique au primaire dans la région de Saint-Hyacinthe, ce type de balades sonores permet d’introduire des notions de santé publique et le thème des changements climatiques. Elles amènent l’élève à s’interroger sur comment améliorer son environnement sonore. En effet, comme le rappelle Pascale Goday, « il ne peut y avoir de son sans geste », et nous avons une « influence complète sur le son de notre environnement ». Une façon pour les élèves de comprendre leur pouvoir d’action et de lutter contre l’écoanxiété paralysante.

« Un combat à mener »

« Comment est-ce que je peux enseigner le do, ré, mi, fa, sol, la, si, do quand le monde est en train de s’écrouler autour de moi? » s’interroge Vincent Bouchard-Valentine, pour qui l’intégration des questions climatiques peut donner un sens à l’enseignement.

Cependant, avant de se lancer, un enseignant doit bien connaître son groupe d’élèves, ses origines, son parcours, ses préoccupations. Le sujet est délicat et peut, chez certains élèves, être source d’écoanxiété. « L’enseignant a une grande influence sur ses élèves », affirme Anne Deslauriers. Selon elle, il ne faut pas improviser, au risque d’avoir un effet négatif sur les jeunes.

Il faut leur faire aimer la planète avant de leur demander de la protéger. Il ne faut pas transférer la responsabilité de ce qui se passe sur leur dos.
Anne Deslauriers

Le problème, ici, est que les futurs enseignants des classes d’art sont peu, voire pas formés pour aborder avec pédagogie les questions climatiques avec leurs élèves. Quant aux enseignants en activité, ils n’ont pas toujours le temps d’enrichir leur discipline. « La réalité d’enseignement peut être vraiment différente d’une école à l’autre. Certains enseignants sont essoufflés, doivent parfois changer de locaux dans une même journée. Quant à la gestion de classe, elle peut demander beaucoup d’énergie », explique Anne Deslauriers. Développer des compétences en lien avec les changements climatiques peut donc induire un sentiment d’« insécurité » chez un enseignant qui n’est pas accompagné.

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Une des bernaches en pleine création. © Anne Deslauriers.

« Je ne saurais pas par quelle porte entrer pour intégrer [frontalement] l’enjeu des changements climatiques avec de jeunes enfants, indique l’enseignante qui a passé sa carrière à enseigner dans des classes de secondaire. Par contre, je pourrais les emmener dehors, sentir la terre, et espérer qu’ils développent un sentiment d’empathie avec la nature. » Elle conseille donc à ceux qui voudraient développer ce type de projets de s’entourer de spécialistes ou d’enseignants d’autres disciplines, comme elle l’a fait pour le projet des bernaches, en intégrant des connaissances liées au territoire ou à la migration. Une interdisciplinarité sur laquelle mise aussi Pascale Goday en intégrant des notions de géographie à ses balades sonores.

Anne Deslauriers conseille également aux enseignants d’aménager un temps pour la réflexion et les discussions avec leurs élèves, pour ne pas juste transmettre des savoirs disciplinaires, mais former des écocitoyens. En effet, « il faut leur faire aimer la planète avant de leur demander de la protéger. Il ne faut pas transférer la responsabilité de ce qui se passe sur leur dos ». Pour Pascale Goday, les programmes scolaires permettent cette ouverture. Et de conclure : « Même si je me sens seule parfois, j’ai la conviction que c’est le combat qu’il faut mener. »

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