Dossier spécial : Défis climatiques, solutions énergisantes , partie 3
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Les rejets thermiques de l’incinérateur de la ville de Québec pourraient, d’ici quelques années, chauffer, climatiser et alimenter en électricité l’hôpital de l’Enfant-Jésus. ©Ville de Québec
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Bouffées de chaleur cherchent preneurs

Le Québec regorge d’eau et de vapeur chaudes, mais la majorité de cette énergie potentielle est gaspillée. Récupérer les rejets thermiques demeure en effet marginal au royaume de l’hydroélectricité. Devant l’urgence climatique, les initiatives se multiplient afin d’utiliser à bon escient toute cette chaleur perdue. Et la pandémie pourrait bien accélérer les choses.

À Senneterre, en Abitibi, cela fait plus de 20 ans qu’un projet de récupération de l’eau chaude de la centrale thermique de Boralex existe… sur papier. L’idée est née en 1999, à la suite d’une recommandation du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le Centre énergétique Indeck — aujourd’hui Boralex —, un projet de production privée d’électricité à partir de biomasse forestière. Mise ensuite sur tablette, notamment à cause de la crise forestière, voilà que l’idée de produire des légumes sous serre, grâce à l’eau chaude de la centrale, renaît de ses cendres en mars 2020.

Deux événements marquants ont ramené le projet sur la table, relate Jean-Maurice Matte, maire de la municipalité depuis 2002. « Lors des blocus ferroviaires de février 2020, on a senti nos chaînes d’approvisionnement fragilisées, et en mars 2020, avec la pandémie, on a réalisé l’importance d’avoir une agriculture et une économie de proximité. Avec ces deux grands événements-là, notre dossier reprenait beaucoup de sens. »

On parle beaucoup d’autonomie alimentaire ces temps-ci et les serres sont au cœur de cette solution dans un climat froid comme le Québec.
Stéphan Gagnon, ingénieur pour Transition énergétique Québec

Pour se nourrir

L’État de l’énergie au Québec 2021 corrobore la pertinence du complexe serricole qui pourrait voir le jour à Senneterre. Selon le rapport publié par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, 52 % de l’énergie consommée au Québec en 2018 a été perdue et n’a apporté aucune valeur ajoutée à l’économie. Or, les serres ont un grand potentiel pour valoriser les rejets thermiques, indique Stéphan Gagnon, ingénieur spécialiste en grands bâtiments et valorisation des rejets thermiques pour Transition énergétique Québec. « On parle beaucoup d’autonomie alimentaire ces temps-ci et les serres sont au cœur de cette solution dans un climat froid comme le Québec », note-t-il dans le webinaire « Transformer les rejets de chaleur en Klondike énergétique ».

La formule est déjà appliquée à quelques endroits dans la province. À Drummondville, les Serres Demers récupèrent de la chaleur provenant de la centrale électrique au biogaz de Waste Management depuis 2011 ; à Saguenay, les Serres Sagami bénéficient de l’eau chaude produite par l’usine Elkem Métal ; et à Saint-Félicien, les Serres Toundra, connues pour leur production de concombres, se gardent à bonne température grâce à l’eau chaude générée par sa voisine et partenaire d’affaires, l’entreprise Produits forestiers Résolu.

« On s’est beaucoup inspiré de ce qui se fait à Saint-Félicien », signale d’ailleurs le maire de Senneterre. Actuellement, Boralex dépense de l’énergie pour refroidir l’eau chaude utilisée pour faire tourner ses turbines à vapeur. « C’est cette eau-là qu’on veut utiliser pour chauffer les serres. On va la refroidir pour eux et ils auront besoin de moins d’énergie pour la refaire circuler dans leur système », explique l’élu.

Un hôpital carboneutre ?

Les rejets thermiques ont aussi le potentiel de chauffer des bâtiments et de les alimenter en électricité. « Le pionnier en la matière au Québec, note Stéphan Gagnon, c’est le centre de valorisation thermique des déchets de la ville de Québec. Cet équipement-là a été conçu et localisé en 1974 dans le but de fournir de la vapeur à une papetière. Encore aujourd’hui, elle fournit 222 gigawattheures de vapeur à Papiers White Birch et 42 gigawattheures à Glassine Canada. » Et ce n’est pas tout.

Toujours à partir de son incinérateur, la Ville de Québec pourrait bien chauffer, climatiser et alimenter en électricité l’hôpital de l’Enfant-Jésus. Le projet, estimé à 40 millions de dollars, est en attente de financement pour créer une synergie unique au Québec : relier deux infrastructures par une canalisation de 2,2 km pour donner naissance à une centrale de trigénération. Grâce à cette connexion, l’hôpital de l’Enfant-Jésus (CHU), grand consommateur d’énergie, pourrait atteindre la carboneutralité. La centrale qui serait construite sur son site comblerait en effet 100 % de ses besoins en vapeur, 98 % de son chauffage, 95 % de la climatisation et 18 % de sa consommation d’électricité.

Voyez le tracé du projet

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©Ville de Québec

Rejets thermiques et avenir

En décembre 2019, Transition énergétique Québec a lancé un appel de propositions pour financer spécifiquement des projets de valorisation de rejets thermiques. Une somme de 200 millions de dollars est disponible d’ici 2025 ou jusqu’à épuisement des fonds. Un premier financement devrait être annoncé sous peu, confirme le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN). Le programme ÉcoPerformance, géré par le même ministère, soutient lui aussi des projets qui valorisent les rejets thermiques.

Après six ans de travail acharné sur le dossier, la Ville de Québec et le CHU attendent justement une confirmation de financement du MERN. Les deux organisations prévoient ensuite quatre années de travaux avant la mise en service des nouvelles infrastructures. Une fois opérationnelle, la centrale de trigénération réduirait chaque année les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’hôpital de 10 000 tonnes d’équivalent CO2, ce qui correspond aux émissions annuelles de GES de 1050 Québécois, et de 60 millions de litres d’eau potable par année, soit l’équivalent de 2000 piscines hors terre de 18 pieds. Bien avancée dans sa démarche, la MRC de La Vallée-de-l’Or est elle aussi sur le point de déposer des demandes de financement au MERN pour le projet de complexe serricole de Senneterre.

Pendant ce temps, des chercheurs de Polytechnique Montréal, de l’École d’urbanisme de l’Université de Montréal, du Centre international de référence sur le cycle de vue des produits, procédés et services (CIRAIG) et du Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI) recueillent, depuis juillet 2020, des données qui faciliteront et stimuleront la valorisation des rejets thermiques du Québec. Inspirés par une carte européenne des rejets thermiques, ils comptent cartographier, entre autres, les sources de rejets thermiques et les consommateurs potentiels au Québec. Ces données devraient être accessibles en juin.

Cet article provient d’un cahier spécial «Défis climatiques, solutions énergisantes », publié par le quotidien Le Devoir, en partenariat avec Unpointcinq.

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