Dossier spécial : Après-demain, le climat , partie 3
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Illustration: Sébastien Thibault
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Au nom de la science

Rémi Quirion est l’un des chercheurs en neurosciences les plus cités au monde. Ce docteur en pharmacologie est aussi le premier Scientifique en chef du Québec depuis la création du poste, en 2011. En plus de présider les Fonds de recherche du Québec d’une valeur de 237 millions de dollars (en 2018-2019), il conseille son « patron », le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, afin que les données probantes et les meilleures pratiques soient prises en compte dans les décisions de l’État. Il livre ici ses réflexions sur les leçons à tirer de la pandémie pour faire face à la menace climatique.

Votre rôle est de conseiller le gouvernement au moyen d’éclairages scientifiques. De votre point de vue, les politiciens québécois écoutent-ils les scientifiques ?

Rémi Quirion.

Depuis que je suis en poste, j’ai agi sous quatre gouvernements de trois couleurs différentes : le Parti libéral, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec. Bien sûr, l’écoute peut changer d’un gouvernement à l’autre. Ça dépend toujours des ministres et du premier ministre en poste, certains étant plus ouverts que d’autres. Cela dit, la recherche et la science sont vues positivement par nos dirigeants depuis plusieurs décennies. À preuve, personne n’a jamais dit « on ferme les Fonds de recherche ! » Même si on peut toujours faire mieux, la situation est plus positive au Québec et au Canada que dans d’autres régions du monde. Les chercheurs américains, par exemple, sont moins écoutés sous la présidence actuelle qu’ils ne l’étaient sous Obama.

 

Dans le contexte de la pandémie, j’ai eu beaucoup de discussions avec le premier ministre et les décideurs de la santé publique, de l’éducation, de l’environnement, etc. Je donne des avis et des recommandations à choix multiples et, au bout du compte, c’est le gouvernement élu qui décide en considérant aussi les aspects sociaux, politiques, etc. Mais au moins, les données probantes de la science sont incluses dans le processus décisionnel.

Avez-vous été étonné de l’écoute du gouvernement envers les scientifiques depuis le début de cette crise sanitaire ?

Oui, globalement, ça a été positif. Il y a eu de l’écoute de mon côté, mais aussi beaucoup du côté de la santé publique. Le premier ministre dit souvent que c’est le Dr Arruda qui décide ! C’est bien que la science ait été ainsi mise sur la place publique, mais il faut toujours faire un peu attention à ce qu’elle ne soit pas instrumentalisée… Que finalement, à un moment donné, les politiciens disent : « Ah… c’est les chercheurs qui nous avaient dit de faire telle ou telle chose ! » Au Québec, on n’a pas eu ce genre problème, mais en Angleterre, le Scientifique en chef s’est fait ramasser à plusieurs reprises par les chercheurs, qui lui reprochaient de ne pas être assez indépendant des politiques du gouvernement, et cela a créé beaucoup de tensions.

Quelles leçons peut-on déjà tirer de la crise du nouveau coronavirus et de sa gestion pour l’adaptation aux changements climatiques ?

C’est une bonne question, on réfléchit beaucoup à ça actuellement. La première idée qui me vient est :quand on veut, on peut. Bien qu’on parle des changements climatiques depuis longtemps, on avance lentement, tout prend du temps, peut-être parce que ça touche tout le monde et donc personne en même temps. C’est assez abstrait. La pandémie nous a toutefois montré qu’on pouvait accomplir bien des choses en très peu de temps. Lorsqu’il y a une volonté de nos dirigeants et de nos concitoyens, on peut faire des avancées très rapidement. L’enjeu selon moi est donc de rendre les conséquences des changements climatiques plus concrètes pour la population et pour les décideurs.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme qu’il nous reste une douzaine d’années pour ralentir le réchauffement planétaire. Après, il sera trop tard. Comment faire pour que les gens réagissent à l’urgence climatique comme ils l’ont fait pour se protéger de la COVID-19 ?

Je n’ai pas la solution magique, mais on peut apprendre de ce qu’on a réussi durant cette pandémie pour agir aussi en matière de développement durable, d’économie circulaire et d’énergies propres. Je pense qu’une bonne partie de la population le veut. Il s’agit désormais de voir comment les chercheurs peuvent travailler avec les décideurs politiques ainsi qu’avec les citoyens, en particulier les jeunes, qui sont très sensibilisés à la protection de l’environnement. Je miserai aussi sur les villes et les municipalités, qui travaillent de près avec la population. Les changements climatiques, ça veut dire quoi dans ma ruelle, dans mon quartier ? Je pense que des chercheurs seraient prêts à s’engager dans des projets de recherche communautaires pour, entre autres, répondre à ces questions.

J’ai bon espoir que les changements climatiques reprendront bientôt la première page. Ce n’est plus le temps de dire « on va attendre encore cinq ans, un autre gouvernement le fera ». Il faut le faire maintenant et, dans un contexte de sortie de crise, le développement durable serait une façon de ramener l’économie à un niveau plus acceptable au Québec, au Canada et dans le monde. 

Cette entrevue provient d’un cahier spécial publié par le quotidien Le Devoir, en partenariat avec Unpointcinq.

Et mentalement, ça va bien aller?

Après-demain, le climat

Toute crise, individuelle ou collective, est par nature anxiogène. C’est d’autant plus vrai quand elle est d’une ampleur et d’une gravité sans précédent, comme c’est le cas avec la pandémie de COVID-19. Sur le plan de la santé mentale, quelles traces allons-nous garder de toutes ces perturbations ? Et quelles forces pouvons-nous en tirer pour désamorcer l’autre crise qui nous pend au nez, celle de l’urgence climatique ? La présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, la Dre Christine Grou, se projette dans notre futur proche et partage ses pistes de réflexion.