Dossier spécial : Après-demain, le climat , partie 2
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Illustration: Sébastien Thibault
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L’engagement pour ancrer le changement

06 juillet 2020 - Maxime Bilodeau, En paix avec ses contradictions

Joseph Yvon Thériault ausculte depuis plus de 40 ans les sociétés francophones de l’Amérique, dont celle du Québec, durement frappée par la crise de la COVID-19. Lucide, le sociologue d’origine acadienne, professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal, ne croit pas que la lutte contre le nouveau coronavirus, très individualiste, ait préparé le terrain pour le chantier de la transition climatique, qui, elle, implique une action collective.

Comment jugez-vous la réponse des Québécois à la crise sanitaire ?

Force est de constater que notre réponse a été plus individuelle que collective. Contrairement à nos voisins du sud, nous avons accepté sans rechigner le repli sur soi exigé par les autorités de santé publique. De fait, c’est la société civile, cette sphère communautaire entre l’individu et l’État-providence si cher aux Québécois, qui a été fermée ce printemps. La société du déconfinement dans laquelle nous avons basculé récemment est celle du plexiglas, où les relations sociales sont plus que jamais distendues dans le but de freiner la propagation du virus. Paradoxalement, la société des individus y trouve son compte ; je dirais même qu’elle a tendance à aimer ça.

Joseph-Yvon Thériault. (© Émilie Tournevache)

Pourtant, nous avons bel et bien été témoins d’élans de solidarité, non ?

Les quelques initiatives collectives qui ont eu cours ici et là font figure d’exceptions. Je n’ai pas été témoin d’une grande vague de solidarité, durant laquelle on se serait collectivement serré les coudes. Ce n’est pas surprenant : les Québécois sont parmi les moins généreux au Canada. Ils comptent sur « leur » État-providence pour remplir cette mission. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de leur réponse à la COVID-19 : les Québécois ont été fiers de voir leur gouvernement agir si promptement et lui ont docilement emboîté le pas. N’ont-ils pas été les champions du confinement, selon Google ? Puis est arrivée la crise des CHSLD, qui a été synonyme de grand désabusement. La société civile forte dont nous aurions eu besoin était aux abonnés absents. Et l’État-providence a failli à sa tâche.

Pensez-vous que la pandémie met la table pour une nouvelle vision du vivre-ensemble, compatible, entre autres, avec le chantier de la transition climatique ?

Certaines transformations précipitées par la crise sanitaire représentent plus des défis à relever que des occasions à saisir dans le contexte d’urgence climatique. Pensons au télétravail, qui semble vouloir s’implanter pour de bon. Cette pratique réduit certes les émissions de gaz à effet de serre dues au métro-boulot-dodo. En même temps, elle a le potentiel d’accentuer l’étalement urbain, donc de nuire à l’adoption des transports en commun au profit de l’auto solo. Surtout, le télétravail est une autre incarnation de notre individualisme et de notre productivisme. C’est une pratique contraire à un certain art de vivre communautaire, dans des milieux de vie tissés serrés, qui perpétue l’idée de la croissance économique à tout-va.

Manifestement, vous n’adhérez pas au discours selon lequel un monde nouveau émergera de la COVID-19…

J’ai toujours pensé que les grandes crises ont tendance à accélérer et à consolider les changements qui étaient déjà en cours. Les transformations attendues, s’il y en a, s’inscriront dans une certaine continuité avec le monde d’avant. Prenons l’exemple de la démondialisation. Cela fait déjà 15 ans qu’il y a une certaine perte de confiance envers la mondialisation. En 2002, lors du Forum économique mondial de Davos, le quotidien français Libération titrait que le milieu bancaire international doutait de l’ouverture des économies nationales sur un marché mondial. Un autre exemple : celui du tourisme de masse, dont plusieurs annoncent la mort. Cela fait pourtant plusieurs années déjà que nous entendons parler de « surtourisme ». Les habitants de Venise sont bien placés pour savoir qu’à l’excès, le tourisme détruit les milieux de vie et érode le tissu social.

Quelle est la clé du succès afin de concrétiser ces mutations souhaitables dans un contexte de lutte contre les changements climatiques ?

En un seul mot : l’engagement. Sans l’engagement des individus, notamment dans les institutions politiques et de la société civile, ces mutations ont peu de chances de survenir. Le message s’adresse tout particulièrement aux jeunes, pour qui la notion d’engagement est souvent rattachée à un mouvement de protestation. Sortir dans la rue et manifester, même si cela peut être utile, est un geste somme toute assez individualiste. S’impliquer dans des mouvements organisés, c’est tout autre chose. Je les comprends, remarquez : je suis moi-même issu de la génération qui, dans les années 1970, a sincèrement cru qu’elle pouvait se passer des institutions et s’affranchir des diktats de la société. Bien sûr, j’ai été déçu ; le monde ne s’est pas transformé comme je le souhaitais. Ne répétez pas nos erreurs du passé. 

Cette entrevue provient d’un cahier spécial publié par le quotidien Le Devoir, en partenariat avec Unpointcinq.

Au nom de la science

Après-demain, le climat

Rémi Quirion est l’un des chercheurs en neurosciences les plus cités au monde. Ce docteur en pharmacologie est aussi le premier Scientifique en chef du Québec depuis la création du poste, en 2011. En plus de présider les Fonds de recherche du Québec d’une valeur de 237 millions de dollars (en 2018-2019), il conseille son « patron », le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, afin que les données probantes et les meilleures pratiques soient prises en compte dans les décisions de l’État. Il livre ici ses réflexions sur les leçons à tirer de la pandémie pour faire face à la menace climatique.