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©Sébastien Thibault
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Retombées positives générales

Il y a tant à faire pour améliorer le bilan énergétique du Québec

31 mai 2021 - Maxime Bilodeau, En paix avec ses contradictions

La quasi-totalité de l’électricité produite au Québec provient de l’hydroélectricité, une énergie « verte ». Ce constat, empreint de chauvinisme, ne devrait toutefois pas nous faire perdre de vue les nombreux défis énergétiques que nous devrons collectivement relever.

Transition vers une économie verte. Réduction de notre empreinte écologique. Sobriété, voire neutralité carbone. Derrière ces nobles desseins se cache un seul et unique enjeu : celui de notre consommation énergétique qui, en ce sens, est au cœur de la crise climatique. « Au Québec, l’énergie est ultimement responsable d’environ 70 % de nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Cela en fait un dossier prioritaire, incontournable », affirme Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal, directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier et auteur de plusieurs livres sur la question énergétique.

Nos modes de vie dépendent en grande partie des hydrocarbures à bon marché. Ils rendent possibles bien des phénomènes qui contribuent aux changements climatiques, comme l’étalement urbain et la consommation de masse.
Pierre-Olivier Pineau, professeur au Département de sciences de la gestion de HEC Montréal

Contrairement à ce que l’on pense, le principal pilier énergétique au Québec demeure toujours le pétrole. Les Québécois ont besoin chaque année de 834 pétajoules (PJ) d’or noir pour satisfaire leurs besoins, selon des chiffres tirés de l’État de l’énergie au Québec 2021, un bilan annuel qui rassemble les données les plus récentes sur le sujet. L’hydroélectricité, cette source de fierté pour les Québécois, arrive quant à elle au second rang, à 796 PJ. Comme quoi il n’y a pas que les Américains qui sont dépendants des hydrocarbures, comme le soulignait déjà l’ancien président des États-Unis George W. Bush il y a près de 15 ans. Nous le sommes aussi.

« Nos modes de vie dépendent en grande partie des hydrocarbures à bon marché. Ils rendent possibles bien des phénomènes qui contribuent aux changements climatiques, comme l’étalement urbain et la consommation de masse », signale Pierre-Olivier Pineau, professeur au Département de sciences de la gestion de HEC Montréal, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie et coauteur de l’État de l’énergie au Québec 2021. « Le paradoxe, c’est que notre économie dépend de moins en moins des hydrocarbures pour croître, enchaîne-t-il. La proportion de notre produit intérieur brut qui leur est attribuable a sans cesse diminué ces dernières décennies avec l’émergence d’industries du secteur tertiaire. »

Ainsi, il semble que réduction des émissions de GES et croissance économique soient compatibles, du moins à court et à moyen terme. C’est notamment le tour de force réalisé par l’Allemagne et le Danemark depuis 30 ans. La consommation énergétique et les émissions de GES y sont en baisse constante alors même que leur population ne cesse de croître, tout comme leurs économies, qui sont parmi les plus vigoureuses de l’Union européenne. « La “bonne nouvelle”, si l’on veut, c’est que le gaspillage énergétique est effarant au Québec. Il y a fort à faire pour s’améliorer », explique Normand Mousseau.

Par où commencer ?

Si la plupart des pays signataires de l’Accord de Paris sur le climat en sont à l’étape de se demander comment décarboner leur production électrique, ce n’est pas le cas au Québec. Hormis l’industrie et le transport, les autres pans de l’économie de la province profitent de son électricité renouvelable — la quasi-totalité de notre production est d’origine hydraulique ou éolienne. Une position enviable, certes, mais qui pose d’autres défis. « Certains secteurs ne pourront tout simplement pas être électrifiés tant la tâche est démesurée. Je pense notamment à notre parc de véhicules automobiles, dont la taille augmente continuellement », illustre Pierre-Olivier Pineau. Près de 6,7 millions de véhicules parcouraient les routes du Québec en 2019, selon des chiffres de la Société de l’assurance automobile du Québec. Du lot, seulement 66 000 étaient électriques.

Le défi des Québécois sera davantage de réduire leur consommation énergétique par habitant, qui est astronomique. À l’échelle mondiale, nous sommes parmi les plus gourmands en énergie, loin devant des pays avec qui on aime se comparer, comme la France, le Royaume-Uni et même les États-Unis ; seuls certains pays, comme le Qatar et l’Islande, nous surpassent. L’absence d’enjeux géopolitiques quant à nos approvisionnements en énergie explique en partie cet état de fait. « Plusieurs industries énergivores ont aussi sciemment choisi de s’installer ici pour profiter de notre énergie abondante et relativement peu dispendieuse, ce qui pèse dans la balance, ajoute l’expert. Cela dit, force est de constater que notre nonchalance vis-à-vis des questions énergétiques est à peu près totale. »

Dans son État d’avancement 2020 du Plan d’approvisionnement 2020-2029, Hydro-Québec prévoit que ses « approvisionnements disponibles et à venir […] sont suffisants pour répondre aux besoins en énergie [du Québec] jusqu’en 2026, et en puissance jusqu’en 2025 ». Au-delà de ces horizons, la demande excédera l’offre, ce qui ouvre la voie à de nouveaux approvisionnements — la signature d’un contrat en électricité pour le projet éolien Apuiat entre la société d’État, l’entreprise québécoise Boralex et les Innus de la Côte-Nord s’inscrit dans cette logique-là. Or, il existe d’autres stratégies pour équilibrer cette situation. Parmi elles :améliorer l’efficacité énergétique, qui ne consiste pas qu’à rendre les maisons plus « intelligentes » à l’aide de thermostats nouveaux cris.

« On peut par exemple se chauffer à l’aide d’une thermopompe plutôt que de plinthes électriques, ce qui revient à doubler, tripler, voire quadrupler l’utilisation de la même quantité d’énergie », indique Normand Mousseau. Autre exemple : dans le secteur industriel, on peut aussi opter pour des moteurs plus petits, donc moins énergivores, mieux encadrer leur utilisation, les faire tourner avec des sources d’énergie autres que fossiles, et ainsi de suite. « Malheureusement, c’est rare qu’on utilise la meilleure technologie disponible pour livrer le service énergétique dont on a besoin au Québec », constate-t-il. « Si nous étions sérieux en efficacité énergétique, nous pourrions retarder les nouveaux projets d’approvisionnement de beaucoup », estime de son côté Pierre-Olivier Pineau.

Il y aura certainement un coût politique élevé quand les prix du carbone exploseront aux enchères.
Pierre-Olivier Pineau

Et la coercition ?

Sans qu’on s’en rende compte, c’est peut-être par la contrainte que les Québécois vont améliorer leur bilan énergétique. Depuis 2013, le Québec fait partie d’un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission, mieux connu sous le nom de marché du carbone. Grosso modo, le gouvernement impose des plafonds d’émissions de GES décroissants aux entreprises. Pour ne pas les dépasser, celles qui polluent trop achètent des « droits de polluer » à celles qui polluent moins, dans un modèle de mise aux enchères. Au fil du temps, ces droits coûtent de plus en plus cher, ce qui incite les pollueurs à réduire leurs émissions de GES… et bien souvent à refiler la facture aux consommateurs.

« À l’heure actuelle, le plafond ne nous fait pas mal ; il y a encore beaucoup de droits d’émission de GES inutilisés du passé qui sont disponibles. C’est entre 2024 et 2027 que nous allons nous y cogner la tête », prévient Pierre-Olivier Pineau. C’est à la pompe que le choc va se faire sentir, lorsque les automobilistes québécois devront payer leur litre d’essence de plus en plus cher. C’est le principe même de cet outil de fiscalité verte : forcer le pollueur à payer davantage pour se prévaloir du privilège d’émettre des GES, ce qui représente par la bande un incitatif à réduire sa consommation d’essence. Ou à manifester dans les rues, comme l’ont fait les gilets jaunes en France en réaction à une mesure d’écofiscalité similaire.

« Le gouvernement ne nous prépare absolument pas à ce moment critique. Il le devrait, pourtant : il y aura certainement un coût politique élevé quand les prix du carbone exploseront aux enchères », prévoit Pierre-Olivier Pineau. D’autant plus qu’au Québec, l’argent issu du marché du carbone va directement dans le Fonds d’électrification et de changements climatiques, anciennement le Fonds vert. Ces sommes sont ensuite réinvesties dans des programmes censés réduire les émissions de GES, comme Rénoclimat et Roulez vert, mais qui ne concernent pas nécessairement les ménages à faibles revenus. « C’est un angle mort dont il faudrait se préoccuper afin de garantir une transition énergétique juste et équitable », conclut le spécialiste des politiques énergétiques.

Cet article provient d’un cahier spécial «Défis climatiques, solutions énergisantes », publié par le quotidien Le Devoir, en partenariat avec Unpointcinq.

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