@Benoît Tardif
Dossier spécial : On niaise pas avec la puck

« Pimp » ton aréna

Tous les arénas du Québec doivent cesser d’utiliser le fréon, une substance appauvrissant la couche d’ozone, d’ici 2020. Tant qu’à modifier le système de réfrigération, les villes profitent des subventions de Québec pour améliorer leurs installations en mode économie d’énergie!

Vivre ici / 09 décembre 2017
Construits en majorité dans les années 1960 et 1970, les 425 arénas et les 75 centres de curling du Québec sont vétustes et les fuites de fréon sont courantes, notait une étude publiée par Ressources naturelles Canada (RNCan) en 2013. Comme le fréon est une substance appauvrissant la couche d’ozone (SACO), tous les arénas devront éliminer son utilisation d’ici 2020 pour répondre aux normes du protocole de Montréal, signé en 1987. Une tâche énorme à réaliser alors que 62 % des arénas utilisaient ce réfrigérant en 2013.

Pour changer la donne, le gouvernement du Québec a injecté, depuis 2010, 270 millions de dollars dans le Programme de soutien pour le remplacement ou la modification des systèmes de réfrigération fonctionnant aux gaz R12 ou R22 (fréon) dans les arénas et les centres de curling du Québec.

Avec une multitude d’autres programmes en efficacité énergétique comme le programme ÉcoPerformance de Transition énergétique Québec, les municipalités, qui sont propriétaires de 75 % des arénas de la province, n’ont pas raté l’occasion de rénover leurs installations. À l’aube de 2020, les investissements se multiplient pour faire disparaître le fréon.

Choisir son gaz

Mais quelles sont les options pour réfrigérer les glaces? En bref, les arénas ont le choix entre l’ammoniac, le CO2 ou d’autres réfrigérants de synthèse.

La ville de Saint-Raymond a opté pour le R513A, un réfrigérant de synthèse, pour éviter les problèmes potentiels liés à une fuite d’ammoniaque, souligne Daniel Boucher, surintendant aux bâtiments et conseiller aux nouveaux projets. « Une fuite d’ammoniaque au centre-ville nous aurait obligés à évacuer tout le secteur. Même si les systèmes de contrôle sont efficaces, il existe quand même un risque », dit-il en ajoutant que ce système coûte la moitié d’un système de réfrigération à l’ammoniaque.

Le problème avec les réfrigérants de synthèse qui ont vu le jour au cours des dernières décennies, c’est qu’ils sont souvent de puissants gaz à effet de serre. Si bien que le gouvernement a dû imposer une norme maximale, avec un potentiel de réchauffement global (PRG) de 700.

À titre comparatif, un système au CO2 émet en moyenne 1 000 kg de GES par an, sur 20 ans d’exploitation.

Gaz Potentiel de réchauffement global (PRG)
CO2 1
Ammoniaque 0
R513A (gaz de synthèse) 631
Fréon R12 10 600
Fréon R22 1 700

La Ville de Montréal a, pour sa part, décidé de miser sur l’ammoniaque pour la modernisation de son parc d’arénas en investissant 200 millions de dollars, en plus des différents programmes de subvention offerts par les gouvernements provinciaux et fédéraux. En parallèle, la Ville compte respecter sa politique de développement durable en cherchant à obtenir, au minimum, la certification LEED de niveau argent pour ses arénas.

La métropole s’est aussi fixé de gros objectifs en termes d’efficacité énergétique, soit une réduction d’environ 30 % de la facture d’énergie actuelle, ce qui représente près de 40 000 $ par aréna.

D’autres mesures

D’emblée, les nouveaux systèmes de réfrigération au CO2 consomment 60 % moins d’énergie qu’un système au fréon, alors qu’un système à l’ammoniac en consomme 40 % en moins. Mais ça ne s’arrête pas là, car aujourd’hui, l’efficacité énergétique est désormais beaucoup plus importante que dans les années 1970, lorsque la majorité des arénas ont été construits. Résultat : des systèmes de récupération de la chaleur sont installés dans la majorité des arénas rénovés. Le rapport de RNCan note que « la récupération de la chaleur perdue a permis à elle seule de réduire de plus de 40 % la consommation et les coûts d’énergie et de 80 % les émissions de gaz à effet de serre. Ces derniers provenaient de l’utilisation de combustibles pour le chauffage de l’eau et des locaux ».

En rénovant trois de ses arénas avec des systèmes à l’ammoniaque, la ville de Laval a également décidé d’ajouter des récupérateurs de chaleur, souligne Robert Boulet, régisseur à la division de l’activité physique, du sport et du plein air.

Comment ça fonctionne? Les concepts varient, mais les arénas misent sur la réutilisation de la chaleur des gaz chauds des compresseurs pour préchauffer l’eau chaude domestique et sur l’utilisation de la chaleur de condensation pour combler les autres besoins de chauffage de l’aréna. Ces sources de chaleur permettent ainsi de chauffer les gradins et les vestiaires, le chauffage de l’eau des douches ou encore de la dalle sous la patinoire (pour éviter le gel du sol). Certains arénas utilisent même des accumulateurs de chaleur, sous la forme de réservoirs d’eau chaude, pour stocker les surplus et les réutiliser lorsque les besoins se font sentir.

« À Saint-Raymond, la récupération de chaleur suffisait pour chauffer tout le bâtiment à la fin octobre.Daniel Boucher

 

Il faudra toutefois attendre encore quelques mois avant de connaître les économies réelles, car la rénovation s’est terminée au début septembre. Saint-Raymond avait déjà optimisé son système d’éclairage il y a cinq ans, mais plusieurs arénas profitent des investissements pour installer de l’éclairage plus performant, en utilisant notamment des lumières DEL.

Pour l’aréna de Saint-Léonard, ce sont 13,7 millions de dollars qui seront investis pour remplacer le fréon par l’ammoniaque tout en implantant diverses mesures d’efficacité énergétique. « Grâce à ce programme, les citoyens peuvent maintenant bénéficier d’un aréna écologiquement responsable, répondant aux plus hauts critères de qualité », a déclaré le maire de l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, Dimitrios Jim Beis.

Gardez l’œil ouvert sur votre aréna de quartier, car il sera probablement métamorphosé d’ici 2020… à moins que ce ne soit déjà fait!

« Pimp » ton aréna 3min.