© Mathilde Corbeil
Dossier spécial : Les promesses de l'air , partie 4

Dégivrer sans polluer

Agir face aux changements climatiques en récupérant le fluide servant au dégivrage des avions en hiver? Plusieurs aéroports du monde le font, mais seul celui de Montréal-Trudeau parvient à utiliser un mélange composé de presque 100 % d’éthylène glycol recyclé sur place, selon Aéroports de Montréal. Résultat : moins de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Techno / 17 mai 2018
Moins de GES !

Planifier les décollages de centaines d’avions chaque jour, c’est un sacré défi. Particulièrement en hiver, alors que la sécurité des passagers exige que la coque externe des avions soit libre de givre, de glace ou de neige avant le décollage. C’est pourquoi les appareils sont souvent vaporisés d’une solution d’éthylène glycol (communément appelée glycol), un liquide incolore et inodore aussi utilisé comme antigel dans les liquides de refroidissement des automobiles.

Le hic, c’est que l’utilisation d’une grande quantité de glycol représente un risque important de contamination des nappes phréatiques, indique une étude réalisée en 2013 par les chercheurs Olivier Boiral et Mehran Ebrahimi pour le compte du ministère des Transports du Québec.

C’est notamment pour cette raison que la plupart des aéroports de grande taille possèdent une centrale de dégivrage récupérant au sol l’eau et la neige contaminée par du glycol, comme c’est le cas à l’aéroport Montréal-Trudeau.

Opération de dégivrage à l'aéroport Montréal-Trudeau (©ADM)
Opération de dégivrage à l'aéroport Montréal-Trudeau (©ADM)

Une première mondiale

Afin de restreindre les quantités élevées de glycol nécessaires au dégivrage des avions en hiver, Aéroports de Montréal – ou ADM, l’organisme responsable de la gestion des aéroports de la région métropolitaine – et la société de dégivrage d’aéronefs Aéro Mag 2000 ont fait l’acquisition il y a quatre ans d’une tour de distillation permettant de recycler le glycol. Commercialisé par le fabricant suédois Vilokan Sweden AB, l’appareil permet de redonner au glycol 99,7 % de sa pureté, selon les données d’Aéro Mag 2000. Aucun autre aéroport possédant des installations pour recycler le glycol n’atteint aujourd’hui ce degré de pureté, selon cette entreprise montréalaise.

Concrètement, après son application sur les avions, le glycol est récupéré, puis filtré et distillé dans la tour située à proximité du centre de dégivrage de l’aéroport Montréal-Trudeau. Le procédé fait passer la concentration de glycol de 50 à 99,7 %, ce qui permet l’utilisation continue du produit pour le dégivrage, sans aucune perte, explique Marie-Élaine Lépine, directrice de l’administration et des affaires corporatives pour Aéro Mag 2000. « Nous avons travaillé en recherche et développement pendant plus de 10 ans afin de trouver une solution pour recycler le glycol », ajoute-t-elle.

Une mesure avantageuse

En plus d’éviter les gaz à effet de serre qui auraient été émis lors du transport des 10,5 millions de litres de glycol recyclés depuis 2014, cette initiative a permis de réduire l’utilisation d’eau potable de 2 millions de litres par année depuis cette même année, selon Aéro Mag 2000.

« Cette technologie apporte des avantages considérables sur les plans environnemental et opérationnel », précise le service des affaires publiques et des communications d’ADM. En effet, avant l’arrivée de cette technologie, ADM devait assurer la gestion du produit en fin de vie.

Enfin, ADM a investi 6 millions de dollars au début de l’année 2018 afin de faire face aux épisodes de verglas. L’investissement a notamment servi à l’achat de nouveaux véhicules d’épandage de dégivrant.

Dégivrage et changements climatiques

Faut-il craindre que les épisodes de verglas obligeant l’aspersion de glycol sur les avions deviennent plus fréquents en raison des changements climatiques?

« Les analyses sont trop préliminaires à date pour lier la variabilité observée [de la fréquence et de la durée des épisodes de verglas] aux changements climatiques », explique Dominique Paquin, spécialiste en simulations et analyses climatiques du consortium Ouranos. « Pour faire une telle analyse du passé, il faudrait de longues séries d’observations, et elles ne sont pas encore disponibles. » En outre, les épisodes de verglas sont peu nombreux ‒ généralement pas plus d’une dizaine par année ‒, ce qui rend difficile la détection de différences statistiquement significatives entre les années, ajoute-t-elle.

Avec la collaboration de Laura Martinez

Dégivrer sans polluer 3min.