Transport : trip à trois dans le Grand Montréal

Et si la voiture était une partie de la solution? Rencontre avec Marc-Antoine Ducas, 45 ans, idéateur et tête dirigeante de Netlift, startup québécoise et système de covoiturage unique au monde. 

Vivre ici / 25 septembre 2017

Marc-Antoine Ducas a la poignée de main franche et le débit enthousiaste. Sourire avenant et fines lunettes, l'entrepreneur du Web a rencontré le succès en créant Netlift, une plateforme de service unique en son genre, qui combine transports collectifs et voiture individuelle, au plus grand bénéfice de l'individu. Un «trip à trois» qui convainc un nombre grandissant d'usagers.

L’intérêt? Aller plus vite qu’en se cantonnant à un seul mode de déplacement. Gratuite, l’application a déjà séduit 18 000 personnes dans le Grand Montréal, et certains employeurs vont jusqu’à prendre en charge une partie du coût des trajets, pour inciter leurs salariés à franchir le pas. Côté usagers, Netlift est la garantie d’un service fiable et sécurisé (passagers et conducteurs sont certifiés par l’organisme). Côté employeurs, c’est la possibilité de voir la quantité de gaz à effet de serre économisée chaque jour.

Unpointcinq (UPC) : Vous êtes très sévère avec la voiture…

Marc-Antoine Ducas (MAD) : La congestion est un cancer, mais l’automobile, si on arrive à mieux s’en servir, est une partie importante de la solution. Les transports collectifs sont très performants là où la population est dense, mais on a un souci quand on s’éloigne du centre de Montréal. Il est alors très coûteux de faire rouler des autobus, souvent à moitié vides. Le « coût du kilomètre passager » n’a plus de sens. Dans ce genre de situation, l’automobile est plus environnementale et plus efficace économiquement. À partir de ce constat, nous avons monté notre modèle économique.

 

UPC : Pourquoi n’aimez-vous pas le mot « covoiturage »?

MAD : Au Québec, le covoiturage a une connotation un peu négative auprès des automobilistes sophistiqués. Si quelqu’un a les moyens de s’acheter une auto, pourquoi faire du covoiturage? Il ne faut pas oublier que la voiture représente un certain statut. Nous parlons donc plutôt de transport social.

 » On leur donne le même niveau de service que s’ils avaient pris leur voiture et c’est 65 % moins cher.

Marc-Antoine Ducas

 

UPC : Est-ce à cause des préjugés que le covoiturage échoue comme vous le soulignez souvent?

MAD : Oui, en partie, mais c’est aussi à cause de son manque de fiabilité. On ne parvient pas à mettre en place un service de base. II n’y a pas assez d’incitatifs pour pousser les automobilistes à faire un effort. On a entamé des discussions avec Paris, Mexico, Washington, Toronto… le constat est unanime. Toutes ces villes pensent que le covoiturage peut marcher, mais aucune ne réussit à mettre en place un modèle économique sensé. Or, c’est ce que l’on a fait. Mais, pour y arriver, il a fallu penser « stationnement », et même, « taxis » (NDLR : pour permettre aux usagers de pouvoir rentrer chez eux, si la personne qui devait les raccompagner avait un empêchement de dernière minute), des éléments contre-intuitifs qui font pourtant partie de l’équation.

 

UPC : Quels sont vos projets?

MAD : Plusieurs discussions sont en cours. D’abord, un service de taxi-navette, qui permettrait aux Montréalais de faire des courses de porte à porte, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et à prix fixe. Il est aussi question de stationnements gratuits réservés exclusivement à nos automobilistes, et d’une possible intégration tarifaire avec la carte Opus. Les gens pourraient ainsi avoir, pour 200 ou 220 dollars par mois, un service qui inclut les deux modes de transports.

UPC : Que diriez-vous aux gens pour les convaincre de ne plus conduire seuls?

MAD : Les excuses du genre « il n’y a pas de Communauto près de chez moi », ou « je n’aime pas les transports en commun » ne sont plus valables avec Netlift. On leur donne le même niveau de service que s’ils avaient pris leur voiture et c’est 65 % moins cher.

 

UPC : Et ceux qui n’en auraient juste pas envie?

MAD : On pourra alors collectivement passer au prochain niveau sur le plan juridique. C’est déjà en discussion chez certains employeurs ou établissements. Une sorte de taxe à la solitude dans les transports. À Washington, par exemple, dans les zones à péages, on réfléchit à des voies gratuites réservées aux gens qui covoiturent.

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