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Toucher du bois

Plus solide, plus sécuritaire, plus résistant, plus économique et plus accessible que le béton et l’acier, le bois est surtout l’ennemi numéro 1 du CO2, même à l’état de planche.

Vivre ici / 09 septembre 2017

Les forêts séquestrent la plus grande réserve de carbone à l’échelle planétaire, avec les océans. C’est que ce gaz permet la production de nutriments essentiels à la croissance des arbres : voilà pourquoi ceux-ci absorbent le CO2 présent dans l’atmosphère. Mais le plus génial, c’est que même après qu’il a été récolté, ce carbone reste dans le bois, constituant 50 % de la composition des matériaux destinés à la construction de bâtiments.

Utiliser le bois prolonge cette séquestration survenue naturellement. De façon plus concrète, une maison unifamiliale moyenne de 2 400 pieds carrés, bâtie en bois, peut retenir l’équivalent de 29 tonnes de carbone, soit, environ la consommation annuelle de six voitures.

 

Première place du podium

De plus, puisque la transformation du bois nécessite un apport énergétique moins intense que celui de l’acier – l’un des matériaux de construction de prédilection, avec le béton – le procédé s’alimente d’énergies renouvelables plutôt que d’énergies fossiles.
Comparatif des émissions de GES entre le bois, l'acier et le béton
Source : Consortium for Research on Renewable Industrial Materials (CORRIM).
Même l’argumentaire de la déforestation peut être réfuté, affirme Patrick Lavoie, chercheur sénior chez FP Innovations, OBNL créateur de solutions scientifiques novatrices pour soutenir la compétitivité du secteur forestier canadien à l’échelle mondiale. « Au Canada, nos forêts bénéficient de juridictions et de règlements très stricts afin de s’assurer que nos terres redeviennent des forêts à moyen terme, ce qui n’est pas le cas partout dans le monde. » Bref, dans la catégorie des constructions durables et responsables, le bois atteint la première place du podium sans difficulté. Pourquoi, dans ce cas, ne l’utilisons-nous pas davantage pour les bâtiments québécois?  

Vers des architectes et des ingénieurs-castors

« Au début du 20e siècle, la grande majorité des bâtiments, même ceux d’une dizaine d’étages, étaient en bois, explique M. Lavoie. Avec la révolution industrielle, le béton et l’acier ont été considérés comme des solutions plus avancées. Depuis, les pratiques et les formations des architectes et ingénieurs en bâtiments n’ont pas évolué. Les logiciels de travail disponibles ne sont qu’orientés vers le béton et l’acier. Il n’y a aucun cours dédié au traitement du bois dans les corpus pédagogiques en architecture ou en génie du bâtiment. »

Raison pour laquelle FP Innovations finance des recherches comme celles de Patrick Lavoie, visant à documenter la manière dont le bois répond aux exigences du code du bâtiment ainsi qu’aux différents systèmes d’assemblages permettant de retirer tous les avantages de ce matériau.

« Il est primordial de diffuser largement ces informations. Il faut reconstruire la façon de penser des professionnels. Heureusement, depuis une quinzaine d’années, il y a un appétit pour explorer l’utilisation du bois pour des raisons environnementales et esthétiques », enchaine-t-il. « 50 % des matériaux produits mondialement vont à la construction de bâtiments, un secteur qui utilise 40 % de l’énergie consommée sur la planète, confirme M. Lavoie. 80 % des structures des bâtiments commerciaux pourraient être faites de bois alors que ce pourcentage n’atteint que 10 ou 15 %. Considérant l’impact environnemental majeur de l’industrie du bâtiment, utiliser du bois établirait une réelle différence sur le plan des émissions de GES », croit le chercheur. « Il faut donc guider les acheteurs et les entrepreneurs vers de meilleurs choix de matériaux. » Du côté des maisons unifamiliales, le bois pourrait représenter presque 100 % des matériaux utilisés.

Le bois, ce super héros

Au-delà des avantages environnementaux, André Huot – directeur du développement des affaires chez Nordic Structure Bois – et Patrick Lavoie insistent : le bois n’a aucune limite et n’est pas moins sécuritaire.

Les panneaux de bois massif augmentent la stabilité d’un bâtiment. Assurant la même solidité que le béton et l’acier, ce matériau est respectivement cinq fois et quinze fois plus léger, ce qui diminue considérablement le poids sur les fondations ainsi que sur les sols. « Il est donc sans danger de minimiser l’utilisation du béton, par exemple, en ne s’en servant que pour renforcer le bois dans des bâtiments de plus de 50 étages » ajoute M. Lavoie.

De plus, les panneaux de bois lamellés-croisés (cross-laminated timber, CLT) offrent une résistance au feu comparable aux matériaux non combustibles, car ils ne le carbonisent qu’en surface.

 » Des tests ont été faits au Québec, en Colombie-Britannique et en Europe, confirmant que les panneaux de bois massif réduisent le risque de propagation d’un incendie au-delà de son point d’origine. Les pompiers peuvent y accéder pendant deux heures sans se soucier qu’un mur tombe ou que le plancher cède.

André Huot

Puisque le bois résiste également davantage aux pertes de chaleur – soit 7 fois plus que le béton et 500 fois plus que l’acier –, moins d’énergie est nécessaire pour chauffer et refroidir les immeubles. Ce qui a donc une incidence directe sur votre facture d’électricité et vous permettra, alors, des économies qui financeront une partie de vos prochaines vacances. Tous ensemble : le bois!

Finalement, le prix du bois est concurrentiel pour les petits et moyens bâtiments, selon les études auxquelles M. Lavoie travaille actuellement. En ce qui concerne les bâtiments qui accumulent les étages, comme Carey Price accumule les exploits, s’il est plus cher à l’achat, le bois permet néanmoins une livraison plus rapide des projets; ce qui réduit, en définitive, les coûts de financement en plus de devancer les revenus de l’immeuble. De plus, « puisque le bois est plus léger que le béton, cela permet d’économiser en obtenant des permis pour construire sur des terrains dont le sol est de moins bonne qualité », conclut M. Lavoie.

 

© Photos : Stéphane Groleau

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