Un road trip de 2 000 km pour 6$

Avaler 2 000 km en une semaine dans la région de Charlevoix et dépenser un gros 6 $ pour propulser la voiture vous semble impossible? C’est pourtant ce qu’a réalisé un couple au volant d’un bolide… électrique!

Vivre ici / 29 décembre 2017

Petit jeu à faire avec vos proches. Posez-leur la question suivante : « Feriez-vous un road trip au Québec? » Maintenant, reformulez la question en y ajoutant un élément : « Feriez-vous un road trip au Québec... en voiture électrique? » Sans trop prendre de risques, on peut déjà vous dire que la seconde question recevra beaucoup moins de « pouces en l’air » que la première.

Un road trip sans la moindre émission de CO2, c’est ce qu’a fait pendant une semaine en août 2017 la comédienne Éloïse Boies. À bord d’une Chevrolet Bolt, la jeune femme et son copain, Jérôme Hof, ont ainsi dévoré 2 000 km dans la région de Charlevoix et dépensé un gros 6 $ en frais de rechargement de l’engin. Véritable touche-à-tout, l’actrice-animatrice-chanteuse-auteure-compositrice-blogueuse a mené cette croisade des temps modernes à bord de son destrier électrique, avant tout, pour son bon plaisir, mais aussi pour tordre le cou à quelques idées reçues profondément ancrées dans l’inconscient collectif.

Voyage contre les préjugés

« “Tout le monde sait ça, une voiture électrique, c’est fait pour conduire en ville! Au bout de quelques kilomètres, une voiture électrique, ça n’a plus de batterie! Les voitures électriques, c’est bien pour ceux qui veulent conduire lentement!” C’est le genre de phrases que j’ai souvent entendues et qui m’ont vraiment donné envie de démystifier la voiture électrique », confie la jeune électromobiliste.

En parcourant 2 000 km en voiture électrique, Éloïse Boies a évité l’émission de 420 kg de CO2 (FAQDD). Pas étonnant que le gouvernement se soit fixé un objectif de 100 000 véhicules électriques et hybrides sur les routes en 2020. En retirant de la circulation le même nombre de véhicules à carburant fossile, c’est environ 315 000 tonnes de GES qui seraient évitées. De quoi combattre férocement les changements climatiques.

Si elle a longtemps travaillé dans le domaine de l’automobile, Éloïse n’a pas voulu se poser en experte du road trip électrique, bien au contraire! « Quand je me suis lancé ce défi, ce qui m’intéressait avant tout, c’était de vivre l’aventure comme monsieur et madame tout le monde, continue-t-elle. Je savais où on allait dormir, parce qu’en cette période de l’année, il faut malheureusement louer en avance, mais pour le reste, pour l’aspect pratique du voyage, je n’ai rien préparé. »

Évidemment, quand on n’est pas préparé, on s’expose à quelques déconvenues. Éloïse et son copain n’ont pas fait exception. « Je savais qu’en partant comme ça, à l’aventure, j’allais sûrement faire face à des situations que je ne connaissais pas. Par exemple, quand je suis arrivée à la première borne de stationnement, je me suis rendu compte que ça prenait une application mobile bien précise pour payer la recharge; aucun autre moyen de paiement n’était accepté, dit-elle. Ou bien la fois où on est arrivé à Tadoussac, où se trouve la seule borne de la région, mais cette dernière était déjà prise. Rien de grave, on a simplement attendu qu’elle se libère en buvant un café. »

Que les plus angoissés ne paniquent pas tout de suite en lisant ces lignes. S’il n’y a pas de bornes disponibles quelque part, on n’appelle pas immédiatement la dépanneuse en levant les bras au ciel et en criant « Pourquoi Seigneur »! Il existe d’autres moyens de recharger son véhicule.

Les recharges amovibles permettent de redonner du jus à son bolide soit en se connectant à une prise ordinaire de 120 V ou une borne générant du 240 V; cette dernière faisant évidemment le travail beaucoup plus rapidement.

Selon le Circuit électrique, le réseau canadien compte à ce jour plus de 1 169 bornes de recharge en service, dont 92 bornes rapides.

Road trip electrique 2_Jerome Hof
Éloïse Boies et son copain, Jérôme Hof ont vécu un road trip unique avec une voiture électrique. (© Jérôme Hof)

Mieux on conduit, plus on va loin!

Les véhicules électriques partagent avec les voitures à essence un bon nombre de points communs, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la façon de les conduire est en revanche bien différente.

« Quand on passe d’une voiture traditionnelle à une électrique, il faut un petit temps d’adaptation et on doit ajuster sa façon de conduire, explique Éloïse Boies. Sur l’autoroute par exemple, si on roule à 120 km/h, on va gruger sa batterie, alors que si on roule à 110 km/h, on va maintenir une vitesse idéale qui la préservera plus longtemps. Le freinage est aussi très différent. Avec une électrique, il faut idéalement freiner sur une longue distance; en freinant, on emmagasine de l’énergie, on recharge sa batterie et on augmente son autonomie! De manière générale, il faut conduire avec pas mal de souplesse, et anticiper les choses. Au bout du compte, mieux on conduit, plus on va loin. »

Alors que les ventes de voitures électriques et hybrides explosent au Québec, l’objectif du ministère de l’Énergie et Ressources naturelles, fixé à 100 000 véhicules en circulation en 2020, est désormais envisageable. Le réseau des recharges publiques se densifie jour après jour, ce qui permet à Éloïse Boies d’être confiante et optimiste en l’avenir.

Les esprits sont en train de changer et ce n’est plus seulement ma génération qui fait le choix de l’électrique. Ma tante, par exemple, s’est acheté une voiture hybride et ce n’est pas un cas isolé.
Éloïse Boies

Évidemment, certaines zones à faible densité de la province demeurent mal adaptées à l’usage d’un véhicule électrique. Également, les chiffres spectaculaires des ventes qui doublent chaque année sont à relativiser avec le volume total des véhicules (1,6 % de véhicules électriques en 2017). Mais n’en demeure pas moins vrai que l’électrification du Québec est en route et que les road trips électriques devraient être monnaie courante dans les années à venir.

Un road trip de 2 000 km pour 6$ 3min.