@ Ville de Gatineau

Villes et climat : cesser d’attendre et voir venir

Le 21 mars, la ville de Gatineau accueillera le sommet Résilience climat de l’Union des municipalités du Québec. Objectif : inciter les décideurs de plus de 250 villes québécoises à prendre le taureau par les cornes face aux changements climatiques.

Vivre ici / 18 mars 2019

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, s’en souvient comme si c’était hier. En mai 2017, il survolait en hélicoptère « sa » ville immergée et dévastée par l’une des plus importantes crues printanières de son histoire. « C’était effrayant et émotivement très difficile », raconte-t-il avec le motton dans la gorge. « C’était ma ville, c’était mon monde qui perdait tout. »

La directrice générale de la Ville, Marie-Hélène Lajoie, a elle aussi vécu des moments forts en émotions. « Quand on vient te dire qu’on est à 20 pouces [50 cm d’eau] avant de perdre le contrôle de notre usine d’épuration et que, si ça arrive, tous les égouts de la ville refoulent, on se rend compte qu’on est rendus à un autre niveau », évoque la gestionnaire.

« Ne vous fiez pas au passé pour prévoir l’avenir… au contraire! »

Deux ans après les inondations, Maxime Pedneaud-Jobin et Marie-Hélène Lajoie feront part de ces souvenirs lors du troisième sommet municipal Résilience climat, organisé par l’Union des municipalités du Québec (UMQ) en collaboration avec Ouranos, le 21 mars prochain. Devant plus de 250 participants venus d’une centaine de villes québécoises et d’une vingtaine d’organismes, ils expliqueront à d’autres élus et gestionnaires municipaux les leçons qu’ils ont tirées de ces événements.

« Mon premier message aux villes, c’est que des événements qui n’arrivaient jamais peuvent arriver. Ne vous fiez pas au passé pour prévoir l’avenir… au contraire! » prévient le maire.

La Ville de Gatineau est fière d’avoir adopté une vision proactive de l’adaptation aux changements climatiques. Déjà, depuis de nombreuses années, elle organisait des exercices annuels de sécurité civile simulant notamment un écrasement d’avion ou le bris d’un barrage électrique. En plus, en 2015, elle s’est dotée d’un centre de coordination des mesures d’urgence (CCMU) de 1,8 M$. Critiqué à l’époque, cet investissement s’est justifié non seulement lors des inondations de 2017, mais aussi pendant les plus récents événements survenus en cascade croit Marie-Hélène Lajoie. « Si on n’avait pas fait tout ça, je ne pense pas qu’on aurait passé au travers », affirme-t-elle d’un ton convaincu.

La sécurité civile de Gatineau à l'oeuvre durant les inondations de 2017
La sécurité civile de Gatineau à l'oeuvre durant les inondations du printemps 2017.

Action!

Touchée par une multitude d’aléas climatiques au cours des derniers mois, dont des chaleurs extrêmes et une tornade, Gatineau est certes la ville toute désignée où discuter des mesures à prendre pour faire face aux changements climatiques et à leurs conséquences. Mais plusieurs autres représentants municipaux décriront aussi les gestes qu’ils ont déjà posés dans le domaine. Par exemple, la Ville de Montréal présentera son premier plan d’adaptation aux changements climatiques 2015-2020, tandis que Granby racontera ses tentatives de contrôle de l’herbe à poux, une plante allergène qui prolifère avec la hausse des températures. Du côté de la Gaspésie, Cathy Poirier, la mairesse de Percé, accompagnée du directeur du service de l’aménagement et de l’urbanisme, expliquera comment sa municipalité tente de réduire les effets de l’érosion côtière.

Des témoignages qui sont attendus par le maire de Victoriaville, André Bellavance. « On veut s’inspirer des meilleures pratiques », indique l’élu, qui prendra part au panel de discussion portant sur l’adaptation. Il tentera de convaincre d’autres municipalités d’adhérer à Habitation durable, un programme d’aide financière créé en 2011 par la Ville de Victoriaville qui encourage la construction et la rénovation en vertu de critères écologiques et écoénergétiques. Sept autres municipalités québécoises l’ont adopté depuis.

La résilience climatique, c’est quoi?

La résilience climatique est l’aptitude d’un individu, d’une ville ou d’une communauté à faire face aux changements climatiques en se transformant pour survivre. Autrement dit, c’est la capacité à anticiper une perturbation et ses conséquences, mais aussi à les prévenir, à y réagir et à s’en remettre, le but étant de diminuer les risques et les vulnérabilités liés aux changements climatiques. Les communautés sont ainsi mieux outillées et conscientes de leur marge de manœuvre pour s’adapter et agir.

Prêtes ou pas prêtes?

Échanger sur ses bons coups est certes constructif, mais sans doute pas suffisant, souligne Alain Bourque, directeur général d’Ouranos, ce consortium de chercheurs voué à l’adaptation aux changements climatiques. Personne ne peut se permettre de se péter les bretelles, selon lui. « Ma grande crainte par rapport à l’événement, c’est que les maires disent qu’ils ont le contrôle de la situation… parce qu’ils ne l’ont pas », affirme-t-il sans ambages.

Cette perception choque quelque peu le maire de Victoriaville. « Je ne pense pas que les maires se croisent les bras et lancent de la poudre aux yeux en disant qu’ils luttent contre les changements climatiques. Certains croient peut-être que ce n’est pas un problème urgent, mais moi, j’en côtoie beaucoup de maires, et je pense que la grande majorité est sensibilisée », assure André Bellavance.

Photo des inondations dans la ville de Gatineau en 2017 pour illustrer un article sur la résilience climatique.
Plus de 250 mm de pluie sont tombés du 1er avril au 7 mai 2017 sur l’Outaouais, provoquant des inondations historiques dans la région.

En fait, Alain Bourque considère que les élus essaient de répondre aux catastrophes, mais qu’ils se préoccupent encore très peu de les éviter, par exemple en réaménageant leur territoire. Il fait remarquer que, lors des inondations du printemps 2017, Gatineau a été beaucoup plus affectée que sa voisine ontarienne, Ottawa. Et ce n’est pas parce que la pluie est tombée d’un seul côté de la rivière des Outaouais. « Dans les années 1950, l’ouragan Hazel a causé 90 morts à Toronto. Après coup, l’Ontario a revu ses règles d’aménagement du territoire de fond en comble pour tenter de sortir les gens des régions à risque. Le Québec, lui, n’a pas fait ça », explique-t-il.

Alain Bourque, qui s’adressera aux élus et aux gestionnaires réunis au sommet lors d’un panel sur la transition, n’a pas l’intention de prendre des gants blancs. Il insistera sans équivoque sur la responsabilité qu’ils ont d’agir, notamment en prenant des décisions difficiles. Car, selon lui, dans le contexte des changements climatiques, il faudra songer à sacrifier le charme des maisons au bord de l’eau pour épargner collectivement beaucoup de dollars… voire même des vies!

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