La MRC de Maskinongé vise un exploit historique

La municipalité régionale de comté (MRC) de Maskinongé, qui comprend le légendaire village de Saint-Élie-de-Caxton où réside le conteur Fred Pellerin, a décidé de devenir carboneutre d’ici 2023. Un horizon pas si lointain qui l’amène à passer à l’action et à défricher un chemin jusqu’ici inexploré.

Vivre ici Wow / 24 novembre 2017

Cette MRC de la Mauricie est la première au Québec à se fixer un tel objectif. Mais comment devient-on carboneutre sur un territoire de plus de 2 000 kilomètres carrés, peuplé par 36 000 habitants et dominé par l’agriculture au sud et la foresterie au nord? En faisant entrer tout le monde dans la danse : citoyens, industriels, agriculteurs et municipalités.

« On veut que tous les citoyens s’engagent dans la lutte contre les changements climatiques. C’est un beau prétexte pour mobiliser des gens de différentes sphères d’activités », explique Karine Langlais, chargée de projet pour En route vers la carboneutralité de la MRC de Maskinongé, un programme qui a reçu 98 721 $ du Fonds vert pour sa première phase de deux ans. L’idée est née sous l’impulsion de la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) après le visionnement du documentaire Demain axé sur des solutions citoyennes mises de l’avant en matière d’environnement. « On s’est inspirés du film pour bâtir un projet où le citoyen est au cœur de l’action », raconte Julie Lemieux, directrice générale de l’organisme.
SADC Equipe
Julie Lemieux et Karine Langlais (respectivement assises à gauche et à droite) entourées de leur équipe. (© SADC de la MRC de Maskinongé)

Les enfants, les convaincus et les sceptiques

L’ambitieux projet lancé en juin commence tout juste à s’ébranler. Pour devenir carboneutre, encore faut-il savoir combien d’émissions de gaz à effet de serre (GES) sont produites dans les 17 municipalités du secteur. La SADC travaille de pair avec la firme Enviro-accès, spécialisée depuis une quinzaine d’années dans l’inventaire des émissions de GES, afin d’établir un bilan carbone détaillé pour son territoire.

« Il fallait convaincre les entreprises et les agriculteurs de nous fournir leurs chiffres, précise Karine Langlais. C’est à partir de cette collecte de données qu’on va pouvoir établir des objectifs de réduction. » Les citoyens impliqués au sein des quatre comités, qui représentent chaque secteur de la société, pourront ensuite réfléchir à des actions en termes de réduction.

Notre grand défi, c’est d’aller chercher les gens qui se sentent moins interpellés pour l’instant. La carboneutralité va se faire grâce aux citoyens qui vont devenir des agents multiplicateurs.Karine Langlais, chargée de projet à la SADC de la MRC de Maskinongé

Mais la carboneutralité ne pourra s’atteindre uniquement grâce à la réduction à la source. Le volet compensation repose sur la Bourse du carbone Scol’ERE, une initiative qui permet aux entreprises d’acheter des crédits carbone scolaires. D’ici la fin de l’année, la SADC de la MRC de Maskinongé ira dans une dizaine d’écoles primaires pour offrir des ateliers sur les changements climatiques et convaincre les jeunes de poser des gestes de réduction.

Comme dans tout projet de développement durable, le grand défi demeure d’atteindre le maximum de citoyens, et non seulement les convaincus qui sont les premiers à lever la main. Pour élargir la base de gens mobilisés, un grand forum citoyen sera organisé en juin 2018.

MRC Maskinonge carte
© CDC de Maskinongé

Un virus à propager

Le mouvement fait déjà des petits, puisque le parc industriel de la MRC a décidé lui aussi de devenir carboneutre. Pour y arriver, les entreprises devront viser l’efficacité énergétique, améliorer leur gestion de matières résiduelles et compenser leurs transports en achetant des crédits carbone scolaires.

Innovation, solutions et reproduction : trois mots qui guideront Karine et son équipe dans leur travail au cours des prochains mois. « Nous produirons en 2019 un rapport détaillé que les autres municipalités régionales de comté pourront copier-coller dans leur milieu, en fonction de leur propre réalité », espère la chargée de projet en marche vers un exploit qui marquera, peut-être, l’histoire du Québec en 2023.

Selon l’inventaire québécois des émissions de GES en 2013, chaque Québécois produit en moyenne 10 tonnes de GES annuellement. Les secteurs du transport et de l’activité industrielle sont les plus grands émetteurs, étant responsables de 73,8 % des émissions.

Ce projet est réalisé avec le soutien du Fonds d’action québécois pour le développement durable (FAQDD).

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