© Perrine Larsimont

Trappeuses de GES

Grano, sans être hippie : tel est le slogan des Trappeuses, trois coureuses du Web qui agissent face aux changements climatiques, un petit pot à la fois. Portées par leur succès sur les réseaux sociaux, elles viennent d’ouvrir une boutique en ligne. Unpointcinq est allé écornifler.

Vivre ici / 01 avril 2019

En ce matin d’hiver glacial, Audrey Woods et Mariane Gaudreau nous ouvrent la porte de leur chaleureux atelier du quartier Hochelaga, à Montréal. Bandeau sur les cheveux et tablier de travail noué à la taille, les deux Trappeuses ont du pain sur la planche : elles doivent réapprovisionner leur boutique « sans plastique », Les Mauvaises Herbes, prise d’assaut en début d’année par de nouveaux clients déterminés à intégrer la lutte aux changements climatiques à leurs résolutions du Nouvel An.

Les Trappeuses Audrey Woods et Mariane Gaudreau
Audrey Woods et Mariane Gaudreau. © Perrine Larsimont

 

Cosmétiques et produits d’entretien ménager naturels, plantes médicinales, accessoires zéro déchet : la boutique est un prolongement des expérimentations de modes de consommation responsables menées depuis cinq ans par le trio de blogueuses (complété par Marie Beaupré, absente lors de notre visite).

Qu’est-ce qui fait courir ces passionnées de trouvailles « grano-éco-chic »? Au milieu des étagères remplies de pots en verre, elles ont partagé leur histoire avec Unpointcinq ainsi que quelques astuces pour limiter les gaz à effet de serre au quotidien.

Il y a cinq ans, votre blogue portait sur les cosmétiques maison. Aujourd’hui, vous vous exprimez sur tous les sujets : zéro déchet, véganisme, consommation de produits locaux. Comment en êtes-vous arrivées là?

Mariane : Au départ, la mission n’était pas super définie. Quand les gens ont commencé à parler de zéro déchet, on a réalisé que ce qu’on faisait au niveau des cosmétiques s’insérait dans cette catégorie. Mais comme on n’avait pas de spécialité, on s’est dit que ce serait notre force : parler de tous les leviers à la fois pour inciter les gens à intégrer un changement de comportement.

Sur l’ensemble de vos billets et de vos actions, quelle place prend la lutte contre les changements climatiques?

Audrey : C’est le fondement, en fait. Toutes nos actions ont un impact sur les changements climatiques. Au final, c’est comme le grand moteur de nos changements de comportements et de consommation.

Vos connaissances des plantes et des remèdes maison agissent-elles aussi pour le climat?

Mariane : Se réapproprier ce genre de connaissances là, c’est ce qui drive le groupe. Ça nous donne une indépendance qu’on n’avait pas avant. Par exemple, je n’achète plus rien à la pharmacie, à part les médicaments d’ordonnance.

 

C’est comme un retour aux sources qui permet de s’émanciper de l’industrie cosmétique. J’essaie de me tourner vers des choix naturels quand c’est possible, car l’industrie choisit parfois de complexifier les formulations pour créer une surconsommation d’ingrédients, bien souvent inutiles. Leur innocuité pour la santé environnementale et humaine n’est d’ailleurs pas toujours démontrée.

Les trappeuses: opération remplissage de flacon d'huile de ricin
Opération remplissage de flacon d'huile de ricin. © Perrine Larsimont

Trucs et astuces des Trappeuses pour réduire ses déchets 

Dans la cuisine

  • Toujours avoir sur soi : des sacs d’épicerie, des ustensiles, une paille réutilisable

« Je t’assure, c’est de moins en moins bizarre! » dit Audrey

  • Composter les matières organiques (ou se servir de son bac brun) afin de réduire la taille de sa poubelle hebdomadaire

Dans la salle de bain

  • Utiliser une brosse à dents en bambou (plutôt qu’en plastique)
  • Utiliser des tampons démaquillants lavables (plutôt que jetables)
  • Utiliser du savon et du shampoing en barre ou en vrac (plutôt qu’en contenant plastique)
  • Faire son déodorant soi-même avec trois ingrédients : huile de coco, bicarbonate de soude et fécule de maïs

« Aucun déo sur cette planète ne bat cette recette! » dit Mariane

Le fait de tenir ce blogue a-t-il influencé vos propres comportements?

Mariane : C’est sûr! Quand on regarde nos premiers billets, on se dit « Oh, mon Dieu, on était si naïves » [rires]. Tsé, on allait partager une recette de cosmétique pour éviter les ingrédients nocifs, mais on oubliait que les cosmétiques qu’on utilise sur notre corps finissent dans la douche. On parlait moins d’enjeux environnementaux.

Audrey : On justifiait ça par le gain économique, puis la santé humaine.

Mariane : Mais si on a ouvert la porte à l’écologie, on veut aussi montrer qu’on n’est pas parfaites et raconter nos mauvais coups : ce qu’on ne fait pas ou ce qu’on a arrêté de faire parce qu’il y a eu des changements dans nos vies [Audrey est devenue maman l’an dernier]. Si les lecteurs se comparent à des modèles qui ont l’air toujours parfaits, ils auront l’impression de ne pas être à la hauteur.

Et sur le plan individuel, qu’est-ce qui a changé?

 

Les Trappeuses: Audrey Woods
Audrey Woods s'occupe aussi des communications du trio. © Perrine Larsimont

Audrey : Avant, j’adorais aller magasiner. Ça me faisait du bien d’aller acheter un morceau de vêtement, c’était comme une récompense. Mais, peu à peu, je me suis moins complu là-dedans et, aujourd’hui, je n’aime plus vraiment ça. Réduire sa consommation a un effet d’entraînement… 

… moins on consomme, moins on a envie de consommer, c’est ça?

Audrey : Oui. Je pense que tu vas chercher ton réconfort ailleurs. Une bonne tisane, c’est bien plus réconfortant qu’acheter un chandail [rires]! Puis au niveau du réchauffement climatique, ça a un gros impact.

Mariane : Plus tu atteins des objectifs qui s’éloignent de ton mode de consommation d’avant, plus tu ressens de la satisfaction. Quand tu réalises que, ce mois-ci, tu as juste mis la poubelle une fois au chemin, c’est comme wow !

Le déo maison, c’est cool

Faire son déodorant soi-même ne réduit pas seulement les déchets, mais les GES aussi! En le fabriquant à la maison, on évite les émissions générées lors du transport et de la production des déodorants industriels. Si l’on opte pour un contenant en verre, il est réutilisable et recyclable à l’infini.

Les trois ingrédients proposés par les Trappeuses – huile de coco, bicarbonate de soude et fécule de maïs – sont aussi utilisables en cuisine. D’une pierre, plusieurs coups!

Après l’ouverture de votre boutique Les Mauvaises Herbes et la sortie d’un livre de cosmétiques maison, quelle suite pour les Trappeuses?

 

Mariane : On espère publier un livre par année. On ne dira juste pas le nombre d’années pour pas créer trop d’attentes [rires]! On veut offrir plus d’ateliers aussi, notamment sur la fabrication de crèmes. Puis, on veut proposer plus d’ingrédients dans la boutique parce qu’on va diffuser de nouvelles recettes sur le site.

Au fait, pourquoi les « Trappeuses »?

Audrey : À la base, c’est à cause de notre background [Audrey et Mariane sont archéologues de formation]. Un trappeur, ça se promène sur le territoire, puis ça trappe des animaux çà et là… sauf que nous, on trappe des idées.

Mariane : On s’est aussi rendu compte en jasant qu’on avait toutes au moins un ancêtre trappeur ou coureur des bois. C’est parti comme ça… mais on niaise souvent en disant qu’on n’est pas un blogue de chasse et pêche [rires]! En tout cas, pas au sens traditionnel.

Les Trappeuses: Mariane Gaudreau
Mariane Gaudreau porte elle le chapeau d'éditrice en chef. © Perrine Larsimont

Déchets et climat, quel rapport?

Le traitement des déchets a produit un peu moins de 6,2 % des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) au Québec en 2016, selon l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre. Cela comprend ceux produits par la décomposition des déchets solides après leur enfouissement, le traitement biologique des déchets, le traitement des eaux usées, ainsi que l’incinération des déchets.

Moins de consommation = moins de déchets = moins de GES

Trappeuses de GES 4min.