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Les bottes en attendant la glisse

Hivers irréguliers, périodes d’enneigement plus courtes, début de saison parfois tardif : les propriétaires de stations de ski sont bien placés pour constater l’ampleur des changements climatiques. Un véritable casse-tête qui les pousse à faire preuve de créativité pour s’adapter.

Vivre ici / 05 octobre 2017

Au mont Sutton, dans les Cantons-de-l’Est, les remontées mécaniques sont déjà en marche. Les pistes sont vertes, mais praticables avec de bonnes bottes de marche. Tous les week-ends, le festival d’automne permet aux amoureux de plein-air de découvrir un autre visage de la montagne et aux skieurs en dormance, de renouer avec leur station préférée.

« La diversification de nos activités est essentielle. C’est une façon de s’adapter aux changements climatiques, mais aussi une nécessité économique. Il faut rentabiliser le site au-delà des quatre à cinq mois par année que dure la saison de ski alpin », annonce Jean-Michel Ryan, PDG de Mont Sutton. Au « ski d’automne » s’ajoutent, depuis cette année, 25 kilomètres de sentiers aménagés spécialement pour le vélo de montagne.
" La montagne doit devenir une destination de loisirs, où on peut faire des activités même s’il ne fait pas beau, comme de l’escalade intérieure. On appelle cela le "weather proofing". Laurent Da Silva
Autre montagne québécoise, même combat. Mini-golf, manèges pour enfants, hébertisme et glissades d’eau : depuis plusieurs années, on se rend au Sommet Saint-Sauveur pour faire toutes sortes d’activités. Ce village des Laurentides s’est construit autour de la montagne et plusieurs emplois en dépendent. Mais cette diversification ne permet pas de remédier à une mauvaise saison de ski : 70 à 75 % du chiffre d’affaires de cette station est généré par les activités hivernales.

La technologie à la rescousse

En décembre 2015, un record de température a été établi, avec 21 degrés Celsius, la veille de Noël. Entre deux repas généreux, les Québécois faisaient du jogging plutôt que des sports de glisse. Les propriétaires des domaines skiables en gardent un terrible souvenir, avec le trophée non désiré de la pire année en 25 ans. De quoi tirer la sonnette d’alarme.

Économiste principal au consortium Ouranos, Laurent Da Silva travaille actuellement en collaboration avec Sutton, Orford et Bromont pour leur proposer des investissements résilients aux changements climatiques.

Il estime que la technologie fait partie de la solution pour aider les stations, de plus en plus dépendantes de la fabrication de neige, à s’adapter à des fenêtres de froid plus courtes qu’avant.

Une fenêtre de froid est une période consécutive dans le temps où la température est assez basse pour utiliser les canons à neige. « On constate que les nuits sont moins froides qu’avant, et cela a un impact sur notre capacité à fabriquer de la neige », dit le président et chef de la direction du groupe Les Sommets, Louis Philippe Hébert, qui reconnaît la vulnérabilité de ses six stations au réchauffement du climat.

Sommet Saint-Sauveur investira six millions de dollars sur une période de trois ans pour faire l’acquisition de canons à neige plus performants. « On part nos canons quand il fait un minimum de moins quatre degrés Celsius. Avant, les gars avaient besoin de trois heures pour démarrer le système. Avec l’automatisation, on lance ça en 30 minutes avec une tablette électronique, ce qui permet de maximiser notre fenêtre de froid », explique M. Hébert.

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Mont Sutton investit également dans des technologies moins énergivores, qui permettent d’enneiger les surfaces plus rapidement, et à plus grande échelle.

 

La montagne… à l’intérieur

Pour survivre, les stations de ski ont aussi intérêt à transformer progressivement leur modèle d’affaires, notamment vers des activités indépendantes des conditions climatiques.

« La montagne doit devenir une destination de loisirs, où on peut faire des activités même s’il ne fait pas beau, comme de l’escalade intérieure. On appelle cela le « weather proofing ». En Europe et aux États-Unis, il y a eu des investissements majeurs en ce sens », analyse Laurent Da Silva, dont les recherches projettent à l’horizon 2040-2050 des hivers de trois à quatre degrés plus chauds en moyenne, ce qui ne devrait toutefois pas empêcher la production de neige artificielle.

De quoi refroidir les craintes de ceux qui redoutent de ne plus pouvoir skier au Québec. Et rassurer ceux qui travaillent dans cette industrie, qui contribue au PIB à hauteur de 800 M$ annuellement, tout en générant plus de 12 000 emplois à temps plein dans différentes régions.

Malgré tout, plusieurs montagnes ont déjà cessé leurs activités, ce qui n’est pas souhaitable selon Louis Philippe Hébert. « On veut continuer à évoluer dans une industrie saine, avec plusieurs joueurs. Il n’y a pas de meilleur sport l’hiver à pratiquer en famille que le ski alpin. Est-ce qu’on fera encore du ski ici, dans 50 ans? Oui, mais peut-être pas sur de la neige. »

Des activités tout l’automne

Envie de profiter des hauteurs des montagnes pour croquer les paysages d’automne? Plusieurs stations de ski offrent une programmation pour toute la famille.

  • La flambée des couleurs du mont Orford : jusqu’au 9 octobre
  • La grande virée des couleurs du mont Sainte-Anne : jusqu’au 9 octobre
  • La flambée des couleurs du mont Owl’s Head : jusqu’au 9 octobre
  • Le Festival d’automne du mont Sutton : jusqu’au 15 octobre
  • Le F.U.N. Fest du Sommet Saint-Sauveur : jusqu’au 29 octobre
Les bottes en attendant la glisse 3min.