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L’érosion côtière mise en échec!

Si vous pensez qu’il faut des murs de roc ou des structures de béton pour freiner l’érosion côtière, détrompez-vous. Aux Îles-de-la-Madeleine, Attention FragÎles pratique la médecine douce plutôt que le remède de cheval dans le traitement des dunes blessées. Et ça marche!

Vivre ici / 07 novembre 2017

Avec la disparition de la banquise en hiver, qui servait de bouclier naturel protégeant les Îles-de-la-Madeleine des tempêtes hivernales ‒ les plus terribles de l’année ‒, le littoral madelinot est maintenant soumis à des vagues successives d’attaque massive, aussi redoutables que le jeu de puissance des Penguins de Pittsburgh.

De décembre à avril, ça frappe et ça cogne avec des pointes de vent atteignant les 100 km/h, grugeant petit à petit les dunes côtières, le système de défense des Îles. Sans couvert de glace, la côte se retrouve désormais en perpétuel désavantage numérique.
Le piétinement est un important facteur d'érosion. (© Simon Diotte / Unpointcinq)
Le piétinement est un important facteur d'érosion. (© Simon Diotte / Unpointcinq)

Or, plutôt que de recruter des défenseurs format géant comme Shea Weber afin de protéger le bord de mer, l’organisme Attention FragÎles mise sur le jeu de positionnement et les interventions ciblées. Son plan de match : restaurer les brèches dès qu’elles se créent dans les écosystèmes dunaires, qui couvrent 30 % du territoire. « Si on n’intervient pas rapidement, l’ouverture dans la dune va prendre de l’expansion, en raison de l’action conjuguée des tempêtes et des vents qui soufflent le sable », explique Marie-Ève Giroux, directrice générale de cet organisme actif en protection de l’environnement depuis 1988.

 

L’érosion mise en échec

Ce qui étonne, c’est que les techniques les plus efficaces pour restaurer les dunes sont d’une simplicité désarmante alors que les interventions majeures, comme les murets de béton et l’enrochement des routes, ne font qu’empirer le problème. « Ces ouvrages rigides arrêtent l’érosion à l’endroit même, mais amplifient le problème ailleurs, car la vague prend de la vigueur en frappant la côte à côté », analyse Marie-Ève Giroux. L’expérience de l’enrochement, réalisée par le ministère des Transports sur une portion de la route 199 dans le secteur de la Martinique, ne sera pas répétée.

« Pour mettre l’érosion en échec, on mise sur la capacité naturelle des milieux dunaires à se reconstruire.

Marie-Ève Giroux

À la plage de la Dune-de-l’Ouest, afin de colmater une brèche, on a installé des fascines (ou clôtures de broussaille) retenues par des pieux. « Ces constructions légères captent le sable soufflé par le vent. En quelques semaines seulement, ces structures arrivent à colmater les trouées », explique-t-elle, preuves à l’appui.

Dès que le sable s’y est accumulé, l’ammophile à ligule courte, une plante de rivage dont les racines profondes solidifient les dunes, répare naturellement la cicatrice. En matière d’autoguérison, le génie humain n’arrive pas à la cheville de la nature.

On peut aussi installer des ganivelles, qui sont des clôtures en lattes, sur des zones endommagées de plus grande superficie. Là encore, la structure légère accélère l’accumulation de sable. « La nouvelle dune ressemblera à s’y méprendre à la dune naturelle. On protège ainsi la qualité de nos paysages », ajoute la dirigeante de l’organisme. Si la zone affectée est trop importante, Attention FragÎles passe en mode repêchage en allant cueillir des talles d’ammophile dans des dunes bien végétalisées pour les replanter dans les secteurs à renaturaliser.

Puisqu’on est aux Îles, paradis de la pêche aux homards, un autre organisme de protection de l’environnement, le comité ZIP, et des propriétaires privés, testent l’utilisation de vieux casiers à homards pour reconstruire des dunes depuis 2012. Leur initiative, une manière originale de faire de la récupération, a connu un franc succès.

La beauté de ces interventions légères, c’est que des bénévoles les réalisent dans le cadre de corvées. « On mise aussi sur l’engagement des élèves du secondaire dans le but de les sensibiliser à la protection des berges », dit Marie-Ève Giroux. Des mesures de protection efficaces, qui ne coûtent pas les yeux de la tête.

Solidifier la défense en amont

On peut réparer les trous à la défense, mais ce qui est encore mieux, c’est de la solidifier. Comment? En limitant l’érosion causée par le piétinement humain et la circulation de VTT, qui tuent la végétation protectrice. « Dès que la dune est blessée, elle cède à l’assaut des vagues. Donc, on procède à l’installation de trottoirs de bois ou de passerelles pour canaliser la circulation humaine vers les plages. Par le fait même, on protège la végétation, essentielle pour le maintien des dunes », explique Marie-Ève Giroux. Attention FragÎles a aussi obtenu l’autorisation du club de VTT pour fermer des sentiers non officiels.

Les dunes jouent un rôle capital dans l’économie madelinienne. La route 199, qui relie les différentes îles de l’archipel, circule sur de fragiles cordons dunaires. L’érosion, conjuguée au rehaussement du niveau de la mer, mine de plus en plus la solidité de la route. Heureusement, les docteurs des dunes veillent au grain.

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