Double-défi électrisant au Bas-Saint-Laurent

Devant la nécessité de développer le transport collectif, des acteurs engagés du Bas-Saint-Laurent souhaitent imposer un second défi à la région : le faire de manière électrique! Un choix évident pour améliorer le bilan carbone du territoire, mais également gagnant au plan économique.

Vivre ici / 18 avril 2018
Moins de GES !

Électrifier les transports collectifs, voilà le défi auquel s’attaque le Bas-Saint-Laurent. Dans le cadre du plan gouvernemental québécois qui vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20 % sous le niveau de 1990 d’ici 2020, et de 37,5 % à l’horizon 2030, les huit MRC de cette région de 20 000 kmveulent passer à l’action.

Depuis plusieurs années, le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL) met tout en œuvre pour propulser le transport collectif, une nécessité depuis que certaines liaisons de la compagnie Orléans Express ont été coupées. Les choses se concrétisent aujourd’hui, notamment grâce au travail de Patrick Morin, agent de développement en environnement et développement durable au CREBSL et principal rédacteur de la récente étude Électrification des transports collectifs au Bas-Saint-Laurent, un projet financé par le Fonds vert dans le cadre du programme Action-Climat Québec.

Selon le dernier inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, «le secteur des transports est le principal émetteur de GES. Ses rejets atteignaient 34,0 Mt éq. CO2 en 2015, soit 41,7 % des émissions québécoises. Les GES de ce secteur proviennent des combustibles fossiles (essence, diesel, huile lourde, propane, gaz naturel, etc.) utilisés comme carburant».

L’enjeu est double pour la région : développer le transport collectif d’une part, mais également profiter de l’occasion pour l’électrifier. « Au Bas-Saint-Laurent, près de 500 millions de litres de pétrole sont consommés annuellement, dont 82 % pour le transport. Les transports routiers consomment à eux seuls 72 % du total du pétrole utilisé au BSL. Le transport de personnes est environ aux deux tiers responsables de cette consommation », explique Patrick Morin.

La mobilité collective et durable du Bas-Saint-Laurent tient donc dans les 72 pages de cette étude qui démontre les avantages de passer à l’électrique. Autant d’arguments pour convaincre les décideurs d’agir en ce sens. « L’étude va nous permettre avant tout d’aider à la décision et de mettre nos élus devant les bons chiffres. Elle présente des informations, des données qui visent à les influencer positivement », ajoute Patrick Morin qui effectue avec son équipe la tournée des MRC du Bas-Saint-Laurent.

Mieux et… moins cher!

À grand renfort de tableaux et d’exemples concrets, l’étude démontre l’intérêt et les avantages du passage à l’électrique, les frais d’exploitation du transport collectif étant le nerf de la guerre. « Tout bien considéré, chaque maire choisit ses priorités et décide où il compte mettre l’argent. Ce qu’on essaye de démontrer avec l’électrification de la flotte de véhicules, c’est qu’il ne faut pas prendre uniquement en compte le coût d’acquisition d’un véhicule électrique, mais également ses frais de fonctionnement, à savoir l’entretien et l’énergie consommée », détaille Patrick Morin.

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La Compagnie Électrique Lion offre différents modèles d'autobus électriques.
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La région du Bas-Saint-Laurent souhaite développer son transport public de manière durable. (© CREBSL)

On apprend par exemple que les frais d’exploitation d’un minibus à essence représentent 69 431 $ par an contre 20 449 $ pour un modèle électrique, soit une économie de 48 982 $ chaque année. « La solution électrique est très profitable, même en l’absence de tout programme de subvention », indique l’étude.

« L’électrification n’est aujourd’hui plus une utopie, les conditions de sa réalisation sont là : le prix des batteries a considérablement baissé, celui des véhicules également, et la technologie est beaucoup mieux maîtrisée, constate Patrick Morin. De plus, il y a des entreprises comme Électrique Lion à Saint-Jérôme, le seul fabricant de bus scolaires électriques en Amérique du Nord, qui sont en mesure de nous fournir des minibus électriques par exemple. Ce qu’il faut maintenant, c’est prendre des décisions concrètes. »

Selon Patrick Morin, le déploiement du réseau de bornes est une autre des priorités. « À l’heure actuelle, il y a 122 bornes en service réparties dans 24 municipalités, ce qui représente environ 20 % des 114 municipalités du Bas-Saint-Laurent. Dans un monde idéal, il faudrait que chacune des municipalités en possède une. Je suis confiant pour l’avenir, le projet est accueilli favorablement chaque fois que je le présente. Il est donc tout à fait réaliste que l’on commence à installer les premières bornes à l’automne 2018. »

Malgré l’optimisme et la volonté affichés, le chemin vers l’électrification des transports collectifs du Bas-Saint-Laurent est encore long. Outre l’implantation de bornes et la mise en fonction éventuelle des minibus électriques, il faudra également s’occuper de l’électrification progressive de la flotte de taxis requise pour le service de rabattement vers les minibus électriques. Autant de chantiers qui ne pourront être débloqués que si les huit MRC embarquent dans l’aventure électrique.

Comme disent les porteurs du projet : « Messieurs les élus, à vous de jouer! »

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