De la biomasse pour jouer au hockey au Nunavik

Whapmagoostui est le premier village autochtone au nord du 55e parallèle à tenter l’aventure de la biomasse forestière pour chauffer son aréna. Comme ceux des autres communautés isolées au pays, ses membres veulent réduire leur dépendance aux énergies fossiles.

Vivre ici / 24 avril 2018
Moins de GES !

Le centre sportif de Whapmagoostui, seul village cri du Nunavik, est un important lieu de rassemblement pour jeunes et moins jeunes. D’ici quelques semaines, si tout va bien, il sera chauffé à l’aide de biomasse forestière résiduelle. Grâce au soutien financier du Fonds vert, la nouvelle installation remplacera une génératrice et une chaudière jadis alimentées au diesel, car l’infrastructure ne peut être approvisionnée par Hydro-Québec.

Cette transition va permettre à Whapmagoostui, ou « rivière de la baleine blanche » en langue crie, d’économiser 250 000 $ par année, en plus de réduire sa production de gaz à effet de serre (GES) de 660 tonnes de CO2 par année, soit à peu près l’équivalent de 697 aller-retour Paris-Montréal en avion. Elle pourrait aussi offrir des bénéfices inattendus, puisque « les trappeurs de la communauté songent à utiliser les granules torréfiés lors de leurs déplacements, car ils peinent à trouver du bois pour faire du feu », explique Simon St-Onge, un conseiller du Fondaction qui accompagne la communauté dans ce projet.

La chef de la communauté, Louisa Mamianskum Wynne, a de grandes attentes relativement au projet. « Plutôt que de dépenser une tonne d’argent pour du diesel, une source d’énergie affreuse pour l’environnement, on a choisi de faire la conversion vers une énergie propre qui nous aidera à améliorer nos opérations. » 

Les défis de l’isolement

Aucune route ne se rend jusqu’à Whapmagoostui, un village de 997 habitants. L’été, on y accède par bateau, mais le reste du temps, l’avion demeure le seul moyen de rejoindre cette communauté isolée. L’approvisionnement en biomasse forestière requiert donc une logistique particulière.

L’idée de départ vient de la communauté. On forme des opérateurs sur place qui doivent être autonomes, vu leur situation géographique.
Simon St-Onge, conseiller principal investissement, Fondaction

Biomasse crie_Carte 55e parallele

Pour démarrer le projet, 300 tonnes de granules torréfiés ont été livrées l’an dernier par camion et par barge, car ce type de biomasse n’existe tout simplement pas au Nunavik. C’est une autre particularité de ce projet unique en son genre, puisque l’approvisionnement en biomasse forestière provient habituellement d’un circuit court de moins de 100 kilomètres. La livraison se fera une seule fois par année, ce qui permettra de limiter les coûts.

La route est longue entre Whapmagoostui et l’usine Airex Énergie, en Mauricie, mais le pétrole et le mazout qui étaient auparavant livrés à la communauté venaient aussi de loin. « L’isolement et la grande distance de transport amènent de l’incertitude, mais aussi un potentiel intéressant. On espère que d’autres communautés autochtones adopteront des installations semblables », dit Simon St-Onge, qui mise sur un effet d’entraînement pour réduire les coûts.

Propulser la filière biomasse

Le Fonds Biomasse Énergie du Fondaction est fier d’avoir investi 2 millions de dollars dans le projet de conversion, malgré les risques associés à un tel projet. À cela s’ajoute 1,1 million de dollars octroyés par Transition énergétique Québec pour réduire les émissions de GES dans la province.

« Notre objectif est d’accélérer le démarrage de la filière de chauffage à la biomasse. Le banquier traditionnel voit des risques accrus dans des projets comme celui-là, mais nous sommes là pour atténuer ces réserves », souligne Simon St-Onge. La communauté prévoit rembourser son investissement d’ici 5 à 7 ans et Louisa Mamianskum Wynne, quant à elle, prévoit déjà prolonger les heures d’ouverture de l’aréna, et ce, sans trop causer de dommages à la nature.

Biomasse crie_Centre sportif Whapmagoostui_YAB Management
Le centre sportif de Whapmagoostui, seul village cri du Nunavik, est un important lieu de rassemblement. (© YAB Management)
De la biomasse pour jouer au hockey au Nunavik