Coup de foudre électrique

La voiture électrique n’est plus l’apanage des geeks. Avec une hausse de 60% des enregistrements en 2017, c’est bien le Québec de monsieur et madame tout le monde qui tombe en amour avec les véhicules à recharge… même livrés au compte-goutte. Avantages et inconvénients, ils nous disent le pourquoi de leur achat.

Vivre ici Wow / 31 janvier 2018

Si le volume de voitures qui se rechargent est encore une goutte d’eau dans l’océan du marché automobile (1,6 %), il n’en demeure pas moins que l’engouement est bien réel. L’Association des véhicules électriques du Québec (AVÉQ) rapporte une progression de plus de 60 % des enregistrements au cours de la dernière année, soit 19 424 véhicules à zéro émission de GES. En d’autres termes, le flirt est bel et bien engagé. « Cela fait trois ans que, chaque année, on double le nombre de véhicules électriques vendus au Québec », résume Martin Archambault, porte-parole média de l’AVÉQ.

Parmi les raisons qui expliquent cette récente idylle des Québécois pour les voitures électriques, on trouve les incitatifs gouvernementaux, qui permettent aux particuliers d’obtenir un rabais pouvant aller jusqu’à 8 000 $ pour l’achat d’un véhicule entièrement électrique.

Mais il n’y a pas que l’argent qui explique les bons chiffres de l’électrique. La densification du réseau de bornes de recharge (le réseau Circuit électrique compte 1 317 bornes de recharge en service, dont 107 bornes rapides) a aussi contribué à simplifier l’utilisation des voitures électriques. L’amélioration de l’autonomie de certains véhicules, qui dépasse les 400 km, est aussi à prendre en compte. « Il faut également mentionner les nombreux avantages pour les propriétaires de voitures électriques, comme le stationnement gratuit dans certaines villes, l’accès gratuit aux traversiers et à des ponts payants ainsi qu’à certaines voies réservées », ajoute Martin Archambault.  

En 2014, le secteur qui produisait le plus d’émissions de GES au Québec, était celui des transports (routier, aérien, maritime, ferroviaire et hors route). À lui seul, le parc automobile du Québec a émis 9,4 mégatonnes de CO2 éq., soit 28% des émissions associées aux transports.

Sources : Ressources naturelles Canada et MDDELCC

Changement de profil

Et le profil type du propriétaire de voiture électrique québécois a bien changé en quelques années. « En 2011, ceux qui achetaient des voitures électriques étaient majoritairement des hommes avec un côté geek assez prononcé et il faut bien reconnaître que les voitures avaient alors un look très spécial et n’avaient pas une autonomie très grande, continue le porte-parole de l’AVÉQ. Les choses ont heureusement changé. Aujourd’hui, les constructeurs proposent des véhicules qui sont plus autonomes et qui plaisent à un large public. C’est monsieur et madame Tout-le-monde qui sont désormais les acheteurs. »

Rassemblement vehicules electriques Tohu
Organisé par l'AVÉQ, le plus grand rassemblement de véhicules électriques a eu lieu le 19 août dernier à la TOHU avec 297 bolides 100 % électriques. (© AVÉQ)

Malheureusement, si vous avez décidé de grossir les rangs des heureux propriétaires de voitures électriques, il va falloir vous armer de patience. « Il est aujourd’hui impossible d’acheter une voiture électrique immédiatement, il n’y en a pas assez de disponibles. Elles sont livrées au compte-gouttes et il faut attendre de 4 à 12 mois, indique Martin Archambault. Ce n’est pas forcément avantageux pour les fabricants de concevoir des voitures électriques. Il y a moins de pièces, presque pas d’entretien ni de réparations à faire, et il ne faut pas oublier l’existence du lobby du pétrole. »

Si la courbe de croissance se maintient, la cible de 100 000 voitures électriques en circulation pour 2020 pourrait être largement atteinte, voire dépassée. Le flirt entre le Québec et la voiture électrique pourrait donc bien se transformer en véritable histoire d’amour…

Qu’en pensent les utilisateurs?

 

Anne Beaubien, 53 ans, Lanaudière, Tesla S 90D 2016

 

Anne a pris le temps de réfléchir, puisqu’elle a fait l’essai de la Tesla en 2014. « Depuis ce temps-là, mon conjoint et moi faisions nos calculs. Il était essentiel que la voiture ait une autonomie d’au moins 320 km. La Tesla était la seule sur le marché avec le kilométrage suffisant. » Mais il a aussi fallu surmonter les réticences. « Mon conjoint faisait valoir qu’il n’y avait pas encore assez de bornes rapides de branchement. Il y en avait 3 au Québec, comparativement à plus de 100 aujourd’hui. Nous habitions en ville, à Montréal, et n’avions pas de place où la stationner pour la charger la nuit. La Ville de Montréal a remédié à ce problème depuis, puisque plus de 450 bornes niveau 2 sont installées un peu partout. »

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François Poisson, 50 ans, Bécancour, Chevrolet Spark EV

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Ce sont ses convictions écologiques qui datent de plus de 30 ans qui ont incité François à devenir propriétaire d’un véhicule électrique. « L’avènement d’un marché de l’usagé m’a permis d’enfin réaliser cet achat. » Les avantages qu’il y voit sont nombreux. « Pas d’émissions de GES, le silence (à part les pneus), des économies en essence et moins d’entretien (changements d’huile, pièces mobiles). » Il reconnaît néanmoins que la faible autonomie du véhicule, particulièrement en hiver, le coût à l’achat, la recherche d’informations ainsi que le nombre de bornes de recharge et leur accessibilité sont autant d’éléments à mettre dans la liste des inconvénients.

Marc Fortin, 55 ans, Montérégie, Kia Soul EV Luxury 2017

 

 

C’est en magasinant une voiture que Marc a fait remarquer à son concessionnaire qu’il était dommage qu’il n’y ait pas de voitures entièrement électriques. Le concessionnaire lui aurait alors répondu que cela faisait un mois qu’il en offrait. En discutant des prix, Marc s’est rendu compte que, grâce à l’aide du gouvernement, au fait que la borne 240V est payée par Kia et au fait que le temps de l’électricien est subventionné jusqu’à 750 $, son char électrique lui coûterait à peine 20 $ de plus toutes les deux semaines que sa Kia Rondo 2014. « J’ai donc acheté sans hésiter et je ne le regrette pas. Depuis juillet 2017, et selon mes calculs d’achat d’essence avec ma Rondo, j’ai économisé approximativement 1 000 $. C’est le meilleur choix de voiture que j’ai fait de toute ma vie. »

Quebec_voitures electriques_Marc Fortin portrait-auto

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