© Stéphane Groleau

Quel sera le poids carbone de mon bâtiment?

Mettre le bois sur la « mappe » des architectes et des ingénieurs en bâtiment, c’est le but de la calculatrice Gestimat, qui permet d’estimer l’empreinte carbone de tout projet de construction ou de rénovation.

Techno / 29 novembre 2019

La construction d’une école primaire, d’une tour d’habitation ou d’un immeuble de bureaux génère une quantité de gaz à effet de serre (GES) qui varie évidemment selon les matériaux choisis et leur mode de transport. Mais comment peut-on évaluer l’impact climatique des différentes options afin de choisir la meilleure pour l’atmosphère? Le Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois (Cecobois) a trouvé une partie de la solution en cocréant la calculatrice carbone Gestimat.

« Quand on fait les plans de construction d’un bâtiment, il faut connaître les matériaux de structure le plus tôt possible, parce que ce choix aura des impacts sur le concept architectural », explique Samuel Gagnon, architecte pour la Commission scolaire de la Capitale, à Québec, qui a commencé à utiliser Gestimat. En plus d’influencer les coûts de construction, le choix des matériaux se répercutera aussi sur le bilan carbone du futur bâtiment. Sauf qu’à l’étape de la conception, il n’est pas évident d’évaluer fiablement les impacts des divers scénarios.

C’est pourquoi, depuis 2015, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et Cecobois ont mis au point Gestimat « qui estime et compare les émissions de GES liées à la fabrication des matériaux de structure de différents types de bâtiments », explique Caroline Frenette, conseillère technique pour l’organisme.

Le gouvernement lance le bal

La calculatrice est accessible gratuitement en ligne depuis le printemps 2019. Pour accélérer son adoption, de la formation a été offerte aux professionnels de la construction, plus particulièrement aux architectes et ingénieurs qui travaillent pour le gouvernement. « Tous les projets de construction financés en tout ou en partie par les fonds publics doivent évaluer le scénario de construction en bois », indique le conseiller en développement industriel au MFFP, Julien Brousseau, signalant que le bilan carbone d’un futur bâtiment est désormais un critère décisionnel.

Quelque 3000 mètres cubes de bois ont été assemblés pour construire l'immeuble Origine. Il abrite 93 logements et serait la plus haute tour d’habitation 100 % bois au monde.

La preuve par l’exemple

Voici les résultats de l’évaluation par Gestimat du projet Origine, une tour de condos de 13 étages construite à Québec en 2017 dont la structure est en bois.

  • Fabrication d’une structure en béton armé : 2614 tonnes d’éq. CO2, soit 0,26 tonne d’éq. CO2/m2 de plancher
  • Fabrication des matériaux d’une structure en bois : 1743 tonnes d’éq. CO2, soit 0,15 tonne d’éq. CO2/m2 de plancher, donc près de 1,5 fois moins que le béton

En utilisant du bois, on évite 860 tonnes d’éq. CO2, ce qui représente les émissions annuelles de GES de 90 Québécois.

De plus, les 3111 m3 (109 864 pi3) de bois qui composent la structure du bâtiment Origine séquestrent 2295 tonnes de carbone (source : Cecobois).

Le but de Gestimat est clairement affiché : promouvoir l’utilisation du bois en construction, un engagement pris par Québec dans le cadre de la Charte du bois. La transformation de cette matière première génère en effet beaucoup moins de GES que la fabrication de l’acier ou du béton. « Utiliser du bois plutôt que du béton armé permet en moyenne de réduire les émissions de 80 à 100 kg de CO2 par mètre carré de plancher », illustre Caroline Frenette.

Elle précise que Gestimat a été conçue en employant seulement les données sur l’extraction des ressources nécessaires à la fabrication des matériaux de construction, car ce sont les étapes qui génèrent le plus de carbone. Par conséquent, les émissions liées à la fin de vie du bâtiment ne sont pas incluses dans le calcul. Gestimat ne tient pas compte, non plus, du fait que les arbres séquestrent du carbone pendant leur croissance. Ces données pourront être ajoutées lors d’une prochaine phase de développement du logiciel, indique Caroline Frenette.

« Ces données donnent l’occasion d’ouvrir le dialogue avec les clients sur les bâtiments à faible empreinte carbone. »
Céline Mertenat, architecte

Pour des décisions éclairées

Le MFFP et Cecobois ont notamment travaillé avec la Société québécoise d’investissement et le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour créer les bâtiments types qui ont été intégrés à l’outil. Gestimat compile aussi les données des évaluations de bâtiments en bois réalisées pour des projets d’édifices publics. Grâce à ces informations, le MFFP peut suivre l’évolution de l’utilisation du bois par les différents ministères.

« Ce nouvel outil permet d’avoir une vision plus claire des impacts du choix de matériaux sur les émissions de carbone », note l’architecte Samuel Gagnon. En effet, les professionnels peuvent voir quel matériau cause quel impact carbone, ce qui facilite leur travail. « C’est le premier outil facile à utiliser pour comparer rapidement plusieurs scénarios en début de projet », commente pour sa part l’architecte Céline Mertenat, coresponsable du développement durable chez Provencher_Roy, une grande firme d’architecture montréalaise. « De plus, ces données donnent l’occasion d’ouvrir le dialogue avec les clients sur les bâtiments à faible empreinte carbone », dit-elle.

Dans le futur, davantage de bâtiments types viendront enrichir l’outil. Éventuellement, Gestimat pourrait aussi inclure des calculs comparatifs des différents matériaux de revêtement extérieur et intérieur afin d’obtenir un portrait complet de l’impact carbone des bâtiments.

Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Création d'emplois
  • Création de richesse
  • Plus dans ses poches
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