(© Guillaume Roy / Unpointcinq)

Branches de mazout

Au lieu de laisser les branches pourrir en forêt après une coupe, Bioénergie AE veut les valoriser sous la forme de biocarburant. À partir de 2018, la bioraffinerie québécoise produira 40 millions de litres de mazout renouvelable tout en évitant l’émission de 70 000 tonnes de CO2 par an.

Techno / 28 septembre 2017

D’ici quelques mois, Bioénergie AE Côte-Nord sera la première bioraffinerie québécoise à produire du biocarburant à Port-Cartier, grâce à un partenariat entre Ensyn, Rémabec et Produits forestiers Arbec. Leur plan : remplacer les carburants fossiles par du mazout renouvelable produit à partir des résidus laissés en forêt après une coupe forestière.

" Nous transformons la biomasse solide en liquide pour en faire de l’énergie renouvelable. Robert Graham, fondateur d’Ensyn
Comment ça marche? Ensyn a développé une technologie de pyrolyse rapide, où le bois se transforme en gaz lorsqu’il est chauffé dans un milieu avec peu d’oxygène. Le carbone et l’hydrogène émis peuvent ensuite être recombinés pour créer du carburant. Pendant le processus, 75 % de la masse solide est convertie en liquide, ajoute M. Graham. Mais pourquoi transformer le bois sous la forme liquide? « Parce que la majorité des installations existantes sont faites pour utiliser un carburant liquide », ajoute Stefan Muller, vice-président chez Ensyn et directeur du projet de Port-Cartier. Ainsi, les clients qui chauffent leurs installations avec du mazout n’ont qu’à changer de fournisseur pour s’approvisionner en biomazout.

Bioraffinerie de Port-Cartier :

  • Transformation de 140 000 tonnes métriques vertes par an
  • Production annuelle de 40 millions de litres de biomazout
  • Coût du projet : 103 millions $
  • Création de 25 emplois
  • Émissions de GES évitées : 70 000 tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de 22 000 voitures

Pour réduire son empreinte écologique, ArcelorMittal regarde attentivement le développement des énergies renouvelables. C’est pourquoi le géant minier a réalisé un projet pilote en 2015 en intégrant 1,3 million de litres de mazout renouvelable sur une période de six mois. « Les résultats du projet pilote sont très concluants », note Catherine de Grandpré, chef des communications internes de l’entreprise.

Étant donné qu’un pourcentage minimal de biocarburant est imposé aux États-Unis, la vaste majorité des futurs clients de Bioénergie AE sont des hôpitaux, des écoles et des réseaux de chauffage résidentiel qui se trouvent aux sud de la frontière.

 

Des milliards à faire

En fait, la demande est énorme, souligne Stefan Muller. « Il faudrait 1600 usines comme celle de Port-Cartier pour suffire au marché américain en 2022 ». Des bioraffineries sont même intéressées à intégrer jusqu’à 5 % de biomazout dans leur recette pour raffiner davantage le produit, mais la quantité de matière première disponible n’est pas suffisante pour approvisionner d’aussi gros clients, ajoute ce dernier.

Il existe aussi un énorme potentiel de croissance de la bioénergie au Québec… si le gouvernement crée la demande.

 » Au Québec, les importations de pétrole représentent un déficit commercial de 30 milliards de dollars. La lutte contre les changements climatiques crée un marché pour les produits de bioénergie.

Serge Mercier, président de Bioénergie AE

Selon les experts, le Québec et le Canada devraient imposer une norme fixant un seuil minimal de biocarburants, comme le font déjà 64 autres pays. Non seulement peut-on créer des carburants, mais toute une panoplie de produits chimiques, soutient Stefan Muller. En fait, le pétrole enfoui sous la terre est une masse végétale, qui s’est transformée en liquide sous la pression et la chaleur. Il est donc possible de reproduire tous les carburants et composés chimiques issus des carburants fossiles avec des sources végétales, comme les arbres.

Les résidus de la coupe forestière trouve une seconde vie. (© Guillaume Roy / Unpointcinq)
Les dérivés du bioraffinage sont nombreux. (© Guillaume Roy / Unpointcinq)

Cette première bioraffinerie tombe à point, car Québec souhaite augmenter la production de biocarburant de 50 % d’ici 2030.

Et la fertilité des sols dans tout ça?

Selon les recherches d’Évelyne Thiffault, ingénieure forestière et chercheuse du Service canadien des forêts, « des peuplements aux sols pauvres, comme les peuplements de pins gris, sont fragiles et tolèrent mal la récolte de biomasse alors que les peuplements d’épinettes noires sont plus résilients et tolèrent des taux de récolte de biomasse atteignant 50 %. Pour l’instant, la quantité maximale de résidus forestiers récupérés sur un parterre de coupe est de 50 % au Canada, car on ne peut quand même pas passer l’aspirateur pour récolter tous les débris ».

Vous n’êtes pas encore convaincus? Même le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) reconnaît que l’utilisation de la biomasse forestière fait partie des outils pour lutter contre les changements climatiques, ajoute la chercheuse.

Reportage vidéo

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Philippe Poitras
Idéateur et éditeur d’Unpointcinq

Branches de mazout 3min.