3,8 milliards d’années d’expérience au CV

Mère Nature est une dame âgée : près de 4 milliards d’années d’évolution, d’adaptation, de recherche et développement continus à l’efficacité éprouvée. Alors pourquoi ne pas s’en inspirer? Bienvenue dans l’univers du biomimétisme.

Techno / 27 février 2018

Imiter les plantes aquatiques pour créer des infrastructures côtières durables ou la photosynthèse pour produire de l’hydrogène et remplacer les carburants fossiles : la nature est une source d’inspiration inépuisable pour innover face aux changements climatiques. Les étudiants en architecture de l’Université Laval l’ont d’ailleurs intégrée à leur pratique.

« La nature est par définition durable, parce qu’elle gaspille peu, elle consomme l’énergie efficacement et elle réutilise les déchets », mentionne d’emblée Stéphane Boucher, propriétaire de Biomimitech, une entreprise de services-conseils en biomimétisme.

Définition du biomimétisme selon Janine Benyus, auteure du livre Biomimicry, Innovation Inspired by Nature, publié en 1997 : « Le biomimétisme une démarche d’innovation qui fait appel au transfert et à l’adaptation des principes et stratégies élaborés par les organismes vivants et les écosystèmes afin de produire des biens et des services de manière durable, et de rendre les sociétés humaines compatibles avec la biosphère. »

Ce concept a transformé la vie de l’homme spécialisé en génie physique. Après avoir travaillé dans les réseaux informatiques pour de grandes entreprises comme Bell, Bombardier et IBM, il a tout laissé tomber en 2013 pour étudier le biomimétisme, décrochant au passage une maîtrise de l’Université de l’Arizona. Deux ans plus tard, il lançait Biomimitech.

Aujourd’hui, il travaille notamment à former les étudiants à la maîtrise en architecture de l’Université Laval qui, pour la première fois cette année, ont intégré les concepts du biomimétisme à leurs travaux dans le cadre du cours Méthode numérique en architecture, animé par Pierre Côté.

Pendant une demi-journée l’automne dernier, les étudiants ont présenté une douzaine de projets inspirants, qu’il s’agisse de capter l’eau du désert, de se protéger des tornades en s’inspirant du tatou, ou encore d’utiliser des lentilles d’eau pour créer des zones agricoles flottantes au Bangladesh.

La nature, c’est une source d’inspiration infinie pour développer des produits et solutions durables.
Stéphane Boucher

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« Le biomimétisme, ce n’est pas une recette, explique Pierre Côté. C’est une façon différente de travailler sur un projet qui aide à mieux comprendre comment la nature s’y prête. Ça ajoute une dimension méthodologique importante, dont le développement des connaissances, pour donner aux étudiants des outils de réflexion et une bonne manière de l’intégrer dans le processus de design. »

Simplicité et efficacité

Véronique Côté, une étudiante, nous explique que cette façon de concevoir les projets l’a poussée à éplucher le guide de reconnaissance de la faune et de la flore de la Gaspésie dans le but de trouver une solution au problème d’érosion côtière. « Mes parents habitent à Sainte-Anne-des-Monts et, même si la mer se rapproche des maisons, personne ne veut en entendre parler, dit-elle. Pourtant, les prévisions sont très inquiétantes, car une hausse de 2 °C ferait augmenter le niveau de la mer de deux à trois mètres. »

Avec son équipe, elle a décidé de s’inspirer de l’aspertine alterniflore, une plante maritime qui, avec ses tiges dressées, permet non seulement de briser les vagues, mais aussi de favoriser l’envasement. Le but : créer une passerelle simple, facilement constructible et accessible aux petites municipalités pour protéger les berges.

C’est ainsi qu’est né le concept d’une passerelle en bois supportée par une forêt de piliers entrecroisés qui s’enfoncent dans la zone intertidale et, ainsi, brisent les vagues, ralentissent les effets de l’érosion et favorisent même la sédimentation. « C’est une solution simple, efficace et crédible qui démontre bien le potentiel du biomimétisme », commente le professeur.

« Un jeune qui apprend ça à l’université va être tenté de [l’intégrer à] sa pratique », estime Stéphane Boucher, qui tente de créer un mouvement grassroots pour faire émerger le concept.

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Stéphane Boucher et Pierre Côté s'efforcent de transmettre leur savoir et passion aux étudiants de l'Université Laval. (© Guillaume Roy / Unpointcinq)

Stéphane Boucher compte maintenant séduire la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval. Pendant ce temps, il continue à travailler pour faire émerger le concept dans plusieurs domaines au Québec, dans le but de créer des projets phares. Il travaille entre autres avec Ecotierra sur la construction de maisons écologiques et avec l’Université du Québec à Trois-Rivières sur une manière plus efficace de produire de l’hydrogène, et ce, en misant sur la photosynthèse artificielle. Il planche également sur une collaboration avec Sentinelle Nord pour mettre sur pied des projets dans le Grand Nord québécois.

« La nature est un modèle à succès. Depuis des milliards d’années, elle a toujours trouvé des solutions pour s’adapter, vivre et se développer, relève Stéphane Boucher. C’est une source d’inspiration infinie pour développer des produits et solutions durables. »

Pour en savoir plus :

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