Scène de théâtre avec décor
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L’envers du décor

16 décembre 2019 - Marion Spée, Journaliste et recherchiste scientifique

Pour que le spectacle continue, Ecosceno essaye d’offrir de nouvelles vies aux décors. Au lieu de les mettre à la poubelle, ce qui générerait des quantités énormes de gaz à effet de serre, l’organisme cherche à les remettre en scène.

Au théâtre, une fois le rideau tombé sous un tonnerre d’applaudissements, les spectateurs retournent à la maison, les comédiens aussi. Mais les décors, fabriqués à prix d’or, prennent pour la plupart le chemin de l’écocentre ou du site d’enfouissement. Et cette histoire se répète au cirque, à la télé, au cinéma et ailleurs.

Anne-Catherine Lebeau, directrice générale d’Ecosceno © Yanick Macdonald

 
« On prend très à cœur de recycler à la maison, mais, au travail, on gaspille des quantités incroyables d’objets. On ne pouvait juste plus accepter ça », explique la metteuse en scène Anne-Catherine Lebeau. Avec trois complices du milieu culturel ‒ Jasmine Catudal, Isabelle Brodeur et Geneviève Levasseur ‒, elle a lancé il y a moins d’un an Ecosceno, un organisme qui crée des boucles d’économie circulaire pour donner plusieurs vies aux matériaux scénographiques.
 
L’idée est de conseiller les membres des équipes de création, dès le début du processus de production, afin qu’ils puissent concevoir des décors plus écoresponsables car plus facilement réutilisables. « L’exemple le plus simple, c’est d’utiliser des vis dans la construction des décors plutôt que de la colle ou des clous, explique Anne-Catherine Lebeau. Plus on va travailler en écoconception, plus on va augmenter le potentiel de réutilisation des matériaux. »

Économie circulaire

En pratique, quand une production se termine, les organisateurs communiquent avec Ecosceno pour lui proposer ses éléments de décor ‒ plancher flottant, faux foyer de pierre, comptoir de bar, styromousse à sculpter, alouette! Ils versent alors à l’organisme un montant équivalent à celui qu’ils auraient dû débourser pour que les matériaux soient transportés jusqu’au dépotoir. En échange, Ecosceno assure la logistique et le contrôle qualité et, surtout, mobilise son réseau pour donner une deuxième vie à ces éléments de décor, qui sont annoncés sur Facebook et ont une semaine pour trouver preneur. Quand un acheteur se manifeste, les matériaux sont vendus à moindre coût, soit entre 25 et 50 % de leur valeur initiale, selon leur état.
 
C’est gagnant-gagnant : les déchets des uns deviennent les ressources des autres. Et c’est très efficace pour réduire les gaz à effet de serre (GES). Ecosceno a par exemple recyclé dernièrement le décor d’une émission jeunesse diffusée par Radio-Canada. Quelque 34 tonnes de matériaux ont ainsi été sauvées des poubelles, où ils auraient produit près de 57 tonnes de GES, soit les émissions de six Québécois en un an.
 
« Pour l’instant, on est en projet pilote, et ça va bien, s’enthousiasme la directrice générale d’Ecosceno. À terme, on aimerait avoir une plateforme numérique sur laquelle tout serait affiché, c’est-à-dire les éléments de décor disponibles et ceux recherchés. Nous aimerions aussi avoir un local où les objets pourraient transiter un peu plus longtemps, mais pas pour qu’ils y soient entreposés et y stagnent. »

Les étapes du traitement des déchets ‒ collecte, transport, puis traitement par incinération, enfouissement ou compostage ‒ émettent des GES. Rappelons que 100 kg de déchets envoyés en moins à l’enfouissement, c’est 170 kg d’éq. CO2 sauvés, soit les émissions de GES d’un aller-retour Montréal – Rivière-du-Loup en voiture à essence.

Selon Anne-Catherine Lebeau, la volonté est là. Les gens du milieu culturel embarquent, ils sont sensibilisés et c’est le bon moment pour mettre en place cette nouvelle manière de faire. N’empêche que l’initiative rebrasse les cartes et pose des défis logistiques. Quoi faire, par exemple, quand un décor est reconnaissable parce que tout le monde l’a vu à la télé?

La metteuse en scène travaille justement à résoudre ce problème. Pour l’instant, les décors de ce type sont exclus du processus de réutilisation. Si un décor est reconnaissable, mais peut être démonté, alors le problème ne se pose plus. L’idée, encore une fois, c’est de travailler en amont avec les ateliers pour que les décors soient construits de manière à pouvoir être déconstruits. « Notre objectif n’est pas d’avoir une bibliothèque de décors, mais bien des matériaux à remettre en circulation », insiste Anne-Catherine Lebeau.

Coup de pouce

Ecosceno a aussi l’avantage de créer un levier de développement pour les petites entreprises. En septembre 2019, le chorégraphe Sébastien Cossette-Masse rédigeait une demande de subvention au gouvernement fédéral pour monter sa toute première production inspirée des jeux d’évasion, dans laquelle des danseurs exécutent leur chorégraphie dans une boîte.

Il a donc envoyé des soumissions pour la fabrication de cet élément de décor absolument essentiel à son projet. Verdict : environ 15 000 $ à débourser… jusqu’à ce qu’il tombe par hasard sur une publication Facebook d’Ecosceno qui affichait un cube! « Il était plus petit que celui que j’avais imaginé, mais il était là, disponible, et il coûtait 200 $ », se souvient l’interprète et enseignant de danse contemporaine. L’occasion était trop belle. En quatre jours, l’affaire était réglée!

Le fameux cube. © Yanick Macdonald
Portrait de Sébastien Cossette-Masse
Sébastien Cossette-Masse, chorégraphe émergent et enseignant de danse contemporaine. © Samuel Bellerose

Ce fameux cube avait été conçu par le scénographe Romain Fabre pour la pièce L’Énéide, présentée au théâtre de Quat’Sous en septembre 2019. « Maintenant, c’est moi qui l’ai. Il est présentement démonté dans mon salon, en attente de quelques réarrangements », explique Sébastien Cossette-Masse. Le chorégraphe prévoit de faire tourner sa production pendant quatre ans environ. Ensuite, il rappellera Ecosceno pour que le cube circule à nouveau. « Il sera sûrement un espace pour l’imaginaire de quelqu’un d’autre. »