Municipalités mieux armées pour lutter

Inondations, vagues de chaleur, le niveau de préparation des municipalités est déterminant pour atténuer les impacts des changements climatiques. Pour les soutenir et contribuer à la protection de la santé publique, le Québec s’est doté d’une arme de choix : un Observatoire de l’adaptation.

Mieux-être / 30 janvier 2018

Développé en collaboration avec l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dans le cadre du volet santé du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques du gouvernement du Québec (PACC 2020), l’Observatoire québécois de l’adaptation aux changements climatiques (OQACC) vise à soutenir les autorités de santé publique dans leurs efforts de surveillance de l’adaptation aux changements climatiques. Le cœur de sa mission consiste à « documenter davantage les efforts d’adaptation aux changements climatiques aux niveaux individuel et organisationnel ».

Sommes-nous dans le coup?

L’équipe de l’OQACC et son directeur, Pierre Valois, viennent de consacrer deux ans à une importante recherche. En sondant 344 représentant(e)s d’administrations municipales au Québec, le groupe de scientifiques a cherché à savoir si ces municipalités avaient « les bonnes pratiques » en matière d’adaptation aux changements climatiques.

Urbanistes, directeurs généraux, maires et conseillers municipaux ont été sondés au moyen d’un questionnaire envoyé à leurs bureaux. Ces formulaires avaient pour objectif de mesurer les indicateurs d’adaptation aux changements climatiques mis en place par le centre de recherche. Selon Pierre Valois, ces indicateurs permettront à l’Observatoire « d’aider les villes à s’améliorer ».

 

 

Les premiers résultats de l’enquête sont difficiles à interpréter, selon Pierre Valois. Si la plupart des municipalités sondées ne se sont pas toutes dotées d’un plan complet d’adaptation aux changements climatiques, plusieurs actions concrètes sont tout de même déjà en place.

 

« Quand on demande aux gens s’ils s’adaptent, qu’ils nous parlent de leurs actions, on se rend compte que oui, ils font déjà de l’adaptation, explique Pierre Valois. Nos résultats démontrent que plusieurs villes évaluent leurs vulnérabilités, analysent leurs risques prioritaires, commandent des études et utilisent des données cartographiques pour connaître les risques. »

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Pierre Valois est directeur de l'Observateur québécois de l'adaptation en changements climatiques. (© Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval)

Si beaucoup de municipalités du Québec savent reconnaître efficacement leurs vulnérabilités, l’éducation nécessaire sur les enjeux d’adaptation aux changements climatiques et l’octroi de parts budgétaires rattachées à ces efforts ne suivent pas toujours, selon le directeur de l’OQACC.

Très peu de municipalités ont un budget spécifique rattaché aux changements climatiques. Elles vont davantage privilégier des mesures qui ont une conséquence budgétaire plus ou moins directe.
Pierre Valois

Pression publique

Selon l’étude de l’OQACC, la volonté des administrations de s’adapter est grande, mais les barrières financières sont présentes et empêchent parfois les municipalités d’avancer.

Pierre Valois explique avoir cerné des indices qui peuvent pousser les municipalités à franchir ces barrières. « On réalise que la pression publique et la perception face à la gravité des dommages sont deux arguments très forts pour pousser les municipalités à agir et à s’adapter », précise-t-il. Il ajoute que l’acquisition de connaissances et d’expertises est également une piste à suivre pour abattre les barrières à l’action.

Et les changements se font sentir.

Du côté de Beauceville, on ne s’est pas encore doté d’un plan complet en la matière. Par contre, selon Félix Nunez, directeur général de la municipalité, Beauceville a pris les choses en main pour prévenir les inondations. « Nous avons un plan d’action, précisément en matière d’inondations. Nous travaillons avec l’Université Laval pour […] faire face à ce type d’événement », explique-t-il. Le plan d’adaptation de Beauceville inclut « une cartographie des zones à risques », de sorte que la ville peut désormais organiser son territoire en fonction des risques connus d’inondation.

À Saint-Raymond, dans la région de Portneuf, on teste également des mesures pour faire face aux inondations. Durement touchée chaque année par le débordement de la rivière Sainte-Anne, la municipalité expérimente différentes mesures d’atténuation pour faire face à la problématique saisonnière. Si un plan complet incluant les sécheresses ou les îlots de chaleur ne fait pas encore partie des mesures à Saint-Raymond, « on surveille attentivement la rivière et on tente de pallier ses débordements », explique Geneviève Faucher, adjointe à la direction générale pour Saint-Raymond.

Vous pouvez consulter ici la recherche complète de Pierre Valois et de son équipe de l’OQACC.

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