Arme Supreme

Il pourrait vous sauver la vie : le logiciel québécois Supreme de surveillance et d’alerte en cas d’évènements climatiques extrêmes intéresse déjà l’Afrique.

Mieux-être Techno / 31 août 2017

Lorsqu’une canicule se pointe à l’horizon, le logiciel québécois Supreme identifie les foyers de personnes vulnérables pour réduire le nombre de victimes de ces températures extrêmes.

Primée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette plateforme de coordination et de communication pour le personnel de la santé publique vise à intégrer de l’information météorologique à des données socioéconomiques permettant de cibler les interventions à effectuer.

Le système Supreme a vu le jour en 2010 alors que, durant juillet, le Québec connaissait une de ses pires canicules causant la mort d’une centaine de personnes dans la province, selon un rapport du directeur de santé publique en 2011.

Comment ça marche

La superposition des couches de données permet de définir les zones à prioriser, mais est également utile pour déterminer les lieux à privilégier afin de faire de la sensibilisation avant même que les épisodes caniculaires ne s’imposent.

"Ça peut permettre par exemple de savoir exactement où vivent les personnes âgées qui n’ont pas accès à un système de climatisation et donc d’agir plus spécifiquement pour vérifier que tout va bien

Philippe Gachon, climatologue et participant à la création de Supreme

Le logiciel diffuse de l’information à des dizaines de milliers de personnes sur le terrain, explique Pierre Gosselin, créateur de Supreme et médecin chercheur à l’Institut national de santé publique du Québec. Par le biais des directions de santé publique et des CPE, les alertes sont relayées aux infirmiers, docteurs, éducateurs, etc.

Prévoir l’augmentation d’achalandage aux urgences

L’important, c’est d’agir rapidement. C’est pour cette raison que la coordination est cruciale. « Même dans les premiers 48 h d’une température intense, certaines personnes peuvent se retrouver en difficulté respiratoire », explique M. Gachon. Les professionnels de la santé peuvent ainsi être capables de prévoir une augmentation de l’achalandage.

Le système est conçu avec des logiciels libres d’accès, ce qui amoindrit de façon majeure son coût. Les seuls frais à débourser pour les pays souhaitant s’en prémunir sont ceux relatifs à la formation des équipes qui assurent la mise à jour des données. Le Maroc et le Niger ont déjà exprimé leur intérêt.

Sur le terrain, le logiciel semble bien reçu. « Il est important, utile et sophistiqué », affirme Michel Savard, médecin traitant à la Direction de la santé publique des Laurentides. Les alertes de chaleur extrême sont également visibles pour les régions voisines de celles touchées plus sévèrement, c’est ce détail qui fait la plus-value du logiciel selon lui. « En étant au courant du risque imminent autour de notre région, on peut harmoniser les mesures à prendre et communiquer avec les autres directions de santé publique par des conférences téléphoniques », explique-t-il.

Terrain mouvant

Ce système de surveillance n’est certainement pas un coup d’épée dans l’eau alors qu’en 2016 des températures record ont été enregistrées, battant celles de 2014 qui devenait l’année la plus chaude devant 2013.

L’adaptation, c’est la clé. L’importance de créer un système dynamique et constamment mis à jour va de pair avec l’évolution rapide des risques. Or, l’augmentation démographique et les migrations modifient énormément l’occupation du territoire, exigeant un système à l’affût des changements, explique M. Gachon.

D’ici peu, Supreme devrait être en mesure d’alerter les autorités et les décideurs lors des inondations, les tempêtes de neige, les vagues de froid…

Une vague de chaleur est définie comme une période d’au moins trois jours consécutifs lors de laquelle les températures moyennes enregistrées aux thermomètres égalisent ou dépassent des seuils définis comme extrêmes. Dans la région de Montréal, ces seuils sont de 33 °C et 20 °C. Au Centre-du-Québec, les maximums sont de 31 °C pour la borne supérieure et de 18 °C pour le minimum enregistré. Les seuils définis comme extrêmes dépendent de la vulnérabilité des populations habitant le territoire. Les adaptations physiologiques qui ont lieu chez les populations plus exposées à la chaleur, au sud du Québec par exemple, les rendent plus tolérants aux extrêmes élevés.

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