© Ville d'Amos

Abitibi : l’urbanisme en action

Malgré sa nordicité, l’Abitibi-Témiscamingue n’est pas épargnée par les grandes chaleurs et les conséquences des changements climatiques. Mais petit à petit, la région se mobilise autour de cet enjeu, notamment en planifiant autrement l’aménagement de ses villes.

Mieux-être / 10 septembre 2018
Moins de GES ! On s'adapte !

Le centre-ville d’Amos, en Abitibi, est un vrai chantier cet été. La municipalité revampe sa 1re Avenue, l’artère principale de la ville. Quand excavatrices et marteaux-piqueurs auront cédé leur place, elle sera plus propice aux déplacements à pied ou à vélo et accueillera davantage de végétation. En plus de rafraîchir son centre-ville, la Ville espère ainsi réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) en encourageant les transports actifs. Ceci tout en créant des îlots de fraîcheur!

Ce chantier est l’occasion de favoriser une prise de conscience dans la région face à la nécessaire adaptation aux changements climatiques, croit le Conseil régional en environnement de l’Abitibi-Témiscamingue (CREAT). Histoire d’ouvrir le bal, l’organisme organise le 13 septembre une conférence intitulée L’urbanisme et l’adaptation aux changements climatiques, qui réunira des spécialistes de la question à Amos.

« Les urbanistes ont assurément un rôle à jouer dans l’aménagement du territoire, estime Bianca Bédard, chargée de projet au CREAT. On veut les sensibiliser à ce sujet en leur fournissant des ressources », précise-t-elle.

Par exemple, lors de cette conférence, la Ville d’Amos présentera l’évolution de la réflexion quant à la réfection de la 1re Avenue. Car à la base, l’idée était de dynamiser le centre-ville, pas nécessairement de s’adapter aux nouvelles réalités du climat, explique la directrice du service de l’urbanisme d’Amos, Luce Cardinal. « On a néanmoins pensé à décourager l’utilisation de la voiture », dit-elle, ajoutant que la Ville réduit ainsi ses espaces de stationnement au profit des piétons et des cyclistes.

Repenser le tout-à-l’auto

Ces choix ne font pas l’unanimité dans une région où les gros véhicules sont rois et le transport en commun, quasi inexistant. « On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, poursuit Luce Cardinal. Il y a des citoyens très contents et d’autres qui ont peur de manquer de stationnements. »

Sur sa 1re Avenue, Amos va aussi intégrer une végétation mieux adaptée au climat abitibien et à l’ensoleillement de l’artère tout en favorisant un meilleur écoulement des eaux. « D’un côté de la rue, on va seulement planter des fleurs, des vivaces et des arbustes, tandis que de l’autre, on mettra des arbres. Il y aura une grande fosse de plantation sur tout le tronçon, avec des caillebotis en fonte qui permettront de recueillir l’eau de pluie, sans que les talons hauts restent pris dans le grillage! », précise la directrice.

La 1re Avenue d'Amos dans les années 30, entre la rue Principale Nord et la 1re Rue Ouest. © Société d’histoire d’Amos
La 1re Avenue Ouest, côté nord, dans les années 50. © Société d’histoire d’Amos
La 1re Avenue aujourd'hui. © Mathieu Dupuis
La 1re Avenue demain. © Stantec

Verdir les espaces publics et encourager les transports actifs, c’est bien beau, mais ce n’est pas suffisant, avance l’urbaniste Frédéric Dufault, l’un des conférenciers invités. « Il faut arrêter d’agrandir le périmètre urbain », dit-il. Dans le cadre de sa pratique chez la firme Enviro 3D, il constate qu’il y a de nombreux sites industriels à revitaliser, même s’ils sont contaminés, notamment en Abitibi-Témiscamingue. Frédéric Dufault encourage donc les municipalités à s’outiller et à s’inspirer des meilleures pratiques adoptées ailleurs dans le monde, comme le regroupement des usages industriels et commerciaux et des services aux citoyens.

Gestionnaire pour le volet québécois du Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI), Michaël Houle propose lui aussi des outils pour les municipalités. Lors de la conférence du CREAT de septembre, il présentera notamment une méthodologie pour mettre en œuvre un plan d’adaptation aux changements climatiques, dont la mise sur pied d’une équipe responsable de l’adaptation. « Ça paraît gros pour les municipalités, mais [mobiliser] l’ensemble de leurs services allège [leur] tâche, et ça fonctionne. Les villes peuvent aussi avoir de l’aide de leur MRC ou d’autres instances de leur région. »

Des toits en lichen?

Des parcs de bassins de rétention au lieu de réseaux d’égouts surdimensionnés, du lichen sur des toits verts pour rafraîchir les bâtiments, du béton drainant pour évacuer la pluie ou coloré pour absorber la chaleur : plusieurs stratégies d’adaptation aux changements climatiques s’offrent aux municipalités. Pour l’Abitibi-Témiscamingue, une zone propice aux feux de forêt, Frédéric Dufault estime en outre que la conservation de milieux humides est une démarche à considérer.

« La révision du plan d’urbanisme, c’est le moment d’oser et de mettre des idées folles sur la table », dit l’urbaniste. Selon lui, certains règlements municipaux limitent toutefois les initiatives. Pour mieux s’adapter aux aléas du climat, les municipalités doivent réfléchir à des changements de zonage favorisant les initiatives avant-gardistes.

Les conférences sur l’urbanisme et les changements climatiques auront lieu lors de la troisième d’une série de six journées organisées par le CREAT, dans le cadre de sa démarche intitulée Par notre propre énergie. D’ici janvier 2019 suivront des réflexions sur le chauffage au bois, la biomasse agricole et l’industrie minière face aux changements climatiques.

La végétation en ville, une question de santé

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, la végétation :

  • Rafraîchit l’atmosphère (ombrage, vapeur d’eau), ce qui diminue les risques de stress lié à la chaleur;
  • Purifie l’air, ce qui réduit les risques de maladies respiratoires;
  • Réduit la mortalité associée aux maladies cardiovasculaires, notamment;
  • Réduit les symptômes de dépression et de stress;
  • Encourage l’activité sportive;
  • Produit de l’oxygène.

Et c’est bon pour les enfants!

Les enfants vivant à moins de 300 mètres d’un parc ou d’une forêt sont moins susceptibles que les autres enfants de souffrir de surpoids (dans une proportion de 25 %) et passent moins de temps que les autres enfants devant un écran (dans une proportion de 40 %), selon une étude de 2016.

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