Bienvenue dans les coulisses d’Unpointcinq: une équipe fan de cafés et de courriels

©Sébastien Thibault

Imaginez 10 personnes qui comptabilisent ce qu’elles font au travail chaque heure de la journée pendant une semaine. C’est l’exercice fastidieux auquel s’est prêtée l’équipe d’Unpointcinq afin de quantifier son impact sur le climat.

Par Aurélie Lagueux-Beloin, avec Justine Friis et Katia Tobar.

Illustration: Sébastien Thibault.

Visualisation: Olivia Gélinas. Consultant en développement web: Maxime Cliche.

À Unpointcinq, on n’est pas tellement du genre à faire des paris – sauf sur la date de la première tempête de neige –, mais, en 2021, nous avons pas mal spéculé sur notre empreinte carbone. Laquelle de nos activités émet le plus de gaz à effet de serre (GES)? Les transports étant éliminés grâce au télétravail, la réponse n’était pas évidente. Heureusement, personne n’a fait de paris sur les résultats… parce que nous les aurions tous perdus.

Avant de décortiquer nos résultats, revenons au printemps 2021. Sur une semaine de travail, plus précisément 355 heures travaillées par les journalistes et la direction d’Unpointcinq, nous avons émis 86,8 kilogrammes d’équivalent CO2 (kg éq. CO2), soit autant que pour un aller-retour en voiture Montréal-Ottawa. Mais d’où viennent ces émissions alors que personne n’a pris sa voiture ou même l’autobus?

Tout d’abord, toute l’équipe a été étonnée de découvrir que les boissons chaudes consommées pendant notre temps de travail trônaient en première place de nos émissions de GES.

Pour la petite histoire, au départ, nous avions ajouté le café et le thé sur notre liste d’éléments à répertorier un peu à la blague, pour donner un côté ludique à notre inventaire.

Cependant, jamais nous n’aurions pu soupçonner que le miraculeux breuvage qui nous permet de fonctionner le matin émet, à lui seul, le tiers de nos émissions de GES de la semaine! Kilogramme pour kilogramme, le café produit de façon non durable génère autant de carbone que le fromage. Et ça, c’est sans prendre en compte le lait qu’on pourrait y ajouter.

Émissions de GES d’Unpointcinq, par catégorie

(ACV*) : Analyse de cycle de vie

La résolution d’Unpointcinq

Afin de réduire son empreinte carbone, l’équipe d’Unpointcinq a pris plusieurs résolutions. On ne vous mentira pas, personne n’est encore prêt ou prête à arrêter le café. Nous avons toutefois fait la liste des habitudes à adopter pour que notre boisson favorite pèse moins lourd sur le climat.

Même le deuxième poste d’émissions de GES nous a paru surprenant.

Pour être honnêtes, nous pensions que nos ordinateurs…

…les visioconférences…

…ou la lecture en continu (streaming) seraient les premiers.

Ce sont les courriels qui talonnent le café.

Émissions de GES d’Unpointcinq, par catégorie

(ACV*) : Analyse de cycle de vie

En une semaine de travail, les membres de l’équipe d’Unpointcinq ont envoyé 752 courriels qui ont émis plus de 20 kg éq. CO2, ce qui correspond à un peu plus de 65 plaques de chocolat noir (quel gâchis!). Ce qu’il faut savoir sur les courriels, c’est que leur empreinte carbone s’alourdit avec un nombre de destinataires croissant et des pièces jointes.

La résolution d’Unpointcinq

Si nous ne voulons pas arrêter le café, nous ne pouvons pas arrêter d’envoyer des courriels. Notre résolution pour 2022 est donc de prendre une seconde avant d’appuyer sur « Envoyer » pour réfléchir à la pertinence du courriel. La pièce jointe est-elle vraiment nécessaire? Devrais-je répondre à tous ou bien puis-je répondre à une seule personne? Puis-je rassembler plusieurs objets dans un courriel plutôt que d’envoyer différents messages à la même personne?

Nous avons aussi décidé de mettre en place un rappel mensuel afin de trier notre boîte courriel. Nous pourrons ainsi évacuer au fur et à mesure les messages obsolètes et les nombreuses infolettres qui s’y accumulent.

Vient enfin l’équipement informatique de l’équipe. La plupart d’entre nous travaillent sur un ordinateur, accompagné d’un deuxième écran et d’un indispensable téléphone intelligent.

Bref, on a des écrans! Et leur impact sur le climat commence bien avant qu’on branche notre nouvel ordi : la fabrication des appareils informatiques représente 40 % des GES émis lors de leur cycle de vie.

Émissions de GES d’Unpointcinq, par catégorie

(ACV*) : Analyse de cycle de vie

La résolution d’Unpointcinq

Pour ce qui est de nos ordinateurs, tablettes et téléphones, nous visons tout d’abord à en prolonger le plus possible la durée de vie en les faisant réparer plutôt qu’en les remplaçant par des nouveaux. Alors que l’équipe grandit, nous cherchons à éviter l’achat d’un appareil qui ne servira que peu ou pas. Nous voulons donc faire des choix climatiquement responsables.

Nous visons également à réduire la charge fantôme de nos appareils. Autrement dit, nous ne voulons pas qu’ils consomment de l’énergie lorsqu’ils ne sont pas utilisés. Nous prendrons donc le temps d’éteindre nos ordinateurs et de débrancher après utilisation les appareils dont nous nous servons peu souvent.

À Unpointcinq, on aime ça se voir la bette! Si bien que les visioconférences occupent la quatrième place en matière d’émissions de GES. Sur une semaine, nous avons passé 68 heures en rencontres et, sur celles-ci, seulement 6 avec la caméra éteinte.

Cette habitude de voir à l’écran ceux et celles à qui l’on parle a un impact significatif sur le climat puisqu’une heure de Zoom ou de Teams avec caméra émet beaucoup plus de GES qu’une heure sans caméra. En fait, si nous avions fait toutes nos réunions sans la caméra cette semaine-là, nous aurions émis 9,367 kg éq. CO2 en moins, soit une réduction de 95 %!

Émissions de GES d’Unpointcinq, par catégorie

(ACV*) : Analyse de cycle de vie

La résolution d’Unpointcinq

C’est la résolution sur laquelle nous avons eu le plus de mal à nous entendre. Nous avons finalement convenu de laisser la caméra allumée en visioconférence lors de notre rencontre d’équipe hebdomadaire. Avec le télétravail qui est encore bien présent, ça nous permet de retrouver le feeling d’une rencontre d’équipe en présentiel.

Le reste de la semaine, nous prioriserons les visioconférences avec caméra éteinte. Nous prendrons aussi le temps d’expliquer cette démarche aux personnes de l’extérieur afin de les sensibiliser à l’impact carbone des visioconférences. Finalement, au lieu d’une rencontre entre deux membres de l’équipe, nous opterons pour l’appel téléphonique.

La conclusion de notre introspection climatique

Toutefois, la comparaison risque d’être difficile si nous travaillons davantage à nos bureaux en 2022. Cet éventuel retour au travail ajouterait un poste d’émissions GES que nous n’avons pas pris en compte en 2021 : le transport. Au Canada, les gens parcourent en moyenne 8,7 km pour se rendre au boulot. Nous prendrons donc le temps d’inclure nos déplacements, qu’ils soient en métro, à vélo, en autobus ou en voiture, dans la prochaine édition de l’inventaire.

Et chez nos collaborateurs?

Chez Unpointcinq, de nombreux reportages sont produits par nos journalistes pigistes. Même si on ne les voit pas tous les jours, ils font partie de l’équipe. Alors on leur a proposé de participer au projet. Cinq de nos collaborateurs ont accepté de se prêter au jeu. Parmi eux, quatre journalistes et une graphiste.

La production de leurs quatre reportages et d’une infographie a émis 9,43 kg d’équivalent CO2, causés majoritairement par le transport. En parcourant 20 km en voiture, nos collaborateurs ont émis 4,2 kg d’éq. CO2 – ce qui indique qu’un retour en présentiel risque d’avoir un fort impact dans la balance climatique. La pause-café arrive en deuxième position (2,35 kg d’éq. CO2), suivie de l’envoi de courriels en lien avec les commandes passées par Unpointcinq (1kg d’éq. CO2). Bien entendu, l’objectif n’est pas de culpabiliser nos collaborateurs, mais d’avoir un portrait global de nos émissions.

Les limites de notre inventaire

Pour mesurer l’empreinte carbone de nos appareils électroniques, plusieurs données d’analyse de cycle de vie ont été transmises par les manufacturiers. Il faut être conscient que ces dernières peuvent être utilisées comme un argument de vente. Nous avons donc travaillé à partir de moyennes pour les ordinateurs portables et les téléphones intelligents.

Certaines données étaient introuvables, comme l’empreinte carbone d’une lampe de bureau. Et finalement, quelques collaborateurs externes ont décidé de ne pas participer au projet. Ces limites ne nous ont pas empêchés d’observer nos postes de dépenses les plus élevés en émissions GES, et de comprendre où agir au quotidien.