Unpointcinq
Clément de Gaulejac

Après eux, le déluge

Des musulmans se serrent les coudes pour se préparer aux catastrophes naturelles – ou s’en relever.

Cruelle, la sécheresse s’abat à nouveau sur l’Afrique de l’Est depuis le début de l’année : les vaches ne font plus de lait, les récoltes sont anémiques et l’eau potable se fait rare. La population à majorité musulmane de la région souffre de la famine, encore une fois.

« Le Bangladesh est l’un des pays les plus vulnérables au monde. Le pays est coincé entre les Himalaya et la mer, ce qui signifie que, quand les glaciers fondent, la région est inondée » – Nora Shamroukh. Photo : Alexis Riopel

Nora Shamroukh veut y remédier. Elle travaille pour Islamic Relief Canada, un organisme humanitaire qui vient en aide aux populations vulnérables aux catastrophes naturelles.

« Une partie de notre équipe est allée en Afrique de l’Est pour couvrir la famine qui s’est déclarée là-bas – encore – et qui pourrait être l’une des pires du siècle », indique la jeune femme, au Québec depuis 2002.

« Près de 13 millions de personnes au Kenya, en Éthiopie et en Somalie sont dangereusement affamées », avertissait Oxfam en avril dernier. Les dernières saisons des pluies se sont montrées exceptionnellement sèches. Oxfam, se référant à de nombreuses études, mettait en cause les changements climatiques.

 

Geste de dévotion

C’est aussi ce que fait valoir Islamic Relief Canada, qui milite pour qu’on reconnaisse le fait que les changements climatiques amplifient certaines catastrophes naturelles comme celle qui touche actuellement l’Afrique de l’Est.

Madame Shamroukh récolte des fonds pour l’organisme. Elle travaille aussi à implanter un bureau dans la métropole. La fondation est actuellement basée à Burlington, en Ontario.

« En tant que musulmans, nous avons l’obligation de donner de l’argent, le zakat », explique-t-elle. « Ce geste de dévotion », un don à hauteur de 2,5 % de la richesse excessive, « élimine l’impureté des avoirs », selon le site Web de l’organisation.

En plus de son travail sur le terrain, Islamic Relief Canada fait aussi pression sur les gouvernements occidentaux pour qu’ils participent à l’effort humanitaire dans les régions touchées par les aléas du climat. « Nous poussons les pays riches à comprendre que ce sont eux qui bénéficient le plus des ressources, alors que les pays pauvres sont laissés à eux-mêmes et souffrent », explique madame Shamroukh.

 

La montée des eaux

« Le Bangladesh est l’un des pays les plus vulnérables au monde. Le pays est coincé entre les Himalaya et la mer, ce qui signifie que, quand les glaciers fondent, la région est inondée », indique madame Shamroukh.

Islamic Relief Canada va sur le terrain pour former des groupes locaux de volontaires quant à la manière de réagir aux désastres. La population locale apprend à construire des plateformes de deux mètres de hauteur sur lesquelles sont bâties des maisons et où sont placés le bétail et les poules. Quand les inondations surviennent, les plateformes protègent la communauté.

Celle qui a étudié en science politique à l’Université Concordia reconnaît aussi le problème des migrants climatiques. « Au Bangladesh, après que les inondations ou les typhons aient frappé, de petites communautés migrent vers d’autres régions et des problèmes sociaux en découlent. »

Selon le livre saint de l’Islam, il existe un principe d’équilibre qui relie l’environnement et la société. Si l’environnement est en déséquilibre, comme c’est le cas présentement avec les changements climatiques, la justice sociale est également chamboulée. Allah commande aussi à ses fidèles de ne pas prendre plus que ce dont ils ont besoin afin d’éviter le gaspillage.

En 2015 à Istanbul a été adoptée la Déclaration islamique sur le changement climatique. Des érudits musulmans du monde entier se sont entendus pour lancer un message à leur communauté. La Déclaration stipulait que « notre espèce, bien que choisie pour être gardienne ou intendante sur Terre, est à l’origine d’une détérioration et d’un désastre tels que nous risquons de mettre un terme au modèle de vie que nous connaissons sur notre planète. »

Alexis Riopel

Alexis Riopel

Titulaire d’un baccalauréat en physique et d’une maitrise en sciences atmosphériques et océaniques, Alexis, doté d’un bon esprit de synthèse, n’arrive pas à choisir ce qu’il préfère entre le chocolat, la neige et les montagnes. Grâce au journalisme, il espère maintenant faire réfléchir le public sur l’impact de la science sur la société, de l’équation de Schrödinger à l’effet de serre. À Unpointcinq, il souhaite montrer comment la lutte contre les changements climatiques est l’occasion idéale pour créer un monde plus durable, juste et beau.