© Guillaume Roy

Transport en commun en région, mode d’emploi

À l’ouest du lac Saint-Jean, l’organisme Accès Transport fusionne taxi, autobus et transport adapté afin d’optimiser la mobilité des citoyens. Objectif : inciter les automobilistes à réduire l’usage de leur bagnole en même temps que leur empreinte carbone.

Économie / 17 avril 2019

Pas facile d’offrir un service de transport en commun dans les milieux ruraux ou dans les villes éloignées des grands centres. Comme la densité de population est souvent trop faible pour soutenir un transport régulier par autobus, peu nombreux sont les automobilistes tentés de délaisser leur voiture.

Mais avec un peu d’imagination, il y a moyen de proposer des solutions flexibles et adaptables aux besoins de la population locale. C’est ce qu’a fait Accès Transport, l’organisme de gestion du transport en commun et du transport adapté dans la MRC du Domaine-du-Roy, qui couvre un vaste territoire regroupant neuf municipalités à l’ouest du lac Saint-Jean.

Depuis juin 2018, l’organisme, au lieu d’acheter du matériel roulant, a conclu une entente avec deux entreprises de taxi locales afin d’offrir un service de taxibus urbain. Ainsi, des taxis transportent plusieurs personnes à la fois, à l’intérieur des limites des villes de Roberval et de Saint-Félicien. Les passagers se rendent à l’une des 115 bornes (les arrêts des taxibus) à l’heure prévue. Coût : 4 $ pour un déplacement (ou 30 $ pour 10), et service gratuit pour les enfants de 12 ans et moins.

onathan Thibeault, le directeur général d’Accès Transport, solution de transport en commun au Lac St-Jean
Jonathan Thibeault, le directeur général d’Accès Transport. © Guillaume Roy

 

« Le client paie une partie des coûts au chauffeur de taxi et Accès Transport paie le reste, explique le directeur général, Jonathan Thibeault. Tout le monde est gagnant. » L’entente permet aussi de bonifier le service, car les clients peuvent réserver une place une heure à l’avance en contactant directement les entreprises de taxi, au lieu d’être restreints à l’horaire d’un fonctionnaire travaillant de 9 à 5 en semaine. 

Plus de six mois après le lancement du service, Accès Transport a offert plus de 900 déplacements, au grand plaisir de son directeur général. « On ne pensait pas avoir autant de clients avant au moins un an », se réjouit-il.

« On croit que le service va être populaire, parce que la population demande du transport collectif depuis plusieurs mois. »
Lucien Boivin, préfet de la MRC du Domaine-du-Roy

Réduire les coûts, augmenter l’offre

Autre innovation afin d’inciter les automobilistes à changer leurs habitudes : Accès Transport fusionne actuellement les services de transport collectif et adapté. Par exemple, pour améliorer l’offre de service, l’organisme a vendu en janvier dernier son autobus de transport adapté. Il a plutôt mis au point un service optimisé où les clients à mobilité réduite – qui ont des limitations fonctionnelles physiques ou intellectuelles – pourront côtoyer ceux du transport en commun dans le même véhicule d’ici quelques mois.

Le transport est responsable de 43 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec. Environ 80 % de ces GES proviennent du transport routier, dont le tiers des automobiles.

L’exercice permettra d’éviter des frais d’entretien et de maintenance du matériel roulant, qui seront pris en charge par l’entreprise privée. Les sommes ainsi libérées seront réinjectées dans le service aux usagers, poursuit Jonathan Thibeault. « On avait un permis d’autobus seulement pour faire le transport adapté. En vendant l’autobus au privé, on va pouvoir offrir le transport collectif et le transport adapté en même temps. » Une solution simple qui n’entraînait qu’une réorganisation administrative, ajoute-t-il.

Moins de bagnoles, moins de GES

En attendant de peaufiner ce service à la grandeur du territoire, Accès Transport a aussi inauguré un réseau interurbain entre les villes de Roberval et de Saint-Félicien, distantes d’environ 25 km. Pour évaluer les besoins réels et la ferveur des usagers, l’organisme teste d’abord le service avec un taxibus de format minifourgonnette deux jours par semaine, à raison de trois fois par jour. Lancé en décembre, ce service évoluera au cours des mois qui viennent, estime le jeune gestionnaire, qui compte moduler l’offre en fonction des besoins.

Une voiture qui consomme en moyenne 9 litres d’essence pour 100 km rejette 21 kg d’éq CO2 pour parcourir cette distance. Un autobus urbain rejettera plutôt 12 kg d’éq CO2 et un autobus interurbain, deux fois moins.

« On croit que le service va être populaire, parce que la population demande du transport collectif entre les municipalités depuis plusieurs mois », soutient pour sa part Lucien Boivin, préfet de la MRC du Domaine-du-Roy.

Au cours de la prochaine année, le transport en commun régulier devrait également être offert entre Chambord et Saint-Félicien, tout en desservant les municipalités plus éloignées. Un projet de liaison entre Chambord et Dolbeau-Mistassini, soit environ 80 km, est aussi dans les cartons.

Ce service de transport en commun est financé à 66 % par le Programme d’aide au transport collectif des personnes et aux immobilisations en transport en commun du ministère des Transports, à raison de 200000 $ par année. La portion restante sera soutenue par les revenus générés auprès des usagers. « On veut améliorer la mobilité de tous les citoyens en harmonisant et en optimisant les transports », conclut Jonathan Thibeault.

Beau programme pour le climat!

Le trajet de 25 km entre Roberval et Saint-Félicien en autobus urbain transportant 20 personnes permettrait d’éviter les émissions de gaz à effet de serre d’une vingtaine de voitures sur les routes, soit près de 100 kg d’éq. CO2 par trajet. Selon la distance parcourue, l’autobus urbain émet entre 3 et 5 fois moins de gaz à effet de serre qu’une voiture occupée par une seule personne.

Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Bien dans sa communauté
  • Création de richesse
  • Préservation de la biodiversité
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