Transformer ses déchets en or

On dit parfois que les déchets des uns font le bonheur des autres. Eh bien à Québec, c’est en argent sonnant qu’on souhaite désormais transformer ces matières dont personne ne veut, évitant au passage l’émission de tonnes de GES.

Économie / 11 janvier 2018

La Vieille Capitale aura bientôt un projet de taille pour réduire ses déchets : le Conseil régional de l’environnement de la Capitale nationale (CRE – Capitale nationale) met en place une importante initiative d’économie circulaire qui pourrait même inclure le Port de Québec!

Comment y arriver? Selon Michelle Gastonguay, de Villes et Régions Innovantes (VRIc), c’est grâce à la recherche et au développement que le projet va se réaliser. Selon elle, il faut d’abord « déterminer quels sont les gisements en entreprises », ce qui va permettre de « calculer qui produit quel genre de déchets, peu importe la quantité ». Ces déchets pourront ensuite être acheminés et consolidés pour être utilisés par d’autres entreprises.

Selon le dernier inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, le secteur de l’enfouissement des déchets est responsable 7,5% de nos émissions de GES, soit 6,2 Mégatonnes de CO2. Cela équivaut à près de 2 millions de voiture qui roulent pendant 1 an!

Source :MDDELCC

 

 

 

 

Citant le Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles de la Communauté métropolitaine de Québec (septembre 2016), le CRE – Capitale nationale fait la démonstration du potentiel énorme de pareilles matières. « Cette démarche permettra de diminuer [considérablement] la production de matières résiduelles générées par le secteur industriel à Québec. En effet, l’économie circulaire a le potentiel de détourner des lieux d’élimination les 200 000 tonnes métriques de matières recyclables ou valorisables rejetées chaque année par les industries, les commerces et les institutions de la communauté métropolitaine de Québec. »

© Éco Québec

Les impacts possibles d’une telle organisation sont énormes. Pour Audrey Roberge du CRE – Capitale nationale, le premier objectif d’un projet d’économie circulaire est de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). « L’objectif, c’est de réduire le chemin que les matières résiduelles parcourent. On réduit les boucles pour s’assurer que tout soit traité régionalement. »

Les gains économiques anticipés sont tout aussi impressionnants. On assisterait d’abord à « une diminution des coûts d’approvisionnement et de gestion des matières résiduelles des entreprises, à un important désengorgement de l’incinérateur de la Ville de Québec et à une prolongation certaine de la durée de vie du lieu d’enfouissement technique », ajoute Mme Roberge.

Étape par étape

Le premier défi est donc de trouver ces matières. Tous les acteurs autour de la table s’entendent : il faut savoir ce qui se produit comme déchets dans la région de Québec. Selon Audrey Roberge, « la dernière étude sur les matières résiduelles date du début des années 2000 et est disponible en ligne. On a donc besoin de mettre à jour ces données pour avoir un vrai portrait de la situation », explique-t-elle.

Pour ce faire, les entreprises et les récupérateurs de la région devront être mis à contribution. Selon Frédéric Arteau de l’entreprise Récupération Arteau, se doter d’outils spécialement conçus à cette fin est primordial. « Quand tu es trop gros, recycler des petites quantités n’est pas rentable. En tant que réseau, on doit chercher pour trouver assez de matières pour rendre l’opération profitable. »

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L’économie circulaire pourrait détourner des lieux d’élimination les 200 000 tonnes métriques de matières recyclables ou valorisables rejetées chaque année à Québec. (© Francis Beaudry / Unpointcinq)

Si les concepts de synergie industrielle et d’économie circulaire sont relativement récents au Québec, les différents exemples partout dans le monde montrent que pareils projets sont très payants, tant pour l’environnement que pour les entreprises. Michelle Gastonguay pense notamment au modèle belge, tout à fait envisageable dans le contexte québécois. Depuis l’instauration de divers projets d’économie circulaire en 2015, la Belgique a réduit considérablement ses déchets et ses émissions de GES.

Selon une étude commandée par ING Direct, le pays récupère aujourd’hui plus de 81 % des emballages de ses produits, ce qui le place au premier rang de l’Union européenne. Suivant l’exemple du secteur privé, le gouvernement belge a lui aussi pris des engagements en ce sens pour continuer à réduire ses déchets grâce à l’économie circulaire.

Selon le bilan 2015 de la gestion des matières résiduelles produit par RECYC-QUÉBEC, la province peut faire mieux en matière de recyclage. En effet, le taux de récupération des matières résiduelles de source résidentielle oscille entre 50 et 60 %. Il va sans dire qu’il y a encore place à l’amélioration dans l’industrie de la récupération. Les projets d’économie circulaire sont autant de possibilités d’améliorer ce bilan.

On a une vision zéro GES, zéro déchet. Il faut absolument tout traiter sur le territoire.
Frédéric Arteau de l’entreprise Récupération Arteau

 

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