J’ai appris que ma pelouse peut jouer un rôle considérable dans la lutte contre les changements climatiques. À condition de remiser la tondeuse!

Ma cour est un vrai désastre. On a dû effectuer des travaux d’excavation sur la maison, mais ils ont causé des dommages considérables à notre aménagement paysager. Mais j’y vois le bon côté des choses : mon ancienne pelouse me demandait beaucoup trop d’entretien, ce que je veux désormais éviter. C’est le temps de refaire une beauté à ma cour, mais j’ai choisi cette fois-ci de suivre la tendance écolo en faisant des choix climato-sympathiques. C’est important pour moi.

Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire… Quelques heures de recherche sur internet m’ont suffi pour constater qu’on y retrouve une panoplie de conseils… parfois contradictoires. Je me suis un peu sentie prise au dépourvu, ne sachant pas trop où trouver des informations pertinentes et vérifiées.

J’ai commencé à en parler à mes amis et l’un d’eux m’a mis en contact avec sa cousine Léonie Carignan-Guillemette, une étudiante en bio et en écologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. C’est bien ma chance, elle a justement cosigné une recherche en 2019 qui met en évidence les avantages écologiques du gazon long! Autrement dit, j’avais affaire à une experte.

Un gazon long n’apporte que du bon

Lors d’une discussion téléphonique, elle m’a dit que plusieurs études confirment ce dont je me doutais. Pour avoir une pelouse climato-sympathique, il est temps d’arrêter de la prendre pour un terrain de golf en la tondant régulièrement trop ras.

«Plus les herbes sont hautes, plus elles bloquent les infestations, comme celle des vers blancs, et plus elles empêchent la prolifération de plantes indésirables, comme l’herbe à poux, m’a-t-elle précisé. Tu vas voir, tu sauveras de l’argent en éliminant les frais en pesticides et herbicides de tout genre.»

Mais ce n’est pas tout. Cette experte m’a aussi fait comprendre un avantage très important: une pelouse plus longue abrite une plus grande diversité de plantes, ce qui est un avantage pour protéger la pelouse. «Un équilibre naturel va se créer, ce qui rendra ce mélange de plantes plus résilient aux infestations et à la sécheresse». À la lumière de ces informations, je suis d’accord quand elle affirme qu’«on devrait limiter la pelouse courte aux espaces utiles, comme les terrains de soccer, et favoriser les végétations plus longues partout ailleurs».

Les informations que Léonie m’a données ont tellement piqué ma curiosité que j’ai lu toutes les études et consulté tous les sites web dont elle m’a parlé. Par exemple, je sais maintenant grâce à l’étude québécoise La fin du gazon, publiée par la Fondation David Suzuki, qu’un des grands désavantages du gazon court est qu’il dissipe beaucoup moins la chaleur que d’autres types de végétation. Autrement dit, l’herbe longue conserve la fraîcheur et contribue à lutter contre les îlots de chaleur. Par une journée de chaleur, les chercheurs ont remarqué une différence de 20°C entre un espace de végétation courte et un de végétation longue, qui étaient pourtant situés à seulement 15 m de distance.

Moins de gazon pour une plus grande biodiversité

Grâce aux précieux conseils de Léonie et des études que j’ai consultées, je sais enfin comment m’y prendre pour accomplir mon projet de pelouse climato-sympathique! Je vais l’enrichir avec des semences de trèfle blanc et je vais planter, dans tous les recoins possibles, des plantes indigènes comme l’asclépiade, pour essayer d’attirer des papillons monarques qui les aiment tant.

Selon les experts, le trèfle blanc n’a que des avantages ou presque. Il nécessite peu d’eau et d’entretien, fleurit de juin à octobre, attire les abeilles butineuses, tolère la sécheresse et fixe l’azote atmosphérique en azote assimilable par les autres plantes, dont le gazon. Que du bon!

Au diable la tondeuse à essence!

Finalement, au fil de mes recherches, j’ai été sidérée d’apprendre que la tondeuse à essence n’est pas aussi inoffensive qu’elle en a l’air.

J’ai lu sur le site web du California Air Ressources Board que les petits équipements de jardinage à essence – comme les tondeuses et les souffleuses à feuilles – polluent chaque année autant que tout le parc automobile de cet État de la côte ouest. C’est fou!

Le problème soulevé par l’organisme américain est que ces appareils passent sous le radar des législateurs partout dans le monde. Il y a donc peu de règles environnementales s’attaquant à la pollution qu’ils produisent. J’ai fait le calcul: utiliser une tondeuse à essence populaire pendant une heure pollue autant que faire Montréal-Tadoussac (un peu moins de 500 km) en Toyota Camry.

Le hic, c’est que 70% des ménages québécois possèdent une tondeuse à essence, selon les plus récentes données de Statistique Canada que j’ai pu trouver (2006). Imaginez la pollution annuelle générée par ces machines!

Je vais donc judicieusement dire aurevoir à ma tondeuse à essence et me procurer une tondeuse manuelle ou une tondeuse électriques, plus écologiques. Avec mes herbes longues et les fleurs qui vont attirer abeilles et papillons, je parie que ma cour climato-sympathique sera beaucoup plus belle que mon ancienne et fera l’envie de mes voisins.

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