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Pour en finir avec la résignation acquise

/ 08 février 2018

Nouvelle connaissance : « Oh! tu es psychologue? Tu m’analyses en ce moment? »

Moi : « Euh non. J’ai fait mes études en psychologie, mais je ne suis pas clinicienne. Je suis chercheure en psychologie de l’environnement. »

NC : « Hein? Tu fais des thérapies aux arbres? »

Moi : « Ha! Est bonne, on ne me l’avait jamais faite… » *tousse tousse*

Vu la récurrence de ce genre d’épisode, on peut facilement conclure que mon domaine d’expertise est plutôt méconnu (ou que le sens de l’humour de mes nouvelles connaissances est un peu douteux). Pourtant, à l’heure des dérèglements climatiques, la psychologie de l’environnement me semble indispensable pour faire face à cette crise sans précédent.

De façon générale, ma discipline s’intéresse aux relations mutuelles (et cruciales) entre les êtres humains et leur environnement, bâti ou naturel, et s’appuie sur quelques prémisses importantes :

  • Ce que l’on voit, fait, pense, ressent… est en partie fonction de l’environnement dans lequel nous vivons.
  • L’environnement est un creuset où se construit notre identité, où se développe notre rapport au monde.
  • Notre bien-être ainsi que celui de l’environnement reposent sur nos transactions mutuelles.

 

Certains psychologues de l’environnement s’intéressent donc à l’influence du design des hôpitaux sur le rétablissement des patients. D’autres tentent de comprendre et prévenir les impacts psychosociaux des catastrophes naturelles. D’autres encore étudient le fonctionnement humain lorsque soumis à des environnements extrêmes comme l’espace !

Pour ma part, je m’intéresse à l’avenir de l’humanité — rien de moins! — ou plus exactement aux processus motivationnels menant à l’adoption d’une conduite pro-environnementale et écocitoyenne. En français? Je me demande pourquoi il est si difficile de changer. Parce que, il faut se l’avouer, l’urgence d’agir résonne depuis 25 ans déjà et la nécessaire transformation sociale vers un mode de vie plus « vert » ne se pointe pas vraiment le bout du nez.

Un monde entre savoir et vouloir

Pourtant, ce n’est pas comme si on n’était pas au courant des changements climatiques! On l’a vu combien de fois, le  pauvre ours polaire esseulé sur son bout de glacier à la dérive?

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Les médias, les environnementalistes, les scientifiques, tous nous bombardent d’informations sur les problèmes environnementaux : événements météorologiques extrêmes par-ci, montée du niveau des océans et sécheresse par-là. N’est-ce pas suffisant pour nous émouvoir et ENFIN nous décider à passer à l’action?

C’est que l’être humain est un peu plus complexe que ça. Il y a tout un monde entre « savoir », « comprendre », « vouloir », « pouvoir » et « faire », surtout lorsqu’on s’entête à présenter sans cesse l’information sous forme de scénarios catastrophes. Parce que oui, une partie du problème, c’est qu’il y a trop de problèmes et pas assez de solutions, du moins dans le discours ambiant. L’effet cumulatif se fait ressentir. À force de cogner sur le bobo, à moyen terme, il peut y avoir évitement défensif, découragement et amotivation.

Changements climatiques; montagne à déplacer = même combat

Dans le jargon psychologique, on parle aussi de « résignation acquise » (ou apprise). Les problèmes présentés sont si nombreux, si complexes, si… planétaires, qu’on peut en venir à penser que l’on n’a aucun contrôle ou emprise sur la suite des choses. On se sent alors impuissant(e), découragé(e), voire résigné(e). « À quoi bon! ».

Afin de maximiser la volonté de la population à prendre part à la nécessaire transition écologique, les communicateurs devraient s’inspirer davantage des recherches en psychologie de l’environnement (ou lire mes prochains billets *clin d’œil clin d’œil*).

En attendant, je demeure positive. Ne serait-ce que pour l’avenir de mes enfants, la résignation n’est pas une option.

Pour en finir avec la résignation acquise 3min.